Affichage des articles dont le libellé est Interview. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Interview. Afficher tous les articles

vendredi 1 janvier 2016

Nouvel An et rencontre avec Pierre Bordage !

Pour ce Nouvel An 2016, l'équipe Tintama(r)re a le plaisir de vous offrir le compte-rendu d'un évènement organisé par Tremplins de l'Imaginaire !

Bonhommes de neige grenouilles
Bonne année 2016 !

Le samedi 24 janvier 2015, Pierre Bordage est venu à la rencontre de CoCyclics pour une conférence-débat au Tea Corner, un salon de thé bien connu des membres du collectif, situé dans le 1er arrondissement de Paris. Ermina vous a retranscrit en détail ses notes des discussions tenues, merci à elle ! Et merci à Pierre Bordage d'avoir gracieusement accepté leur publication !

Portrait de Pierre Bordage
©Laurence Honnorat

MÉTHODES D'ÉCRITURE

Question : Quelle est la journée type d'un écrivain professionnel ?
Pierre Bordage : Je travaille le jour à partir de huit heures environ jusqu'à dix-huit heures avec une pause déjeuner et éventuellement une balade. Au cours d'une journée type, je produis dix pages. J'en discute avec des collègues auteurs et ils n'ont pas le même rythme. Il y en a qui travaillent la nuit, d'autres seulement dans les endroits bruyants ou dans des lieux silencieux.

Et après l'écriture ?
Je relis le chapitre sur ordinateur, imprime, corrige au crayon. Viennent ensuite la relecture globale sous format électronique et sur papier. Après une dernière relecture sous format électronique, j'envoie ensuite directement à l'éditeur.
J'ai toujours un projet d'avance. À chaque projet, il y a nouveau défi : il faut trouver l'angle de la plongée. J'ai des projets très anciens, que je n'ai pas pu exploiter. Le feu de dieu a été écrit 12 ans après avoir eu l'idée.

Est-ce que vous connaissez la fin ?
Pour certains projets oui, mais souvent, je tombe à côté. Ou alors, je ne la connais pas et ne sais même pas ce qu'il y aura dans le chapitre suivant. Je suis un scripturant, un jardinier pur qui regarde pousser. J'ai besoin d'être surpris par mes personnages. J'en ai qui meurent alors que je ne l'avais pas prévu.
J'ai aussi des idées globales comme Wang, mais les chemins pour aller à la fin sont différents de ce que j'avais imaginé. Dans Roel, j'ai voulu imposer ma volonté, mais en cinquante pages, j'ai tué le roman. Ma nature est d'être jardinier.
[NDLR] Quand les auteurs « architectes » planifient en détail leur histoire avant de se lancer dans l'écriture, les « jardiniers » n'ont aucun plan ou seulement des idées globales.

LES PROJETS

Quand vous construisez un projet, qu'est-ce qui est au centre ?
Pour Abzalon, c'était un personnage. Pour Wang, c'était un univers. Pour les Guerriers du silence, je suis parti d'un personnage qui ne peut pas voyager et qui noie son ennui dans l'alcool. Pour Résonances, c'est une femme dans l'espace entièrement voilée. Si on la voit, elle risque d'être répudiée. Si quelqu'un la voit, il est condamné à mort. Je voulais faire un clash entre l'ultra-technologique et l'archaïsme.

Comment trouvez-vous vos titres ?
Quand je trouve un titre, je suis content. Il peut me venir en cours d'écriture ou après : par exemple, pour Ceux qui sauront, chez Flammarion, c'est l'éditeur qui l'a trouvé.

Donnez-vous tout le temps le pitch ?
J'ai l'impression de m'emprisonner en faisant un pitch, mais les éditeurs ont besoin de préparer la pub du roman avant.
Je n'aime pas plus le faire après l'écriture. Un résumé, c'est plat. On ne restitue pas l'atmosphère du livre. Les quatrièmes de couvertures sont compliquées à faire, je suis incapable d'en faire. L'éditeur me demande des éléments et trie dedans.

Si le personnage vous emmène vraiment très loin, que se passe-t-il ?
Alors, je dis qu'il y a deux volumes. Les éditeurs n'aiment pas les trilogies, car la déperdition de lecteurs est de plus en plus importante avec les tomes. Mais sur un dyptique, il n'y a pas de perte.

Avez-vous déjà été coincé en cours d'écriture ?
Oui, il m'arrive même de me coucher sans savoir ce qui va arriver ensuite, mais le problème se dénoue d'une façon étonnante par l'écriture. Je n'ai pas l'impression d'être l'auteur du livre, mais celui qui le recueille, comme un accoucheur qui recueille un bébé. Moins je mets de moi, mieux le livre se porte. Mon boulot c'est de l'accueillir par l'écriture.

En vous écoutant, on a l'impression que ça va tout seul, mais vous avez un univers construit et on sent que vous avez réfléchi avant.
L'inspiration vient de mes lectures, mais les modes de narration sont en moi. Il y a une sorte de spontanéité. Le livre se nourrit aussi de moi et de mes propres préoccupations. J'ai l'impression que c'est une ancre, un sang qui sort de l'auteur. Donc, quand je commence un roman, je n'ai pas de notes, juste un cahier pour écrire les noms des personnages et des planètes. Je fais une chronologie, car je suis parfois perdu.

Couverture du roman "Abzalon"


Quand vous avez besoin de faire des recherches, vous les faites au fil de l'écriture ?
Pour un roman, il m'a fallu quatre mois de recherches pures sans écrire. J'ai rempli des cahiers, je suis retourné à l'école. Mais je me noyais dans les recherches. Habituellement, je pars avec les personnages, je construis leur parcours. Je fais les recherches au fur et à mesure.

Vous écrivez tout dans l'ordre ?
Oui. Beaucoup de structurants purs ont des problèmes avec l'écriture qui devient douloureuse : il faut mettre de la chair à une charpente. Le jardinier a le plaisir d'être entraîné avec l'écriture. Mais chacun a sa manière de faire. Il faut suivre sa voie à soi. À vous de trouver votre propre fonctionnement, n'imitez personne. L'écriture est une musique personnelle, c'est ce qui fait sa richesse.

Vous prenez des vacances avec tous ces projets ?
Je m'impose quinze jours de vacances entre chaque livre. Je m'occupe de mon jardin, je regarde des conneries à la télé. Je pense que pour regagner la fraîcheur, il faudrait deux mois.

LA NOUVELLE

Pierre Bordage : Je ne suis pas très nouvelle. J'ai commencé par le roman alors que l'univers de la SFFF est amateur de nouvelles. Pour écrire une nouvelle, il faut que je sois poussé à le faire et je reporte jusqu'au bout. Une fois devant l'ordinateur, je ne sais pas ce que je vais faire. La nouvelle, c'est de la mécanique de précision. Il n'y a pas d'investissement émotionnel à la différence du roman. Dans mes romans, j'ai des fins positives, mais pas dans les nouvelles qui permettent de libérer mes instincts sadiques.

LES CORRECTIONS

Comment procédez-vous pour les corrections ?
Je fais une première correction au crayon. Après, je l'envoie à l'éditeur qui met un mois pour lire. La réponse passe par un coup de fil. Puis, je reçois le manuscrit avec les annotations. Un bon éditeur est celui qui souligne pour dire : est-ce que tu peux trouver mieux ? Ce n'est pas celui qui impose. Je corrige ou pas si je ne suis pas d'accord. Cela prend une journée, deux pour les gros romans : ce sont surtout des corrections stylistiques. Tout va très vite quand il n'y a pas de problème de fond. J'essaie de voir le livre comme une partition sur lequel il doit y avoir le moins de fausses notes possible.

Est-ce que vous aviez autant de correction au début ?
Mon premier roman, c'est Les guerriers du silence. Il a connu beaucoup de péripéties. Je l'ai envoyé l'Atalante. En général, quand vous êtes accepté, on vous appelle. L'éditeur m'a appelé et a dit : « c'est bourré de défauts ! ». Il fallait mieux définir les méchants : les bons méchants font les bons romans. Au bout de vingt minutes, je lui demande ce qu'il veut. « Le publier bien sûr ». J'ai dit : « D'accord, mais je le réécris ». Je voyais beaucoup de défauts et il y avait des naïvetés. Je l'ai réécrit huit ans après, puis j'ai fait les dernières corrections chez l'Atalante, ce qui a duré deux jours.
Pour Abzalon, l'éditeur venait chercher les chapitres chez moi. J'étais très en retard. À force de le relire, je ne vois que des défauts et j'ai eu besoin de plusieurs mois pour retrouver de la fraîcheur.

L'ÉDITION

Vous avez eu du mal à être édité ?
Oui. J'ai l'impression que dans la vie, il y a une sorte de destin. Les portes s'ouvrent et se ferment. J'ai écrit Les guerriers du silence à 30 ans, j'ai été publié à 38 ans. C'est resté fermé pendant longtemps et j'avais l'impression que ça ne pouvait pas s'ouvrir. Au début, j'envoyais certes aux mauvais éditeurs, et c'était une erreur. Je ne connaissais pas le milieu, j'ignorais qui étaient les éditeurs de science-fiction et de fantasy. J'étais journaliste sportif. Un jour, j'ai aperçu les romans de l'Atalante en descendant au Virgin et j'ai vu que je connaissais le traducteur des Chroniques d'Alvin le faiseur [NDLR : d'Orson Scott Card]. Je l'ai appelé et je lui ai parlé de mon manuscrit en lui demandant si je pouvais l'envoyer. Il en a parlé à Pierre Michaud [NDLR : le fondateur de l'Atalante].

Couverture du tome 1 "Les guerriers du silence"

Il y a cinq étapes :
  1. Est-ce que vous aimez raconter les histoires ?
  2. Est-ce que vous pouvez aller au bout ?
  3. Est-ce que vous allez plaire à un éditeur ?
  4. Est-ce que vous allez plaire aux lecteurs ?
  5. Est-ce que vous allez vendre assez de livres pour faire gagner de l'argent à l'éditeur et en publier un autre ?
Dans le milieu de l'imaginaire, il y a plein de petits éditeurs pour commencer. On se fait remarquer et on trouve un plus gros éditeur. Quand j'ai commencé, l'Atalante était un petit éditeur. Je suis resté fidèle, sans m'interdire d'aller ailleurs. L'important pour un auteur, c'est d'être publié, pas de s'autopublier.

