dimanche 27 mars 2011

Les cycles

Oyez, oyez,
Sieurs et Dames grenouilles qui fréquentez notre mare,
Oyez les nouvelles de nos cycles et de nos bêtas, en ce printemps de l’an de grâce 2011 !

Oyez, oyez !
À tout seigneur, tout honneur :
Nous clamerons d’abord le dur labeur et la persévérance de nos auteurs en cycle !
Sachez que 7 grenouilles sont à cette heure penchées sur leurs écrits :
Une souffre sous le joug de la phase 1,
Cinq œuvrent en phase 2,
Et une dernière arrive en fin de phase 3.
Puissent-elles poursuivre leurs avancées avec vigueur !

Nous encouragerons aussi deux auteurs têtards,
Qui ne craignent pas de travailler sans faiblir !

Oyez, oyez !
Nos nouveaux bêtas-lecteurs de ce début d’année sont Ben Dumas, Aelys, Isaiah, Any, Garg, Scipion, Lieko et Cendrefeu,
Bienvenue à eux !
Ce sang frais porte le nombre de nos téméraires bêtas-lecteurs à cinq dizaines.
Qu’on se le dise !

Oyez, oyez !
Actives et productives, bien d’autres grenouilles courbent l’échine sur leur clavier :
Depuis le jour de l’an, auteurs et bêta-lecteurs se sont rencontrés sur
68 extraits dans les papyrus, 83 challenges premiers jets, 35 nouvelles dans le port incertain !

Oyez, batraciens dynamiques et éveillés.
Travaillez en paix et sereins,
Super Grenouille veille sur notre mare !

mercredi 23 mars 2011

Tables rondes et bonds sur nénuphars

Chers lecteurs grenouilles,

Pour la troisième et dernière fois nous vous invitons à revivre, un peu, le festival Zone Franche 2011, en revenant sur la conférence « L’aide aux jeunes auteurs – le collectif CoCyclics ».

Mais tout d’abord, en complément des vidéos de la première conférence « Agents littéraires et auteurs, comment travailler ensemble ? » (partie 1 et partie 2)*, les grenouilles qui y ont assisté vous conseillent fortement de vous jeter sur deux documents indispensables, à la fois si l’on s’intéresse au sujet et si l’on est auteur soi-même :
- L’enquête de Juliette Joste : « l’agent littéraire en France : réalités et perspectives », disponible sur le site du Motif. D’ailleurs vous pouvez fouiller le site pour en apprendre plus sur le monde littéraire ;
- Le contrat d’édition al dente établi par la Charte et Adagp, que vous pouvez télécharger également gratuitement : un guide didactique et simple sur les contrats d’édition (et là aussi vous pouvez allègrement voyager et apprendre sur ce site)



Maintenant, l’équipe du blog remercie sincèrement une de ses charmantes membres, Aelys, pour avoir retranscrit la conférence « L’aide aux jeunes auteurs – le collectif CoCyclics ». Nos bêta-lecteurs (et intervenants) se sont permis de corriger, de-ci, de-là, afin d’affiner et de clarifier leurs propos.
Bonne lecture !


Festival Zone Franche – Bagneux
L’aide aux jeunes auteurs – le collectif CoCyclics

Participants :
Animatrice : Stéphanie Nicot
Éditeurs : Stéphane Marsan (Bragelonne) et Magali Duez (Griffe d’Encre)
Permanents : Silène, Paul Beorn et Nadia Coste


CoCyclics , c’est quoi ?

Nadia Coste : De jeunes auteurs et lecteurs qui s’entraident pour améliorer leurs manuscrits, sur internet : cela fonctionne sur le principe du donnant-donnant. On insiste sur le principe : « commenter, pas corriger ». L’auteur reste le maître de son texte, c’est lui qui choisit s’il souhaite intégrer les commentaires de ses lecteurs dans ses corrections.

Comment ont réagi les éditeurs face au GGG ?

Paul Beorn : Cela a été assez varié. Certains ont répondu tout de suite, d’autres ont attendu des relances ou qu’on les coince sur leur stand à un salon, d’autres encore n’ont jamais répondu (mais nous les avons quand même inclus dans une liste d’éditeurs possibles).

Comment s’intègre-t-on au collectif ?

Silène : Je vais raconter mon parcours, parce qu’il me semble assez typique. Je suis arrivée sur CoCyclics après avoir rencontré Syven, sa fondatrice. J’y ai découvert le monde de l’imaginaire et, surtout, le principe d’entraide entre auteurs : pour la première fois, je pouvais me dire que je n’étais plus toute seule, dans mon coin. C’était merveilleux.