Est-ce que vous pensez qu'on peut faire carrière, de nos jours ?
Il faut toujours le croire, car ça ne vous appartient pas. Oui, on peut. Moi, je vis purement de l'écriture depuis vingt-deux ans. Il faut tout faire avec son cœur et son énergie et on verra ensuite. Il n'y a aucune porte fermée sur rien.

LE NUMÉRIQUE

Que pensez-vous du numérique ?
Je lis surtout sur papier, mais je ne peux pas l'ignorer, car il est incontournable. Il n'y a pas d'opposition entre ces deux supports, ils sont complémentaires. Le numérique fait aussi vendre du papier.

En tant qu'auteur, est-ce que le numérique a changé vos habitudes ?
Je ne pense pas. L'écriture est une musique qui jaillit, quel que soit le support. Je n'écris plus à la main maintenant. Quand j'ai été assez à l'aise au clavier, j'y suis passé entièrement. Il faut seulement que rien n'interrompt l'écriture.

Que pensez-vous de l'autopublication numérique ?
Il y a une masse importante d'autopublications numériques. Avec l'autoédition, on n'a pas assez de recul.
Sans bornes, comment on va faire pour se repérer ? Si le manuscrit a été refusé par l'éditeur, ce n'est pas pour rien. Comment sortir de la masse si on a un manuscrit un peu meilleur ? Il faut un label qui garantisse la qualité. Sur Amazon, on s'auto-achète pour se retrouver dans le top.
Des éditeurs comme l'Atalante ont réfléchi sur l'édition numérique, mais on ne fait pas des milliers de ventes. Le feuilleton fonctionne avec six ou dix épisodes qui ne doivent pas être trop chers. Des gens disent qu'on peut enrichir le numérique d'images et de vidéo, mais il ne concurrencera pas le jeu vidéo. C'est un moyen de découvrir le texte pur, le seul qui développe l'imaginaire.

Vous lisez ?
J'essaie. Je lis de tout. En ce moment, je lis un gros traité de mythologie du monde. Je rencontre des auteurs dans des salons et on s'échange nos romans.

EN CONCLUSION

Pierre Bordage : En résumé, ne vous laissez jamais décourager et faites-vous confiance, le reste ne vous appartient pas.

lundi 21 décembre 2015

Interview sur la collection E-courts des éditions Voy'[el]

Aujourd'hui, nous accueillons Manon Bousquet et Tesha Garisaki, qui ont accepté de nous parler de leurs fonctions de co-directrices de la collection « E-courts » des éditions Voy'[el]. Merci à Luxia d'avoir orchestré cette interview !

Logo des éditions Voy'[el]


Avant toute chose, pouvez-vous nous présenter Voy'[el] ?

Voy'[el] est une maison d'édition fondée en 2009 par Corinne Guittaud, axée principalement sur l'imaginaire positif et le rêve. Elle publie de la littérature SFFF, à destination des adultes jusqu'ici (mais une collection jeunesse devrait bientôt voir le jour), ainsi que des art-books. Les romans, anthologies et artbooks sont publiés aux deux formats papier et numérique, les nouvelles et novellas le sont uniquement au format numérique (collection « E-courts »), de même que les œuvres LGBT (romans, nouvelles et novellas, réunis dans la collection « Y »).


Et E-courts ?

E-courts est la collection dédiée aux nouvelles, novellas et séries, créée par Aude Bourdeau en 2013. Il s'agit d'une collection majoritairement numérique, même si des anthologies ou des intégrales de séries peuvent être proposées en impression à la demande.


Maintenant, parlons un peu de vous : quand et comment en êtes-vous arrivées à ce poste ?

MB : Je suis arrivée en septembre 2014. Aude Bourdeau (la créatrice de la collection) avait besoin d'aide, et m'a proposé, ainsi qu'à une connaissance partie depuis, d'occuper ce poste de codirectrice. Et puisque j'adore cumuler plein de trucs en même temps, j'ai dit oui.
TG : De mon côté j'avais le projet de monter une maison d'édition depuis très longtemps, du coup j'ai suivi une formation de correctrice et obtenu un diplôme de gestion d'entreprise, tout en travaillant bénévolement, ou à titre professionnel, pour pas mal de maisons d'édition. J'ai endossé plusieurs casquettes pendant plusieurs années : correctrice, maquettiste, membre de comité de lecture, directrice de collection... Quand Voy'el est devenue une SARL, j'en suis devenue actionnaire et ai intégré ses comités de lecture. Quand la place de codirectrice d'E-courts est devenue vacante, en janvier 2015, je l'ai reprise.


Aviez-vous déjà une connaissance du monde de l'édition lorsque vous avez débuté ?

MB : Une petite. J'ai suivi une formation en correction, je possède des bases de maquette éditoriale, et j'avais déjà dirigé une anthologie.
TG : C'était mon métier.


Pour les lecteurs qui ne seraient pas familiers du monde de l'édition, pouvez-vous expliquer rapidement quel est votre rôle en tant que co-directrices de la collection E-courts ?

Nous recevons les textes, les transmettons au comité de lecture, assistons aux délibérations du comité de lecture, puis nous tranchons en faveur ou non d'une publication. Puis, nous avons en charge les phases de correction éditoriales (direction littéraire, correction orthographique et typographique), la maquette et la couverture, la création des fichiers numériques et leur envoi au diffuseur. Puis vient la phase de promotion, via les réseaux sociaux, les services presse ou encore les concours.


De toutes ces tâches, laquelle appréciez-vous le moins ? Et au contraire, laquelle préférez-vous ?

MB : Mon côté monomaniaque aime les maquettes, et les choix de couverture. Et si j'adore découvrir de nouveaux textes et les voir prendre leur envol, la deuxième phase de correction et au-delà me deviennent vite fastidieuses.
TG : C'est difficile à dire... Les couvertures m'amusent. En revanche, je trouve laborieuse la première phase de correction, quand il faut organiser la réécriture du texte.

Couverture de "Chrysalide" d'Ivan Kwiatkowski


Vous êtes toutes les deux également auteures. Pensez-vous que cette fonction de co-directrices de collection ait changé votre rapport à l'écriture et à la lecture ? Si oui, de quelle manière ?

TG : Je dirais que travailler dans l'édition en général aide à prendre du recul par rapport à son travail. Personnellement, ça m'a rendue plus exigeante envers moi-même.
MB : Oui, c'est plus une globalité, à force de lire d'autres personnes, de travailler avec elles, on se rend compte de ses propres faiblesses. Ça a également changé ma manière de recevoir les corrections, par exemple la gestion des remarques un peu intrusives.
TG : Ça aide également à corriger ses propres textes : avant de soumettre, tu sais déjà ce qu'on va te demander de corriger.


Maintenant que nous en savons un peu plus sur vos postes et vos parcours, je propose de revenir sur la collection dont vous avez la charge. Pour commencer, pourquoi avoir choisi de faire d'E-courts une collection entièrement numérique ?

Principalement pour des raisons financières. Une nouvelle coûterait trop cher à imprimer puis à diffuser : le prix serait trop élevé pour que les gens achètent. De plus, le numérique se prête volontiers au format court, pour lire un texte le temps d'un trajet en bus, par exemple...


Globalement, d'où viennent les œuvres publiées : d'appels à textes, de soumissions ouvertes, de démarchage d'un auteur apprécié ?

De soumissions uniquement.


D'ailleurs, pouvez-vous nous parler un peu du processus de sélection des œuvres publiées ? Quels sont les critères que vous utilisez pour trancher ?

Le respect de la ligne éditoriale ! Un enthousiasme unanime du comité de lecture est un atout majeur, ainsi que la qualité du style et l'originalité de l'histoire. Les nouvelles sont publiées à l'unité, donc il faut qu'elles offrent vraiment un quelque chose de particulier, des idées, un rythme...


Maintenant, nous avons un peu de contexte, nous allons pouvoir passer aux choses intéressantes et parler chiffres et statistiques. Combien d'œuvres compte actuellement la collection E-courts ?

Alors... 13 nouvelles, 1 novella et 1 série.


Pour combien de textes reçus en soumission ?

Depuis septembre 2014, 102, donc près de 200 depuis la création de la collection.


Au niveau des ventes, que pouvez-vous nous dire sur la collection E-courts ? Est-elle rentable ?

Non, pas vraiment. Elle dégage bien quelques bénéfices, mais négligeables comparés à l'investissement nécessaire. C'est un problème récurrent des nouvelles : ce n'est pas rentable.

Couverture de "La Brigade des loups, T1" de Lilian Peschet


Y a-t-il des nouvelles qui se vendent mieux que les autres ?

La série La Brigade des Loups de Lilian Peschet se vend très bien. Chrysalide (Ivan Kwiatkowski) se vend bien également, avec une vingtaine de ventes, et Caver Den (Xavier Portebois) a réalisé un bon démarrage avec une quinzaine de ventes en un mois. Globalement, les nouvelles qui ont été soumises à des offres promotionnelles (réduction ou gratuité) s'écoulent également mieux que les autres, jusqu'à 80 exemplaires.


Bien, je crois avoir épuisé mes questions. Merci pour votre disponibilité, Manon et Tesha, et je vous laisse le mot de la fin : avez-vous un dernier message à faire passer aux lecteurs, aux aspirants auteurs qui seraient intéressés par rejoindre le catalogue d'E-courts, ou encore aux aliens ?

MB : Faites vivre les collections dans lesquelles vous voulez être publiés !
TG : Je conseille aux lecteurs de nous lire pour nous découvrir, aux auteurs de nous lire pour bien cerner notre ligne éditoriale, et aux aliens de nous lire pour se faire une fausse idée de notre civilisation.