Nadia Coste : Pour ma part et comme beaucoup, j’avais un roman écrit, terminé. Je recevais des lettres types de refus et j’ai réalisé que j’avais besoin d’aide : j’ai commencé à me dire que mon roman devait avoir un problème, que je ne pouvais pas être systématiquement hors ligne éditoriale. J’ai alors découvert le forum, qui m’a permis de recevoir les ressentis des lecteurs, de les percevoir et de les utiliser pour avancer.
Quand un roman est soumis en cycle, la question posée est : pouvons-nous l’aider ? Pour le mien, la réponse a été positive. J’ai reçu une première lecture de fond, intégré les corrections, avant de recevoir une seconde lecture, centrée sur la forme cette fois, commentant les moindres virgules. Après avoir intégré ces corrections, mon roman avait subi une énorme évolution : il était prêt à retenter sa chance auprès des éditeurs. Le résultat a été là puisque ce roman est maintenant publié.
La durée d’un cycle est, en moyenne, de six mois à deux ans, selon les disponibilités des bêtas et la rapidité de travail de l’auteur.
Aujourd’hui, environ dix manuscrits passés en cycle sont en passe d’être publiés.

Qu’est-ce que CoCyclics apporte aux jeunes éditeurs ?

Magalie Duez : Nous avions fermé les soumissions de manuscrits car nous n’avions plus le temps de lire la masse que nous recevions. Mais nous avions tout de même envie de trouver de nouveaux auteurs, nous ne souhaitons pas continuer à vivre de notre vivier d’auteurs : or, on sait que les romans CoCyclics ont déjà été travaillés. On gagne ainsi beaucoup de temps, et nous avons la possibilité de donner une chance à un jeune auteur, comme nous le souhaitions.

Stéphane Marsan : CoCyclics résout les problèmes des éditeurs qui ne peuvent pas publier de nouveaux auteurs français. Chez Bragelonne, nous avons 45 employés à payer, les jeunes auteurs sont trop coûteux, en temps et en argent. Cela demande également d’avoir le moral : très peu de manuscrits sont sélectionnés sur la masse reçue. Une éditrice anglaise avoue n’avoir publié aucun manuscrit reçu ainsi en dix ans de lecture assidue : elle a employé l’expression, très juste, de « disheartening ». Car ça ne nous amuse pas de ne pas sélectionner des manuscrits : au contraire, on a envie d’en trouver un bon, de trouver un moyen de le retravailler. Il arrive parfois qu’on se force à le trouver bon, jusqu’à ce que quelqu’un d’autre y jette un coup d’œil et nous dise qu’il n’en vaut pas la peine. À la création de Bragelonne, on voulait publier 50 % d’auteurs français : en fait on n’en a pas reçu assez de bons. On s’est donc rabattus sur des romans à traduire, qui existaient déjà.
Il ne faut pas oublier qu’une maison d’édition est une entreprise, et que le livre doit se vendre. On ne peut pas publier n’importe quoi.
Au départ, j’ai été assez sceptique sur le projet de CoCyclics. Nous avons eu de longs débats car nous n’étions pas d’accord, mais aujourd’hui, je le considère comme un véritable miracle, une entreprise unique au monde : des compétences très diverses, et parfois pointues, sont mises en commun pour travailler, sans que personne ne gagne un sou ! Cela m’a paru un peu utopique, et les américains nous riraient au nez si on leur expliquait le concept. Mais aujourd’hui, j’ai établi un partenariat avec CoCyclics car le collectif est la garantie d’une lisibilité d’un manuscrit (99 % des manuscrits reçus par la poste sont tout simplement illisibles). Tout le monde ne sait pas écrire un roman. CoCyclics permet de réduire l’expérience qui arrache le cœur, et grâce à cela, je me suis remis à lire des manuscrits de jeunes auteurs, non seulement de CoCyclics mais également d’autres. J’ai récemment signé quatre contrats avec de nouveaux auteurs français. Pour en venir au speed-dating d’Epinal : c’est là que je me suis rendu compte qu’il se passait quelque chose. Sur huit entretiens de dix minutes, j'ai repéré trois talents indéniables, dont un a signé un contrat : l’édition de l’imaginaire francophone est en train de muter. Et je pense que CoCyclics a un rôle majeur dans cette mutation, parce qu’il foisonne de gens gentils, disponibles et intelligents.
Un problème reste : que se passe-t-il quand le travail est fini, qu’il faut chercher un éditeur ? C’est un autre travail que le collectif se défend de faire, mais le charme et la persévérance de ses membres aident beaucoup, il faut le dire : quand on leur dit qu’on n’est pas convaincu par le roman estampillé, ils ne disent pas « bon, d’accord », croyez-moi !
Cependant, si le roman est retravaillé mais ne plaît à aucun éditeur parce qu’il n’est pas dans l’air du temps, cela valait-il vraiment le coup ?

Le problème de la durée : y a-t-il une relève pour CoCyclics, envisagez-vous une professionnalisation ?

Silène : Oui, il y a une relève. Nous sommes 600 sur le forum ; certains partent, beaucoup restent. Ce sont autant d’autres auteurs qui seront peut-être publiés un jour.
Pour la professionnalisation, ce n’est pas l’ambition de CoCyclics en soi : c’est un collectif qui reste pour les jeunes auteurs, nous y tenons. C’est d’ailleurs un modèle de travail libre, que chacun peut copier s’il le souhaite, nous pouvons même les aider. S’il devait y avoir professionnalisation, ce serait de la part de certains membres du forum, mais en dehors du collectif en lui-même.

Paul Beorn : Pour nous, il est hors de question de parler d’argent : les gens viennent pour autre chose, parce que l’idée est belle. Et quand bien même : qui devrait être payé, et comment ? On donnerait deux-trois euros à chaque bêta-lecteur ? Où les trouverait-on ? Nous sommes motivés par la volonté d’améliorer nos textes avant tout, pas par l’argent.

Nadia Coste : En effet, les choses qui ne fonctionnent pas chez les autres sont plus visibles. Tout le monde est capable de les repérer, car tout le monde est lecteur, et peut exprimer son ressenti de lecteur. Après, on les voit également mieux dans nos propres textes, et cela nous permet de progresser : la bêta-lecture est vraiment profitable en tant que jeune auteur.

Magalie Duez : J’ai déjà travaillé (sans le savoir) avec des grenouilles pour une anthologie : je commence à les repérer, parce que les textes sont souvent plus travaillés.

Il faut quand même dire que ce travail d’émulation existait déjà avant, et que CoCyclics s’inscrit dans une tradition d’entraide et de solidarité (notamment avec la revue Galaxie). En quoi Internet a-t-il changé la donne ?

Nadia Coste : Avant, si on ne connaissait pas le milieu, ou d'autres auteurs près de chez nous, on était très seul. Avec CoCyclics, il n’y a plus ce critère géographique : on peut utiliser des compétences très diverses, qui viennent de partout dans le monde.

Silène : L’anonymat est également important. On rentre dans le collectif pour travailler, pas par copinage, même si des liens peuvent se nouer ultérieurement. Cela reste une relation de travail. Internet permet de faire plus de rencontres au départ, on prouve qu’on peut corriger son texte en collaboration avec des gens qu’on ne connaît pas.

Paul Beorn : Certains refusent le programme de CoCyclics : quelques-uns sont partis en claquant la porte, d’autres travaillent mieux tout seuls. Certains ne reviennent jamais après le choc des premiers retours : même s’ils sont toujours faits gentiment grâce à un énorme travail de modération (on ne bêta-lit pas n’importe comment), recevoir son texte bariolé de commentaires n’est jamais facile. Mais certains restent depuis des années, parce qu’ils s’y sentent bien, et qu’ils veulent transmettre ce qu’ils ont appris, même s’ils ont moins besoin de bêta-lecture qu’au départ.

Stéphane Marsan : Dans le système de CoCyclics, il n’y a pas non plus le système des grands aînés qui parrainent les petits jeunes : on trouve beaucoup de gens, dont certains n’ont aucun rapport avec la littérature. Chacun a sa légitimité. Cela désacralise la relation un peu floue entre auteur et éditeur, car CoCyclics y échappe : quand on est éditeur, on ne sait pas tout faire sur un texte. On doit être capable de dire qui a fait quoi à l’auteur, alors qu’avec CoCyclics, il y a une sorte d’ombre préliminaire jusqu’à la décision de l’éditeur, c’est-à-dire la signature du contrat.
Une de mes premières questions a été « Vous êtes qui pour pouvoir prétendre faire ce travail ? ». C’est, à mon sens, un des problèmes de l’édition française aujourd’hui, bien trop sacralisée. Ici, on trouve une légitimité pour chacun.

Magalie Duez : CoCyclics apporte aussi une habitude de travail, qui évite les problèmes avec l’éditeur lors de la phase de travail. Et cela apprend également à défendre son texte pour les auteurs qui sont trop peu sûrs d’eux.

Et maintenant ?

Silène : On continue de la même façon : soutien des cycles, de ceux qui soumettent, de ceux qui écrivent. Nous entretenons des relations personnelles entre auteurs, nous discutons, nous comparons nos expériences, mais le but n’est pas de tirer à boulets rouges sur qui que ce soit !