Liens :

mardi 17 novembre 2015

Dans la tête d'une nouvelliste : Sylvie Lainé

Après la création de la nouvelle rubrique « Dans la tête d'un·e nouvelliste » et la publication d'une première interview avec Lionel Davoust en avril dernier, l'équipe Tintama(r)re est ravie de vous présenter un second volet, consacré à une auteure 100% nouvelliste.
Il s'agit, vous l'aurez deviné, de Sylvie Lainé, qui a très gracieusement répondu aux questions de Hatsh*.
Non seulement Sylvie Lainé écrit des nouvelles et des novellas, dont plusieurs ont été récompensées entre autres par le GPI et le prix Rosny aîné, mais elle intervient aussi régulièrement en festivals dans des tables rondes décortiquant ces formats. Ses histoires nous parlent de points de vue et de rencontres, désirées ou inattendues ; des thèmes précieux par les temps qui courent. Quatre recueils sont disponibles chez ActuSF et une nouvelle graphique chez Organic éditions. Pour lire ses autres textes, à vous de faire la chasse aux trésors dans les revues et les anthologies !

Sylvie Lainé, aux Intergalactiques 2015
Intergalactiques 2015, Lyon.

Bonjour et merci de prendre le temps de répondre à nos questions ! Vous êtes l'une des rares auteur·e·s 100% nouvellistes, avec deux novellas à votre arc : d'où vient votre attachement à ce format ?

Par la force de ce que permet d'exprimer le format court, sans doute en obligeant le lecteur à construire tout ce qu'on ne lui raconte pas. Une nouvelle bien faite, c'est une merveille d'immersion brutale et décoiffante. Parfois, en tant que lectrice, le format long m'ennuie un peu – un roman ou un cycle peut permettre de développer une familiarité avec le monde que l'on vous y propose, jusqu'à ce que l'on s'y sente chez soi - mais ce n'est pas ce que je recherche en priorité dans la SF, j'y cherche plutôt l'étrangeté du dépaysement.


Pour vous, y a-t-il des codes incontournables de la nouvelle à respecter et/ou à détourner ?

Il y a une règle à mes yeux qui compte encore plus pour la nouvelle que pour le roman : il ne faut jamais trop expliquer ni trop raconter. Il faut donner à vivre et à ressentir. Le fameux « Show, don't tell ». Disons que c'est une règle que l'on peut contourner, mais ça devient vite périlleux… Sinon, les règles du théâtre fonctionnent bien aussi : unité de temps, unité d'action. Difficile de raconter une histoire qui s'étend sur des décennies, difficile de multiplier les péripéties et les personnages, car sinon il y a un risque réel de produire un genre de résumé de roman qui ne fonctionnera pas en tant que nouvelle.


Comment travaillez-vous une nouvelle ? Suivez-vous ou avez-vous des rituels, des contraintes de temps ou de narration, des techniques d'écriture particulières ?

Pas de rituels, ni d'horaires, ni de règles, parce que ce qui m'intéresse c'est surtout de faire à chaque fois quelque chose de différent, sur un nouveau principe. Des choix préliminaires qui peuvent être difficiles : dans la peau de quel personnage vais-je être ? L'histoire sera-t-elle écrite à la première ou à la troisième personne ? Le récit est-il au présent ou au passé ? Ce ne sont pas de simples questions formelles. Cela change complètement le ressenti de l'histoire.


On vous présente comme une auteure de SF, pourtant un certain nombre de vos nouvelles a peu à voir avec la SF, mais plutôt avec le fantastique (La Bulle d'Euze, Un rêve d'herbe) ou même la blanche (Le prix du billet) : le genre s'impose-t-il au fil de l'écriture ou bien est-il choisi au préalable ? Que permet de faire la SF que ne permettent pas d'autres genres ?

C'est l'histoire qui choisit son genre. La plupart de mes histoires m'emmènent vers la SF, mais certaines vont ailleurs. Le Prix de billet comportait déjà en lui-même le principe du changement de point de vue, bien que effectivement ce soit de la blanche (c'est rigolo, j'ai l'impression d'être un dealer). Donc inutile de faire appel à la SF pour cette nouvelle-là. Mais la SF est idéale pour renouveler les questions, en changeant la manière dont on les pose.

Couverture du recueil Espaces insécables


Vous avez publié de très nombreuses nouvelles (combien, d'ailleurs ? ^^ ) et deux novellas, mais seulement quatre recueils. Dans les interviews publiées sur le site d'ActuSF, vous précisez que chacun possède un fil rouge ou un thème : le poids du regard pour Le Miroir aux éperluettes (2007), le choix pour Espaces insécables (2008), l'Autre pour Marouflages (2009), l'univers du space-opera pour L'Opéra de Shaya (2014). Chacun est préfacé de manière élogieuse (respectivement, Jean-Claude Dunyach, Catherine Dufour, Joëlle Wintrebert et Jean-Marc Ligny). Comment avez-vous choisi la composition de ces recueils ? Les préfaciers et préfacières ont-ils/elles participé à cette composition ?

Eh, oh, ça fait 3 questions ! (ça fait combien de questions en tout, du coup ? ^^ ) Bon, je viens de regarder ce qu'en dit la nooSFere, je dois avoir écrit une quarantaine de nouvelles, disons entre 40 et 50. J'ai composé les premiers recueils avec une proportion importante de textes déjà publiés (en revue, dans des anthologies) et devenus indisponibles, et la proportion d'inédits ou de textes très récents est allée en augmentant au fil du temps. Les préfaciers qui m'ont fait l'honneur et le plaisir de présenter les recueils sont intervenus alors que les recueils étaient déjà composés. (Et, curieusement, je n'ai pas cherché à solliciter des auteurs qui détestaient mes textes).


Vos nouvelles sont rarement « à chute », elles offrent plus souvent une résolution suivie d'une fin ouverte (Fidèle à ton pas balancé, Le Passe-plaisir, Grenade au bord du ciel) : est-ce délibéré ?

Même une nouvelle à chute peut toujours comporter une fin ouverte : une fin ouverte sur un après. Le monde ne s'arrête pas à la fin de l'histoire. Il y a un nœud ou un conflit dans le récit qui a été résolu, ou bien le point de vue que l'on a sur l'histoire a changé. Et après, la vie continue, on l'entrevoit derrière la fenêtre, après le mot fin. J'aime bien prendre le lecteur par la main et l'emmener en voyage, mais je déteste l'enfermer dans un train verrouillé – surtout quand on arrive au terminus.


L'un des textes parus dans L'Opéra de Shaya avait d'abord été écrit et publié dans l'anthologie Contrepoint dirigée par Laurent Gidon (Petits arrangements intergalactiques), qui avait pour ambition de présenter une anthologie sans conflit. Est-ce difficile d'écrire sans conflit en SFFF et dans des nouvelles ?

Ça dépend ce qu'on appelle un conflit. Pour une bonne histoire il faut des difficultés et des péripéties, des surprises, et pas seulement celles qui sont enrobées dans un Kind… dans du chocolat. Cela se fabrique avec des incompréhensions, des conflits d'intérêt, des conflits d'interprétation, des drames. Je peux l'avouer maintenant, j'ai réussi à ne mettre aucun conflit dans les Petits arrangements intragalactiques parce que le héros n'a pas d'interlocuteur avec lequel il pourrait entrer en conflit. Les Grocs sont peut-être intelligents, mais ils ne voient pas du tout l'intérêt d'une discussion avec le drôle de Sapinou qui va les soulager de leurs démangeaisons, comme doit le faire tout bon Sapinou. (Le narrateur, lui, se soucie d'un problème prioritaire et personnel). Et les petits arrangements sont bien INTRAgalactiques : on s'arrange entre voisins, on trouve des accommodements, on se rend des petits services.


Pour prendre une autre acception du conflit, celle du conflit narratif, avez-vous déjà essayé la narration sans conflit ? (par exemple : le kishōtenketsu)

Si je l'ai fait, c'est sans le savoir, comme Monsieur Jourdain.


Vous avez écrit deux novellas (Les Yeux d'Elsa en 2006 et L'Opéra de Shaya en 2014), toutes deux primées entre autres par le Grand Prix de l'Imaginaire : est-ce que cela a représenté un processus d'écriture différent ? Est-ce que ça a changé quelque chose à votre manière d'écrire des nouvelles ?

Les novellas ont eu un processus d'écriture différent, oui, parce que ce sont les seuls textes pour lesquels j'ai vraiment élaboré un scénario avant d'écrire. Ce sont des textes qui ont 3 niveaux de construction : le contexte (l'univers dans lequel l'histoire prend forme, ses règles), le scénario (les étapes du récit), et l'écriture, qui est la part où se fait l'immersion et où les personnages se mettent à exister. Je n'ai pas besoin de cela pour des nouvelles courtes, elles jaillissent sur tous les plans à la fois, avec moins de préméditation.


Quel rapport entretenez-vous avec les supports numériques ?

Je nettoie l'écran de ma tablette, j'essaie de ne pas oublier d'éteindre ma souris sans fil parce que sinon je dois changer les piles tout le temps, ça fait une éternité que je n'ai pas fait de sauvegarde sur ma station multimédia, et peut-être que je devrais faire un bisou au cloud ? Mais il reste très abstrait à mes yeux. Ai-je répondu à la question ? ^^


Quelle relation avez-vous avec votre lectorat ?

Je l'aime. Il m'aime. Nous nous aimons.
Sérieusement, avec les blogs, Facebook, les salons, les possibilités de dialogue et les retours que l'on a se multiplient, et c'est formidable. Je trouve complètement extraordinaire d'avoir touché des gens de tous les âges, de différents milieux, et du coup d'avoir pu échanger avec eux. Il y a ce moment un peu magique où la personne vous chuchote avec un peu de timidité : « en fait, celle que j'ai le plus aimé, c'est… » (c'est très variable, celle dont on me parle alors). Et en général, le lecteur continue : « vous savez, celle où… » et me la raconte un peu, en me regardant avec un peu d'inquiétude, car soudain il se demande si l'histoire que j'ai écrite (moi, cette parfaite inconnue qui me trouve à cet instant en face de lui) est vraiment à mes yeux la même que celle qu'il a lue – si je vais vraiment comprendre ce qu'il va m'en dire et ce qu'il a éprouvé.
Alors je suis toujours très heureuse à cet instant – c'est cela la magie des textes qui fonctionnent. Ils vous parlent à vous, d'une manière unique. Et face à un auteur qui m'a vraiment touchée, je ne peux que bredouiller lamentablement.

Couverture de L'Animal

Vous avez écrit un livre graphique avec Francis-Olivier Brunet et Philippe Aureille (L'Animal, Organic éditions, 2014) : est-ce une nouvelle ou une novella graphique ? Est-ce que c'était un défi ? Les nouvelles bénéficient parfois d'illustrations dans les anthologies, mais presque jamais dans les recueils : est-ce que mêler texte et image est évident pour un format court non-jeunesse ?

Ça fait encore 3 questions. Donc si on s'en tient à un strict critère de longueur du texte, c'est une nouvelle graphique. Un défi ? Oui, au sens où c'est une expérience que je n'aurais jamais imaginé faire un jour, et qui a été passionnante – et j'adore le résultat de ce travail à trois. Pour la 3e question, je ne la comprends pas. Évidemment ce n'est pas pour la jeunesse. Oui c'est du court. Mêler texte et image, c'est le principe même d'une nouvelle graphique – mais le principe de la collection ici est que c'est le peintre ou le plasticien qui commence, et que l'auteur intervient après, dans l'univers du plasticien. Donc c'est plutôt l'auteur qui « illustre » (avec un texte) les tableaux et les images. Il n'y a jamais d'évidence dans une collaboration, surtout quand chacun a son langage propre. Après, si la question concerne le positionnement marketing, elle devrait plutôt s'adresser à l'éditeur…


Pour finir : à quand le prochain recueil ? :D

Bientôt. Et puis aussi des nouvelles en revue, un lettre qui est un genre d'essai, la direction d'une anthologie prochainement… Des projets de toutes sortes, et j'adore ça.


Liens :


Note :

* Notre rédac' chef, qui a reçu 50 coups de fouet pour s'être trompée dans un titre et pour avoir confondu interview et shampoing "formule 3-en-1". [haut]

lundi 19 octobre 2015

Géante Rouge : interview de Patrice Lajoye

Au printemps dernier, Tintama(r)re inaugurait une nouvelle rubrique « Revues et zines francophones », avec une interview de Pierre Gévart, rédacteur en chef de Galaxies, réalisée par Guillaume Parodi.
Ce dernier s'est ensuite intéressé au fanzine Géante Rouge.



Créé en 2005 par Pierre Gévart, le fanzine Géante Rouge (site Internet) a longtemps publié des auteurs méconnus aux côtés d'écrivains confirmés. Le but de cette revue à publication annuelle est d'assurer un tremplin et d'offrir une visibilité à des auteurs dont la plume est encore naissante. Même si le fanzine préfère traditionnellement les textes de science-fiction, aucun genre n'est complètement omis et il est tout à fait possible de retrouver, au fil des publications, des textes fantastiques. Géante Rouge est aussi connu pour publier annuellement les meilleurs micronouvelles du concours des Pépins.
Toutefois, depuis le mois de septembre 2015 et devant l'afflux massif de textes soumis à son comité de lecture, le fanzine a fermé les portes de son appel à textes.

Curieux et curieuses d'en connaître plus sur cette publication qui fête sa première décennie d'existence, nous sommes aller poser quelques questions à son rédacteur en chef Patrice Lajoye. (NDLR : interview réalisée en mai 2015.)

Tintama(r)re : Combien de membres compte l'équipe de Géante Rouge au total ?
Patrice Lajoye : Dans les faits, en permanence trois : Pierre Gévart, le directeur de la publication, Ketty Steward, qui corrige les textes, et moi qui les sélectionne. Mais parfois nous tentons des choses, comme pour le numéro de 2013, pour lequel nous avions invité des blogueurs à participer à la sélection.

Géante Rouge est-il distribué uniquement en France métropolitaine ou aussi dans les départements et territoires d'outre-mer ? Avez-vous connaissance d'un lectorat francophone non français ?
La distribution de Géante Rouge suit celle de Galaxies, qui est bien distribuée. Et oui, il y a un lectorat francophone non français, notamment québecois.

Comment définiriez-vous la ligne éditoriale du fanzine ? A-t-elle évoluée au fil du temps ?
Depuis que j'ai pris en main Géante Rouge, la ligne éditoriale n'a pas varié. Il s'agit de publier avant tout de la SF (fantasy et fantastique peuvent être acceptés, mais plus rarement), et des auteurs débutants, qui se retrouvent à accompagner au sommaire un ou deux auteurs confirmés. L'idée de Géante Rouge est d'être un tremplin.

Quelle est la place du dossier inclus dans chaque numéro ?
Elle est importante, mais pas centrale non plus. L'expression « dossier » est d'ailleurs un peu inappropriée puisqu'il s'agit le plus souvent d'un entretien, aussi copieux que possible, accompagné d'une ou deux nouvelles inédites.

Couverture de GR n°23 (2015)


Depuis quand Géante Rouge propose-t-il une offre numérique ? Quels avantages ou désavantages y trouvez-vous ?
Géante Rouge est disponible en numérique, plus exactement en pdf. L'avantage est tout simple : le prix. Le numérique peut nous permettre de toucher des lecteurs qui n'ont pas forcément de gros budget.

À combien estimez-vous les ventes de Géante Rouge en version numérique ?
Je ne sais pas du tout : je laisse Pierre Gévart gérer les aspects commerciaux et comptables.

Est-ce que la revue demeure encore dépendante de la publication papier ou envisagez-vous le tout numérique comme le font certains grands périodiques comme Le Monde ?
Il y aura toujours les deux. Les moyens d'impression actuels font que l'on peut avoir une version imprimée sans que ce soit hors de prix. Et pour l'instant, je pense que les lecteurs préfèrent encore largement cela.

Parlez-nous des Pépins... Comment vous est venue l'idée de publier les résultats de ce concours dans votre fanzine ?
Les Pépins ont été initiés bien avant que je n'arrive à la direction de Géante Rouge. Ils ont été un temps publiés sous forme de livret, avant de l'être dans la revue. C'est finalement leur meilleure place, et cela évite de multiplier les supports.

Vous recevez un texte de la part d'un auteur. Quel sera le cheminement du texte au sein de votre équipe ?
Cheminement est un bien grand mot : je suis le plus souvent seul responsable de la sélection. Je tâche de lire tout, même si c'est dur car il arrive beaucoup de textes, certains d'ailleurs sans rapport avec ce que nous demandons. Cela représente en général plus d'une centaine de nouvelles, auxquelles il faut ajouter celles qui arrivent pour le prix Le Bussy, dont je suis membre du jury, et qui sont tout aussi nombreuses. Chaque texte accepté fait l'objet d'un travail éditorial, avec l'auteur. Et s'il s'en trouve un que je pense exceptionnel, je le soumets à Pierre Gévart pour Galaxies.

Percevez-vous un effet de mode dans les textes reçus ? Avez-vous vu au fil des années une évolution particulière quant aux genres et/ou sous genres des textes proposés ?
Pas vraiment. Même si je reçois une masse de dystopies, de récits post-apocalyptiques et d'histoires de zombies... C'est d'ailleurs un brin lassant. Mais ça n'empêche pas qu'il peut y avoir des choses excellentes dans ces domaines. Cependant, il devient difficile d'être original.


Liens

lundi 18 mai 2015

Galaxies : interview de Pierre Gévart

Une nouvelle rubrique pour Tintama(r)re, encore une ! Aujourd'hui, nous inaugurons la rubrique « Revues et zines francophones », qui s'intéressera aux revues, magazines, webzines, fanzines francophones de SFFF.
Nous commençons par la revue Galaxies (http://www.galaxies-sf.com/), au sujet de laquelle Guillaume Parodi a interviewé Pierre Gévart. Un grand merci à tous les deux !

Logo de la revue Galaxies


Qu'est-ce que Galaxies ? Tirant son nom d'une revue homonyme fondée en 1953, Galaxies a été créée en 1996 par Stéphanie Nicot, l'actuelle directrice artistique des Imaginales d'Épinal. Chaque numéro est consacré à un auteur ou à un thème particulier et a pour originalité de présenter des textes et des auteurs du monde entier. C'est ainsi que certains numéros se sont intéressés à la science-fiction russe, nordique, italienne ou encore d'Amérique latine.

Depuis sa reprise en 2007 par Pierre Gévart, à qui l'on doit l'organisation de plusieurs conventions nationales de science-fiction en France mais aussi la création du fanzine Géante Rouge en 2006, Galaxies a absorbé en 2012 une autre revue, Lunatiques. Cette fusion a permis aux deux magazines de multiplier le nombre de publications à l'année de Galaxies mais aussi de diversifier les textes et les études proposées.


Tintama(r)re : Combien de membres compte l'équipe de Galaxies au total ?

Pierre Gévart : Difficile de répondre, car c'est variable. Il y a un rédacteur en chef et deux rédacteurs en chef délégués, une secrétaire, un webmestre et un concepteur e-books, une relectrice correctrice, un maquettiste de couverture, six ou sept responsables de rubriques récurrentes, cinq ou six responsables internationaux, six ou sept membres du conseil éditorial, et des intermittents. En tout, de douze à vingt personnes… Mais nous travaillons uniquement par mail. En 8 ans, il n'y a jamais eu de comité de rédaction physique. De plus, dans la mesure où il m'arrive de demander leur avis aux amis de la page Facebook, on pourrait porter à 750 !


Galaxies ne compte que trois hors-séries depuis la reprise. Ces numéros sont-ils envisagés selon les coups de cœur ou une fréquence de parution précise ?