Nadia Coste : Nous évoluons toujours même si le système a fait ses preuves : nous allons toujours vers plus d’efficacité, nous travaillons ensemble pour faire ça le mieux possible.

Paul Beorn : C’est une façon aussi de se soutenir, dans l’attente des réponses, on se rassure, on partage nos angoisses.

Nadia Coste : Ne pas être seul dans cette aventure-là est une force.

dimanche 20 mars 2011

Une grenouille à Zone Franche - témoignage



Alaric, notre héros du jour


Il était une fois un membre de CoCyclics armé d’un billet de train, d’un sac à dos et d’un plan. Les yeux brillants et le sourire aux lèvres, il s'en fut en quête du festival de Zone Franche. On lui avait dit qu'il y trouverait le premier stand CoCyclics. Hélas, à peine arriva-t-il à la gare de Bagneux le vendredi matin, que son plan lui fut arraché des mains par le souffle d’un train de passage. Son histoire commençait fort mal. Toutefois il ne désespéra pas. Il téléphona à une amie qui lui indiqua le chemin à prendre. « Tant pis si ma carte s’est envolée. Il me reste mon sac à dos, les conseils que l’on m’a prodigués et mes petits petons » raisonna-t-il, optimiste. Et une poignée de minutes plus tard, il arriva à destination.

Quelle ne fut pas sa surprise de traverser une bouche gigantesque de la taille de celle de Gargantua marquant l’entrée du festival. La langue, spongieuse, se déroulait à même le sol tel un tapis rouge. Elle s’enfonça sous son poids.

« Mon dieu, que ce doit être douloureux de se faire piétiner ainsi les papilles gustatives ! C’est un sort peu enviable que l’on t’a réservé. » dit-il à la porte. Mais il en fallait bien plus à cet intrépide voyageur, pour qu’il renonce à retrouver d’autres membres du collectif.

Un homme affublé d’une longue cape l’accueillit fort aimablement. Il lui indiqua sa destination : « CoCyclics ? Bien sûr ! C’est au fond, près de la buvette ». Cet endroit avait-il été choisi par la providence ? En tout cas, l’emplacement était idéal : il permettrait de se sustenter, tout en se désaltérant agréablement. « Ainsi, personne ne souffrira de déshydratation » pensa notre ami ravi. Sans compter que les conférences se dérouleraient à un saut de dahut. Même derrière leur stand, les grenouilles n’en perdraient pas une miette.

« Que de monde devant la buvette ! S’exclama-t-il en arrivant à destination. Mais… ce sont les grenouilles ! » Sentant son cœur battre à tout rompre, il courut rejoindre ses camarades. Et c’est ainsi qu’Alaric, car c’est bien de lui qu’il s’agit ici, humble intervenant, retrouva la Mare, IRL comme on dit.


Stand CoCy, avec Blackwatch et macalys

Après de chaleureuses effusions et quelques éclats de rire, l’installation du tout premier stand CoCyclics reprit. Tout le monde mit la main à la pâte. On y trouva bientôt, tout ce qui faisait l’âme de CoCyclics.

Le guide CoCyclics et un autre sur la typographie, les fameuses Aventures de Robert, une revue-conseil du blog de Tonton Beorn et mille autres grenouilleries l’incitèrent à la méditation. L’espace « coups de cœur » et ses romans francophones aux couvertures colorés le ravirent. « Depuis le temps que je me promets d’en acheter certains… » pensa-t-il en jetant un coup d’œil vers les stands des petits éditeurs, à quelques pas à peine de là.

Il eut également la surprise de découvrir des goodies : des magnets, des autocollants, des tatoos et des badges. « Le badge Super Grenouille est irrésistible ! Quelle élégance ! » S’exclama-t-il tout en s’en achetant un.

Les chocolats posés là le convainquirent de s’assoir quelques instants derrière le stand. Mais c’était un piège ! Aussitôt les permanents disparurent à la première table ronde à laquelle participait le collectif : « Agents littéraires et auteurs, comment travailler ensemble ? ». Elle était animée par Jacques Baudou, avec la participation de Syven, Garulfo, Juliette Joste et Stéphane Marsan. Alors que Garulfo et Syven apprivoisaient micros et auditoire, le nouveau représentant s'installa, fermement décidé à remplir son rôle de grenouille informatrice.