Les trois hors-série, un par année, correspondent à la période « trimestrielle » de Galaxies. Le premier était anecdotique : comme dans la série précédente, celle de Stéphanie Nicot, il n'y avait pas eu de N°41, j'ai eu l'idée d'un appel à textes et à illustrations sur le thème « 41 ». Nous en avons reçu 81, dont 41 ont été publiés sous forme de numéro hors-série, avec un habillage s'intégrant à la série de Nicot (qui en a écrit la préface). Puis, nous avons conservé le rythme, et proposé un abonnement à 5 numéros dont le hors-série. La quatrième année, nous avions préparé un hors-série Réchauffement, puis nous avons intégré Lunatique, et sommes passés à un rythme bimestriel… Toutefois, il est probable que nous ressortirons des hors-série au coup par coup. Il y a des projets presque aboutis, mais nous gardons encore le secret !

Couverture du n°41 de Galaxies


Galaxies est-elle distribuée uniquement en France métropolitaine ou aussi dans les départements et territoires d'outre-mer ? Avez-vous connaissance d'un lectorat francophone non français ?

Galaxies arrive dans des boites à lettres du monde entier, même non francophones. Parmi les francophones, la Belgique arrive en tête, puis la Suisse et le Québec, mais nous avons des lecteurs en Chine, au Japon, en Russie, aux États-Unis, etc. Vingt-sept pays, je crois…


Galaxies est renommée pour présenter des écrivains et des textes du monde entier. Y a-t-il des écrivains que vous aimeriez traduire/publier en particulier ?

Beaucoup ! En particulier, nous avions commencé un travail avec des écrivains arabes avant les évènements politiques divers et parfois terribles. Nous avions commencé la traduction d'une nouvelle d'un écrivain syrien. J'aimerais aussi donner un dossier sur la SF africaine. Nous avons commencé un travail avec Moussa Ould Ebnou, un écrivain mauritanien, mais nous cherchons à structurer cela. Et bien entendu, il y a un tas d'auteurs chinois, indiens, etc. que nous avons envie de faire connaître !


Depuis quand Galaxies propose-t-elle une offre numérique ? Quels avantages ou désavantages y trouvez-vous ? À combien estimez-vous les ventes de Galaxies en version numérique ?

Actuellement, après trois années, 10 à 15 % de nos ventes se font en numérique. Les avantages sont nombreux, et pas seulement sur le plan financier (pas d'imprimeur ni de frais de timbres, vente directe sur notre site, etc.). Le numérique nous permet de travailler la couleur, de donner des bonus (articles ou nouvelles en plus), et de commencer à envisager un nouveau rapport au livre, même si c'est encore au stade de la réflexion. Nous avons envie de devenir un laboratoire du livre numérique !


Est-ce que la revue demeure encore dépendante de la publication papier ou envisagez-vous le tout numérique comme le font certains grands périodiques tels que Le Monde ?

En effet, je dois dire que j'avais un peu pris mes distances avec le Monde-papier, encombrant, bruyant, etc. Depuis que je suis abonné en numérique, j'ai recommencé à le lire tous les jours ! C'est tellement facile et agréable … Mais Le Monde n'abandonne pas son édition papier. Nous non plus !


Dans le n°18 vous avez publié les résultats d'un concours mené par le Ministère de la Défense. Pouvez-vous nous parler de la création de ce partenariat entre votre revue et le gouvernement ?

Facilement : tout est venu d'un groupe de réflexion prospective sur « la menace future » que le ministère avait organisé en y intégrant des auteurs de science-fiction. J'ai fait partie de ce groupe ès qualité Galaxies et pas du tout à cause de mon activité de haut-fonctionnaire. Nous avons eu l'idée de proposer un concours pour recueillir le plus d'idées possible. Les textes sélectionnés par le jury ont été publiés. Bien entendu, les choses étaient clairement affichées pour ceux qui participaient !

Couverture du n°18 de Galaxies


Qu'est venu récompenser le Prix de l'Eurocon de 2012 de Zagreb ?

Ce serait au jury de répondre. Simplement, parmi la vingtaine de revues concurrentes cette année-là, ils ont dû trouver que nous faisions plutôt du bon boulot ! Et nous n'avons pas eu à protester !


Vous recevez un texte de la part d'un auteur. Quel sera le cheminement du texte au sein de votre équipe ?

Si c'est un texte sollicité, il sera en principe publié. Le texte reçu, je le lis. Cela dépend de ma disponibilité. Le record de durée est de neuf ans (texte reçu par Stéphanie Nicot en 2001, transmis par elle en 2007 et publié en 2010), de brièveté de vingt minutes (texte reçu par courrier, lu aussitôt et suivi d'un mail d'acceptation). Quand j'ai un doute, je transmets à Patrice [Lajoye, NDLR], qui m'envoie aussi certains textes soumis pour Géante Rouge. D'autres avis peuvent venir… Pour les textes en langue française, le rédacteur en chef (ou le rédacteur en chef délégué) est maître après Dieu. Pour les domaines linguistiques, ce sont les responsables par zone. Pour l'anglais, c'est fifty-fifty. Mais je m'efforce de plus en plus de rediriger tous les textes francophones vers le concours Alain le Bussy, qui a vocation pour nous à devenir notre pépinière de nouveaux auteurs.


Percevez-vous un effet de mode dans les textes reçus ? Avez-vous vu au fil des années une évolution particulière quant aux genres et/ou sous genres des textes proposés ?

Bien sûr. Cela se voit particulièrement à travers les concours. En ce moment, on parle beaucoup d'intelligence artificielle, et, en lien, d'abolition des frontières de la mort. L'environnement reste présent, mais en recul. Le space opera se fait très rare.


Qu'est-ce qui a motivé la fusion de la revue avec Lunatique ?

Lunatique avait été reprise par un éditeur avec lequel j'avais partie liée, mais qui, pour diverses raisons, n'a pas pu conserver à la revue un rythme de parution compatible avec le maintien d'un lectorat stable. Les deux rédacteurs en chef, J.-P. Fontana et J.-P. Andrevon, avaient un numéro tout prêt et attendaient depuis près d'une année de le voir paraître. Ils m'ont demandé si le dossier m'intéressait. J'ai préféré proposer à l'éditeur une semi-fusion, en devenant bimestriel, et en réservant deux numéros par an à son équipe, avec partage des risques. Au bout de deux ans, le titre Lunatique, qui appartient à son éditeur, s'est retiré, mais l'équipe est restée, nous faisons ensemble de l'excellent travail (c'est-à-dire que nous nous amusons bien) sous le titre Galaxies/Mercury, désormais.

Couverture du n°17 Galaxies - n°84 Lunatique


À propos de Géante Rouge... Comment vous est venue l'idée de créer ce fanzine ? Quel en était le but originel ?

En 2004, j'ai été choisi pour organiser la Convention nationale française de Science-Fiction 2006 à Bellaing. Il m'a semblé nécessaire de préparer l'événement avec deux concours : un concours de nouvelles, « Clavène », la création du Prix Pépin (des micro-textes de 300 signes), et en créant un fanzine « à l'ancienne » qui devait durer 4 numéros, le dernier paraissant à l'occasion de la convention. Mais Géante Rouge a rencontré un vrai succès, et tout le monde m'a demandé de continuer. C'est ce qui a amené Stéphanie Nicot à me proposer de reprendre le titre Galaxies. Du coup, je n'avais plus le temps de travailler à Géante rouge, qui a connu depuis deux rédacteurs en chef : fredgev, puis, aujourd'hui, Patrice Lajoye.

lundi 20 avril 2015

Dans la tête d'un nouvelliste : Lionel Davoust

Omniprésents et pourtant sous-estimés par un marché du livre qui fait la part belle aux romans et aux séries, les récits courts sont rarement à l'honneur 1. L'équipe Tintama(r)re est heureuse d'annoncer la création de la rubrique « Dans la tête d'un·e nouvelliste », consacrée à la nouvelle et plus particulièrement au rapport qu'entretiennent les auteur·e·s avec ce format.
Celui qui ouvre aujourd'hui le bal a parlé à plusieurs occasions des nouvelles, qu'il écrit, traduit, orchestre en anthologies. Il s'agit du sieur Lionel Davoust, qui a très obligeamment répondu aux questions d'Atar.
Lionel Davoust est de ces auteurs à l'univers vaste et aux œuvres variées. Tantôt nouvelliste, tantôt romancier, il s'essaie à de nombreux types de création (de la musique en passant par l'écriture), mais aussi à la traduction ou à la direction d'anthologies. On lui doit de nombreux livres comme le recueil de nouvelles L'importance de ton regard (aux éd. Rivière Blanche), la série de romans Léviathan ou encore son dernier né La Route de la Conquête (aux éd. Critic).

Portrait de Lionel Davoust
©Mélanie Fazi

Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire des nouvelles ?

Au tout début, l'apprentissage, je pense. J'ai grandi dans une maison où l'on lisait Galaxie, Fiction, toutes les revues de la dite « grande époque », avec les classiques ; pour moi, l'imaginaire (la science-fiction, à l'époque), c'étaient beaucoup les maîtres américains de la nouvelle. Quand j'ai voulu me mettre sérieusement à écrire, suivre cette voie me semblait une évidence. Par la suite, je me suis aussi rendu compte que cela me permettait de tenter beaucoup de choses et d'expériences avec une prise de risque minimale : un roman nécessite des mois de travail, si l'on part sur une mauvaise base, ou avec une forme qui s'essouffle, on perd un temps important, alors qu'une nouvelle offre le cadre idéal pour s'essayer à quantités d'atmosphères et de genres différents pour élargir sa palette.


Qu'est-ce qui vous a attiré et vous attire vers/dans ce format ?

L'expérimentation qu'elle permet et l'énergie qu'elle procure. Sous bien des aspects, la nouvelle offre davantage de liberté que le roman : la forme et les attentes quant à ce dernier sont relativement codifiées, alors qu'on peut tenter sur une nouvelle quelque chose de dingue qui fonctionne justement parce que la forme est courte, un procédé qui éreinterait le lecteur sur une durée plus longue. D'autre part, dans la nouvelle, tout concourt au but final, c'est une forme d'épure narrative agréable à pratiquer.


La nouvelle est-elle pour vous un format comme un autre ou bien un format privilégié ?

La nouvelle est la nouvelle. C'est un format avec ses propres exigences, sa dynamique. Elle permet des procédés difficiles voire impossible dans le roman ; en plus de la narration classique, elle permet de jouer avec des idées, des façons de raconter qui fonctionnent justement parce que le format est court.


Comment sait-on que ce que l'on écrit deviendra une nouvelle plutôt qu'une novella ou un roman ?

Si vous êtes à 600 000 signes, c'est trop tard... Blague à part, je connais des auteurs qui ressentent instinctivement la longueur d'un texte, mais pour ma part, j'ai dû apprendre. J'ai longtemps confondu énergie et longueur : si un texte était énergique, ce devait être une nouvelle ; s'il était contemplatif, c'était un roman. Or, c'est complètement décorrélé, voire corrélé de façon inverse ! Par exemple, à l'origine, le court roman La Volonté du Dragon était un projet de nouvelle pour la première anthologie des Imaginales, Rois et Capitaines : une bataille navale assaisonnée de politique avec de l'action partout, c'était l'énergie d'une nouvelle, non ? Eh bien, non, justement, la complexité nécessitait une forme longue. Maintenant que j'ai appris ma propre dynamique narrative, je mesure à peu près correctement. Un propos unique, peu de personnages, une action très resserrée, une chute marquée, voilà qui, en général, va faire une nouvelle. Une chose est sûre : une histoire a sa propre dynamique interne et doit faire la longueur qui va la servir. Délayer pour passer de la nouvelle au roman ou comprimer pour changer un roman en nouvelle, ça ne fonctionne pas, à moins justement de changer cette dynamique de fond en comble.


Pour vous, y a-t-il des codes (chutes, rythmes, types d'histoires) incontournables de la nouvelle à respecter/détourner ?

Je souscris à la démarche d'Edgar Allan Poe : dans la nouvelle, tout doit concourir à une atmosphère unique. Même si, comme pour tous les codes, il faut réfléchir et éventuellement contourner le principe… Mais j'en reste assez proche, du moins quant à l'idée de but final. Une nouvelle est pour moi une promesse narrative assez brève, qui prend de l'élan sur quelques pages, et doit offrir, soit une chute frappante, soit un questionnement net. La nouvelle est un ressort qu'on comprime et détend brutalement à la fin. On ne peut pas faire de détours narratifs ; elle va droit au propos. Là où le roman offre une densité à laquelle on réfléchira peut-être longtemps ensuite, un goût, une atmosphère qui vous hanteront, la nouvelle vous donne potentiellement un coup à l'estomac dont vous garderez la marque par la suite. Même si ce coup est une fin ouverte, ou une atmosphère contemplative, riche d'interrogations – c'est une marque ponctuelle, par opposition au roman, qui est un cheminement.


Y a-t-il des genres que vous préférez ? Que vous permettent-ils ?

Comme ailleurs, je tends toujours vers la fantasy ou le fantastique parce que la science-fiction et sa tendance actuelle à sacraliser la cohérence avec les faits m'embête à placer la réalité sur le chemin de l'histoire que j'ai envie de raconter. Dans la nouvelle, je m'amuse souvent aussi à expérimenter avec des formes plus surréalistes, comiques ou grinçantes, justement parce que la brièveté évite de lasser le lecteur du procédé ; je ne suis pas certain que cela tiendrait sur 500 pages.


Comment travaillez-vous une nouvelle ? Suivez-vous ou avez-vous des rituels, des contraintes, des techniques d'écriture particulières ?

De la même façon que je travaille toute histoire : il me faut d'abord le propos et surtout la fin, qui pour moi justifie le voyage du récit. Dans le cadre d'une nouvelle, ce sera plutôt une chute nette, et tout devra tendre à celle-ci, sans qu'elle soit prévisible pour autant. Ensuite, il me faut surtout bien sentir les personnages et l'atmosphère, et établir les scènes-clés, vu que je suis structurel (je planifie à l'avance). Une poignée de scènes, pas plus, ou bien je sais d'expérience que je vais déborder du calibrage ; s'il en faut davantage, si le propos n'est pas concis et ne tient pas en une ou deux phrases, c'est un signal d'alarme pour me dire qu'il faut peut-être une novella voire un roman pour servir correctement cette idée. Je travaille la préparation à l'écrit, à la main, pour me mettre l'histoire « dans le corps » ; je me rends compte que je réfléchis et assimile mieux ainsi. L'écriture se fait ensuite directement à l'ordinateur. Pour les rituels, à part mon café du matin, de la musique jouée très bas pour occuper la part de mon cerveau qui tend à vagabonder et un nombre de pages minimum par jour, je n'en ai plus. J'ai fini par me dire que ce n'étaient que des manœuvres dilatoires, voire de l'affectation : si l'on veut écrire, il n'y a rien d'autre à faire qu'écrire.


Vos nouvelles sont-elles écrites pour des ATs ou bien selon votre envie ?

J'ai maintenant tendance à n'écrire des nouvelles que quand on m'en demande pour un projet précis, ou bien dans le cadre de recueils. J'aime les contraintes, qui forcent à sortir de la zone de confort, à aller chercher ce qu'on n'aurait pas forcément écrit sans elles. Mes textes les plus appréciés ont été écrit avec ce genre de contraintes. Et j'ai la chance d'avoir plus d'idées que je n'ai de temps… De plus, les romans et les séries me prennent aussi pas mal de temps.


Lorsque vous publiez un recueil de nouvelles, est-ce que vous portez une attention particulière à sa composition (le sommaire) ?

Oh que oui ! L'enchaînement des textes est comme un parcours à travers le livre, il faut alterner les atmosphères, les impacts, offrir des pauses, des moments plus contemplatifs. Idéalement, même, qu'il s'en dégage une histoire différente, subtile, dont l'ensemble dépasse la somme des parties (ce que je me suis particulièrement efforcé de faire sur La Route de la Conquête). C'est amusant parce que beaucoup de lecteurs picorent les recueils à leur gré, ce qui réduit cet effort à néant, mais c'est le jeu !

Couverture du recueil "L'importance de ton regard"


Quel rapport entretenez-vous avec les supports numériques ?

Je suis technophile, j'adore alimenter mon blog, mon bloc-notes est en réalité une tablette à stylet… mais je ne crois pas à tout le barouf qu'on fait autour du livre électronique. L'insistance, voire l'intransigeance de certains fanas du numérique à ne voir que ce support et rien d'autre m'agace de plus en plus, surtout quand on connaît les chiffres de vente qui demeurent extrêmement faibles. Quand j'entends des discours sur une « révolution » de la lecture, j'ai surtout l'impression que l'interlocuteur essaie de me vendre son modèle économique de distribution (sans qu'il s'agisse forcément de servir la création). Mais ce qui m'agace tout autant, c'est de voir que la littérature recommence, dans une grande mesure, les erreurs commises par le cinéma et le disque : prix parfois délirants, verrous abusifs… Cela évolue quand même, mais il reste des dégâts. En tout cas, dans l'ensemble, je ne pense pas que le numérique remplacera le papier, il cohabitera avec lui – peut-être, en revanche, en grignotant des parts de marché au poche, qui se situe sur un créneau comparable : un livre destiné à un marché de masse, avec des coûts de fabrication faibles. Quoi qu'il arrive, j'espère surtout qu'on ne perdra pas le rôle de conseil et d'animation des libraires, ni les éditeurs, qui restent garants d'un certain niveau de qualité.


Vous utilisez beaucoup les réseaux sociaux. À travers eux et votre blog, quelles sont les relations avec votre lectorat ?

Je le tutoie et je le qualifie d'auguste… Je crois que c'est surtout pour moi une façon de réduire systématiquement la distance entre l'auteur et le lecteur. On a sacralisé la littérature, pourquoi pas ; mais, au fur et à mesure et surtout à notre époque, cela s'est transformé en sacralisation de la personne de l'auteur, ce qui est idiot. Je refuse catégoriquement de me couler là-dedans. Je ne suis pas plus malin qu'un autre, plus recommandable, ni infaillible, et c'est pourquoi je m'efforce autant que possible de casser la tour d'ivoire de l'auteur. J'écris seulement des histoires que j'espère bonnes, sur les questions qui me tarabustent en me disant qu'il doit bien y avoir, dans le monde, quelqu'un que ça tarabuste aussi et que cela pourrait donc intéresser. De façon générale, je me vois plutôt comme un tenancier de bar, qui rassemble une communauté autour d'un intérêt commun, à savoir les livres – et les livres, le texte, c'est tout ce qui compte, en définitive.


Vous êtes engagés sur plusieurs types de projets, mais aussi sur différents sujets (par exemple la biologie marine, etc.). Comment et en quoi ceci influence votre écriture ?

C'est salutaire. Tout d'abord, cela permet de voir autre chose du monde, quelque chose de plus réel que la fiction, et cela rappelle qu'il existe toute une réalité hors de ses murs (et de son imagination) ! Un monde avec des priorités bien différentes de la littérature, qui se fiche royalement que vous écriviez ou pas, et je crois que tout auteur a besoin de ce petit retour à la réalité pour dégonfler son ego… Ensuite, bien sûr, cela offre l'occasion de prendre du recul, et de nourrir son imaginaire d‘expériences différentes. Si King dit – à juste titre – que l'art doit nourrir la vie, financièrement et dans le plaisir du quotidien, la matière artistique se nourrit aussi de ce qu'est un auteur. Je crois que pour créer, un auteur doit sortir au maximum de chez lui, non pas dans le but précis d'alimenter son écriture, mais dans celui, plus vaste, de grandir en tant que personne, autant que possible… Et cette dernière raison, je crois humblement que c'est pour cela que j'écris, au bout du compte.


Note :

1. Saluons à cette occasion la création du festival Nice Fictions, dédié aux formats courts du cinéma, de l'écriture et de l'illustration.