Ce qu'il fit avec grand plaisir. Du matin à l'heure du thé, ça n'arrêtait pas. Il était constamment sollicité, mais dut bien admettre qu’il adorait ça. Échanger et expliquer en quoi consistait la Mare le remplissaient de joie. De plus, il trouvait fort amusant de vendre les goodies, le Grimoire Galactique des Grenouilles et les adhésions à l’association Tremplins de l’Imaginaire. Il ne put se détacher d’un sourire de ravissement de tout le salon.

Stand CoCy : Nadia Coste, Célia et Alaric

Vinrent ensuite la soirée et le premier restaurant du week-end. Il partagea un repas mexicain avec ses amis et quelques nouvelles têtes. Ce moment privilégié fut des plus conviviaux. Entre les éclats de rire et des discussions plus qu’animées, le temps fila à toute vitesse. « J’ai l’impression que je viens juste de m’assoir. Devoir repartir maintenant est trop cruel ! » Pourtant, il se força à quitter cette agréable assemblée afin de prendre le dernier RER.


Le lendemain en début d’après-midi, il rejoignit ses camarades. Certains visages lui parurent fatigués, mais tous rayonnaient du plaisir de se revoir.

Le samedi fut encore plus riche en rencontres. Le stand était constamment pris d’assaut par les curieux. Le jeune homme décrivit un nombre incalculable de fois les principes de la bêta-lecture et l’absence de frontières de CoCyclics. Certains auteurs en herbe semblaient trouver dans ses explications et dans le collectif quelque chose qu’ils cherchaient depuis longtemps, isolés dans leur écriture. Des yeux brillèrent, des mains tremblèrent d’excitation, et des cartes de visite furent échangées. Il en fut tout ému. Il sut alors qu’ils en reverraient certains sur la Mare.

Au bout d’un moment, le stand arriva à court de GGG. « Il n’y en a vraiment plus un seul ? C’est incroyable ! Deux cents exemplaires en quelques mois… vivement la réimpression. »

En même temps qu’il tenait le stand avec des collègues aussi charmants les uns que les autres, il se persuada qu’il valait mieux attendre le lendemain avant de faire le tour du festival. Son sac à dos ne supporterait pas une quantité excessive de livres.


« Quoi ? Qu’est ce que j’entends ? On vient de remettre le prix Zone Franche 2011 concernant les nouvelles, et ce sont trois grenouilles sur le podium ? Mais c’est proprement hallucinant ! » S’exclama-t-il en sautant de joie. Il prit le temps de féliciter les lauréats : Anthony Boulanger et Marie-Anne Cleden. Philippe Deniel était malheureusement absent.

La nuit tombant, il se résolut à sortir du festival après un pot avec tous les professionnels présents à Zone Franche. Cette fois, ce fut devant des sushis et sashimis que les grenouilles se réunirent. Des génériques de dessins animés furent mal chantés et, une nouvelle fois, la bonne humeur et le partage primaient sur le reste.

Silène et Beorn

Comme le soir précédent, ce fut un véritable déchirement de devoir quitter une si agréable compagnie. Mais le RER n’attendrait pas. Fourbu mais souriant, Alaric s’endormit, des rêves SFFF plein la tête.


Il profita du troisième jour du festival de Bagneux pour visiter les stands des éditeurs. Avec Blackwatch et Célia, il parcourut les rangées à la recherche de steam-Punk tout en faisant l’article de CoCyclics. Il s’était découvert une âme de commercial, et cette dernière le titillait dès qu’elle le pouvait.

Enfin, après quelques achats et dédicaces, il se dépêcha de s’assoir parmi les spectateurs de la prochaine table ronde : « l'aide aux jeunes auteurs : le collectif CoCyclics » animée par Stéphanie Nicot et avec la participation de Paul Beorn, Nadia Coste et Silène, ainsi que Magali Duez et Stéphane Marsan.

Avec des compliments comme : « miracle de la littérature », « utopie devenant réalité » ou « initiative unique au monde », notre grand garçon eut bien du mal à retenir une larme tant il était touché.

« Que de chemin parcouru depuis 2006 ! CoCyclics tient désormais un stand dans un festival. Le collectif est reconnu pour son sérieux et la qualité de travail de ses auteurs et de ses bêta-lecteurs. Des éditeurs nous font confiance, et s’associent en partenariat. Qu'est-ce que je suis heureux de faire partie d’une telle organisation ! Snif, snif ! »


Mais le temps ne s’arrêta pas pour autant. Il dut se séparer à contre cœur de tous ses amis. Après quelques au revoir déchirants, sur le chemin du retour, il avait l’impression d’être sur un nuage. Et dans sa tête, il ne pouvait s’empêcher de se remémorer cet incroyable festival.
« Il était une fois une grenouille sur un nénuphar… »

Syven