Liens :


lundi 13 avril 2015

Secrets d'anthologistes : Lucie Chenu

Docteure en génétique bactérienne, Lucie Chenu est une auteure, nouvelliste et anthologiste très active dans la promotion des genres de l'imaginaire. Elle a collaboré à plusieurs revues, fanzines et webzines (un dossier consacré aux Légendes Arthuriennes dans la fantasy pour Faeries en 2006, un numéro sur le thème de la musique pour Univers & Chimères en 2004, plusieurs numéros sur le thème « Femmes de l'étrange » pour Horrifique, responsable du domaine des fictions francophones de Mythologica depuis 2012, membre du comité de rédaction de Galaxies depuis 2013), et co-dirigé aux éditions Glyphe la collection Imaginaires de 2007 à 2009. Elle a par ailleurs intégré le bureau du Syndicat des écrivains de langue française en tant que rédactrice en 2014.
Lucie Chenu a reçu à deux reprises le Prix Bob Morane pour son activité d'anthologiste, en 2008 et 2009. Ses anthologies parues sont (Pro)Créations (éd. Glyphe, 2007), De Brocéliande en Avalon (éd. Terre de Brume, 2008), Identités (éd. Glyphe, 2009), Passages (éd. Oskar, 2010), Contes de villes et de fusées (éd. Ad Astra, 2010), Et d'Avalon à Camelot (éd. Terre de Brume, 2012).
Elle a eu la gentillesse de répondre aux questions de Lullaby pour Tintama(r)re.

Couverture de l'anthologie "(Pro)créations"

1/ Pour commencer, peux-tu nous parler des maisons d'édition pour lesquelles tu as conçu une anthologie ? Je pense notamment à Terre de Brume, pour les deux anthologies arthuriennes, mais il y a eu aussi Ad Astra (Contes de villes et de fusées) et Glyphe ((Pro)Créations et Identités).

Eh bien, mes relations avec tous ces éditeurs ont été très différentes les unes des autres ; je ne connaissais pas du tout Glyphe avant que soit acceptée mon anthologie sur la Naissance, et le travail sur (Pro)Créations s'est tellement bien passé qu'Éric Martini m'a proposé de diriger la collection Imaginaires. N'ayant pas de formation d'éditrice, j'ai accepté une codirection. Ce challenge m'enthousiasmait. J'ai énormément appris durant ces deux-trois ans de collaboration avec Glyphe, j'ai réuni une anthologie inspirée de ma réflexion sur Les Identités meurtrières, l'essai d'Amin Maalouf, mais avons pris de plein fouet la crise économique, et la collection en a fait les frais. Il faut dire que Glyphe publiait surtout des ouvrages sur la médecine, ou bien des romans écrits par des médecins, et que son réseau de diffusion-distribution n'était pas le plus adéquat pour une collection de SF.
À Terre de Brume, j'ai proposé une anthologie toute prête, car conçue pour un autre éditeur qui n'a pas pu la publier comme prévu, mais totalement dans sa ligne éditoriale : les légendes arthuriennes. Je ne connaissais pas Dominique Poisson avant cela, mais je connaissais bien ses livres et j'étais enthousiaste à l'idée de publier chez lui.
À l'inverse, je connaissais Xavier Dollo bien avant qu'il ait l'idée de fonder une maison d'édition, et c'est lui qui m'a demandé une anthologie (enfin, je crois, parce qu'il ne s'en souvient plus). J'avais justement plusieurs thèmes qui me trottaient dans la tête et on a choisi ensemble les contes de fées revisités. Il m'a ensuite laissé carte blanche.
Il y a aussi les éditions Oskar, chez qui j'ai publié une anthologie pour la jeunesse, Passages, sous la direction de Christine Féret-Fleury. Une rencontre et une collaboration très agréables.


2/ Qu'est-ce qui t'a fait devenir anthologiste ? Quelles étaient tes motivations ?

La maternité et la fanitude ;-)
Après la naissance de ma numéro 2, je me suis aperçue que je me mettais à choisir des lectures parlant de naissance et/ou d'enfantement (oui, il y a une différence : nous naissons tous, mais seul.e.s certain.e.s d'entre nous enfantent). Et petit à petit des questions se sont mises à me tourner dans la tête, du genre « oh, je me demande bien ce qu'écrirait Machin sur le thème », « Truc a écrit des choses passionnantes là-dessus et il a encore des choses à dire », etc., et petit à petit m'est venue l'envie de réunir ces auteurs que je fantasmais écrivant sur ce thème (certains l'avaient déjà fait) et de publier une véritable anthologie de nouvelles avec de la SF, du fantastique, de la fantasy, du noir ou de la blanche…


3/ Peux-tu nous parler de tes premières anthologies, chez Glyphe ? Comment as-tu ressenti ces premières expériences ?

Si je réponds que j'ai eu le sentiment d'enfanter, ça va faire cliché, hein ? ;-)
En fait, j'ai tellement galéré à trouver un éditeur – je ne remercierai jamais assez les auteurs qui m'ont fait confiance aussi longtemps ! – que lorsque j'ai appris que Glyphe acceptait l'antho, ça a été l'explosion de joie. J'étais à la Convention de SF de Bellaing, à ce moment-là, et certains des auteurs étaient présents, en particulier Jess Kaan qui regardait ses mails à deux mètres de moi et a eu l'info en même temps que moi, et Nathalie Dau.

La conception d'Identités s'est passée dans des conditions totalement opposées : pour la première fois, je partais avec un éditeur ! (Mieux : j'étais éditrice.) Le thème était encore plus foutraque, l'antho est encore plus contrastée : toutes les facettes de nos identités meurtries, meurtrières…


4/ Tu as également dirigé deux anthologies sur la légende arthurienne. Pourquoi deux anthologies ? Ce thème t'est-il particulièrement cher ?

Pourquoi deux ? Eh bien, il y en a eu d'abord une, et puis comme, en effet, le thème m'est en effet particulièrement cher – mais aussi que la première avait très bien marché et qu'elle est pile-poil dans la ligne éditoriale de Terre de Brume – j'en ai proposé une autre à Dominique Poisson qui l'a acceptée.
C'est un thème que j'avais déjà abordé, avec un dossier dans Faeries, et récemment Jérôme Vincent m'a demandé une postface pour l'antho Lancelot chez ActuSF. (En réalité, il m'a demandé une préface, mais j'ai préféré écrire une postface pour changer.)

Couverture de l'anthologie "Et d'Avalon à Camelot"


5/ Quel est exactement le rôle d'un anthologiste selon toi ?

Selon moi, il n'y a pas une seule façon de faire, mais autant que d'anthologistes, voire d'anthologies, voire de nouvelles publiées en anthologie ! Avec ma casquette d'auteur, j'ai travaillé avec des tas de directeurs d'ouvrages très différents les uns des autres, et très différents de moi. Je peux donc juste dire comment moi je fais.
Quand je reçois les textes, je les lis une première fois en annotant le fichier, mais sans chercher la petite bête afin de ne pas gâcher mon plaisir. Je trouve cette découverte du texte très importante, et il peut m'arriver d'attendre un moment avant de le lire, parce que je veux être vraiment disponible. Ensuite, je demande s'il y a lieu des corrections, je soumets les auteurs à la torture des allers-retours – et je me soumets moi-même à la torture des nombreuses relectures du même texte. Tout ça est très différent selon les textes ; certains ont à peine besoin d'un peaufinage, d'autres ont besoin d'être plus travaillés… Et certains auteurs n'aiment pas qu'on leur suggère des modifications alors que d'autres ont besoin d'être freinés, car ils seraient capables de réécrire l'entièreté de la nouvelle alors qu'on leur demande trois virgules !


6/ Comment s'effectue le choix du thème ?

Eh bien, je ne pars pas avec en tête « oh, j'ai envie de faire une antho, mais quel thème vais-je bien pouvoir prendre ? ». Au contraire, c'est lorsqu'un thème me tourne autour, que je me mets à le chercher dans mes lectures, que je fantasme dessus, qu'alors je me dis : « je veux faire une anthologie sur ça ! ».


7/ Et le choix des textes ?

Je commence par choisir les auteurs – j'ai très rarement publié en antho des soumissions spontanées – parce que je sais ou que je sens que ce thème est fait pour eux, ou du moins que j'ai envie de lire quelque chose de ces auteurs-là sur ce thème. Je leur demande un texte (je les couvre de fleurs et les menace des pires malédictions s'ils ne font pas ce dont j'ai envie) et ensuite, je ronge mon frein en attendant.

Une précision, tout de même : pourquoi est-ce que je publie peu de soumissions spontanées en antho ? Parce que je l'ai beaucoup fait avec les fanzines, les webzines, les revues… J'ai le plus profond respect pour les anthologistes ou les éditeurs qui proposent des AT, j'ai d'ailleurs moi-même envoyé des nouvelles à des AT, mais ça n'est pas ça que j'avais envie de vivre, jusqu'à présent.


8/ Comment conçois-tu l'ordre des textes ?

Le premier doit accrocher le lecteur, mais il peut ne pas plaire à tous (bien souvent, le seul lecteur qui aime tous les textes est l'anthologiste lui-même). La seconde place est l'une des plus périlleuses : c'est ce texte-là qui doit convaincre le lecteur de ne pas abandonner le livre. Enfin, la dernière nouvelle est importante, aussi, parce qu'elle donne la note finale, le sentiment sur lequel restera le lecteur.
Entre les deux, j'aime alterner les émotions, le rire et la peur, les textes longs et les textes brefs, les styles d'écriture ou encore les genres : SF vs fantasy ou fantastique. J'aime les anthos hétérogènes, contrastées. En tant que lectrice, si j'ai envie de lire à la suite plusieurs nouvelles proches les unes des autres, je privilégierai les recueils d'un seul et même auteur.

Couverture de l'anthologie "Contes de villes et de fusées"


9/ Aurais-tu une anecdote particulière à partager, concernant l'une de tes anthologies ?

Quelques-unes…

L'un des auteurs qui m'ont le plus soutenue lorsque je galérais à trouver un éditeur pour (Pro)Créations a refusé de signer le contrat avec Glyphe, parce que la rémunération était proportionnelle à la longueur du texte. Il faut dire que le sien faisait seulement 3 000 signes et que pour être intéressant il fallait l'accompagner de deux photographies (dans le domaine public), lesquelles m'ont fermé la porte de plusieurs éditeurs qui auraient éventuellement publié l'anthologie sans illustration d'aucune sorte.

Quand le recueil de Megan Lindholm/Robin Hobb, L'Héritage et autres nouvelles, est paru, je me suis bien évidemment jetée dessus. Et j'ai commis l'erreur de vouloir lire la traduction signée Arnaud Mousnier-Lompré1 de « La Dame d'argent et le Quadragénaire », que Lionel Davoust avait traduite pour De Brocéliande en Avalon. Que n'ai-je pas fait là ! Je me suis retrouvée les deux livres en main à comparer les deux versions ! À me demander ce qui convenait le mieux pour tel paragraphe, telle phrase… Quelle erreur ! Ne jamais comparer les versions françaises, surtout quand elles sont signées de deux excellents traducteurs comme Lionel et Arnaud ! Mais quelle leçon, aussi. La traduction littéraire est un passionnant mystère.

Dans Identités figurent des auteurs qui ont souhaité publier sous pseudonyme (autre que leur nom de plume habituel), parce que leurs textes s'inspiraient de leur vie, et qu'ils voulaient éviter de froisser des proches.

Pour Et d'Avalon à Camelot, j'ai oublié d'indiquer à Anne Fakhouri et à Nicolas Cluzeau que les histoires devaient se passer à notre époque ou dans l'avenir. Qu'importe ! Leurs nouvelles sont superbes – et cette contrainte qui servait de fil rouge à De Brocéliande en Avalon était une idée de l'éditeur qui n'a pas pu la publier. Je n'avais pas besoin de la conserver !


Note :

1. À qui j'avais envoyé une lettre de fan (une vraie, en papier chez l'éditeur, je n'avais pas le net !) après avoir lu L'Assassin royal, tant j'avais aimé son écriture.

Liens :

lundi 23 mars 2015

Les Pirates de l'Escroc-Griffe à l'abordage des librairies !

Le Capitaine des Pirates de l'Escroc-Griffe, Jean-Sébastien Guillermou, a accepté de rencontrer l'équipe Tintama(r)re et de lui parler de la publication de son roman.
Merci à Ermina d'avoir réalisé cette interview !

Guillermou, Les pirates de l'Escroc-Griffe, tome 1

Bonjour Sycophante. Félicitations pour cette publication ! Pour commencer, pourrais-tu nous présenter ton roman ?
Bonjour Ermina, merci ! Mon roman est le tome 1 d'une trilogie fantasy. Caboche, un orphelin à la recherche de son père, rencontre le capitaine Bretelle, un pirate désabusé qui n'a jamais réussi un abordage. Ensemble, ils partent à la recherche d'un trésor légendaire sur les Mers Turquoises, à la surface du Monde-Fleur, un univers végétal. Mes héros naviguent sur L'Escroc-Griffe, un navire un peu… spécial, sans parler du fait que certains membres d'équipage se sont échappés d'un cirque.


Ton univers est très original. D'où t'est venu cette idée ?
J'aime l'heroïc fantasy, elle me passionne depuis ma plus tendre enfance, mais j'avais envie d'inventer un univers sans elfes, nains et hobbits, décalé. Et puis j'adore la mer, elle est pour moi une immense source d'inspiration. Au XIXe siècle, bien avant la Guerre des Étoiles et le space opera, les histoires de pirates faisaient rêver les lecteurs en mal d'aventures. L'océan, c'est pour moi un univers aussi riche que l'espace, un monde plein de vie et de dangers...


As-tu un personnage préféré ?
Question difficile ! J'ai une tendresse particulière pour l'archéologue Van Stoorwan, qui s'écoute parler, tellement imbu de lui-même qu'il irrite l'équipage. Je ne devrais pas le dire, mais il a été en partie inspiré par un professeur dont j'ai suivi les cours… soporifiques à l'Université. En dehors de Van Stoorwan, je pense qu'à la lecture du roman on sent mon affection pour Goowan. C'est un Kazarsse, un homme-iguane qui a été libéré de l'esclavage par le capitaine Bretelle. Depuis ce jour, Goowan a une dette envers Bretelle. Cet homme-iguane a une philosophie fataliste et une psychologie complexe, il m'a parfois surpris !

Goowan, l'homme-iguane
Goowan, l'homme-iguane (©Céline Lacomblez)

Ton roman est passé en cycle. Qu'est-ce que cette expérience t'a apporté ?
Oh, tellement de choses ! Le personnage de l'orphelin, Caboche, a pris beaucoup d'envergure. Son histoire s'est considérablement étoffée au fil des corrections. J'ai travaillé les rapports entre les personnages, leurs motivations ainsi que l'émotion. L'intrigue a gagné en « liant », j'ai essayé de la recentrer sur l'essentiel. Le cycle m'a aussi également donné plus de confiance : j'ai énormément appris sur mon écriture et mes premiers jets sont désormais meilleurs… même si les corrections demeurent indispensables.


Après l'estampille, tu as soumis ton texte aux éditeurs. Comment cela s'est-il passé ?
J'ai eu beaucoup de chance. En fait, ce qu'il faut savoir, c'est qu'après une estampille, le collectif envoie aux maisons d'édition partenaires une newsletter signalant « l'heureux événement » avec le quatrième de couverture du roman et les coordonnées de l'auteur. Très rapidement, j'ai reçu des mails d'éditeurs enthousiastes qui ont demandé à lire le manuscrit. Anecdote amusante, à cette époque l'éditeur de mes rêves, Bragelonne, n'avait pas réclamé le texte ! Une grenouille* que je ne remercierai jamais assez, Pandora, m'a poussé à aller aux Imaginales d'Épinal afin de participer au « speed dating littéraire ». Chaque année, les auteurs disposent de deux minutes pour présenter leurs projets aux éditeurs. Je me suis retrouvé devant Stéphane Marsan, qui a été séduit par le pitch. Un instant émouvant...


Une fois le roman accepté par ton éditeur, as-tu eu des corrections éditoriales ? Comment s'est passé « l'après-"oui" » ?
Ce qu'il faut savoir, c'est qu'entre le jour où Stéphane Marsan s'est montré intéressé par le pitch, et la signature du contrat, il s'est écoulé presque un an. Du coup, au moment de commencer les corrections, le manuscrit avait déjà évolué car en attendant des nouvelles de Bragelonne, j'avais pris soin de recouper les remarques récurrentes formulées par les éditeurs qui avaient envoyé des lettres de refus argumentées, souvent pertinentes. Ma correctrice, Marie, a d'ailleurs été agréablement surprise quand je lui ai montré cette nouvelle version. Ensuite, nous avons travaillé à la fois sur la forme et le fond, histoire que le lecteur découvre la meilleure version possible.


Ton roman est publié en format papier et numérique ? Qu'a apporté le numérique à ton texte ?
Oui, le livre est disponible dans les deux formats, j'en suis heureux car pour moi ils sont complémentaires. Même si le numérique ne remplacera jamais le papier, il donne la possibilité à mon texte de connaître une longévité appréciable. Nous évoluons dans une civilisation de l'immédiat : quand un roman est publié, on en parle un peu dans les médias durant quelques semaines, mais très vite une actualité en chasse une autre… Le numérique permet à un livre de vivre des années après sa sortie, puisqu'il n'est jamais en rupture de stock. Et puis, il y a l'aspect pratique propre à ce support : emporter une centaine de bouquins dans sa poche à l'autre bout du monde, lire la nuit sur un clavier rétro-éclairé sans déranger sa moitié, acheter un grand format 5 €, télécharger un e-book immédiatement via la 3G de la liseuse, consulter le dictionnaire intégré dans le texte...
Le numérique, c'est vraiment génial !


Tu tiens un blog. Quel rôle joue-t-il pour toi ?
En 2010, http://www.escroc-griffe.com/ était la simple vitrine de ce qui n'était encore qu'un projet. Ce site m'a permis de présenter l'équipage de l'Escroc-Griffe, grâce aux belles illustrations de Céline Lacomblez. En 2013, j'ai réalisé que la blogosphère de l'imaginaire était absolument passionnante : j'adorais lire des critiques et, à mon tour, je me suis mis à chroniquer tout ce qui touche à la Fantasy, au Fantastique et à la Science-Fiction, la « SFFF ». De temps en temps, je parle de ma propre actualité, et parfois de mon rapport à l'écriture via des anecdotes ou des souvenirs de mes voyages au Japon et en Jordanie. Enfin, le blog me sert également à échanger avec mes lecteurs, notamment autour de la bande-originale de la trilogie, composée par Petiguyot et disponible sur le blog. Comme dans mes romans, l'homme-iguane joue de l'hydrodéon, un instrument imaginaire, Petiguyot est en train de reconstituer le son ! Au fil des mois, la bande-originale sera complétée. C'est une B.O. atmosphérique qui s'inspire de la trilogie, mais aussi de certains événements pas nécessairement mentionnés dans les livres… Grâce à leurs contributions respectives, Petiguyot et Céline Lacomblez ont fini par avoir une certaine influence sur le design de mon univers.


Peux-tu nous donner un avant-goût des tomes suivants ?
Le tome 2 sera épique, le tome 3… mystique ! L'histoire est dense, j'ai donc été contraint de la découper sur trois tomes, ce ne seront pas des suites « commerciales ». Il y a une vraie unité, notamment au niveau de certains détails, je n'en dis pas plus…


Merci d'avoir répondu à nos questions. Nous souhaitons le mieux aux Pirates de l'Escroc-Griffe !
Merci ! C'est toujours un plaisir de venir ici, longue vie à Tintama(r)re !


* Surnom donné aux personnes inscrites sur le forum CoCyclics.

Liens :