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dimanche 4 octobre 2015

Kisasi d'Aurore Perrault : dernière publication de Griffe d'Encre

Couverture de Kisasi, d'Aurore Perrault

Aujourd'hui, nous partons en Afrique, direction Kisasi ! Non, ce n'est pas une ville du Kenya ou une région perdue du Delta de l'Okavango, mais le titre de la novella d'Aurore Perrault alias Chapardeuse. Desienne est allé l'interroger sur la genèse de l'histoire et sur sa publication.

Tout d'abord, Kisasi sort à la fin octobre aux Éditions Griffe d'Encre, donc félicitations ! Comment s'est effectuée la rencontre avec leur équipe ?
Le forum des éditions GE est l'un des premiers sur lequel j'ai osé m'inscrire en 2008, quand j'ai commencé à mettre le pied dans le petit univers de la SFFF française. J'aimais leurs textes alors j'ai proposé à Magali et Menolly de leur donner un coup de main, ce qui m'a permis d'effectuer beaucoup de relectures de textes finalisés et un peu de corrections éditoriales sur l'anthologie Virus. Parallèlement, j'ai participé à presque tous les appels à textes de Griffe d'Encre mais mise à part ma nouvelle dans l'anthologie L'Air, mes textes n'ont pas convaincu... jusqu'à Kisasi.

Peux-tu nous présenter Kisasi, un roman fantastique mais pas seulement... une histoire qui résonne.
Kisasi se déroule en République Démocratique du Congo, plus précisément au Nord-Kivu, où nombre de cas de violences envers les femmes sont encore recensés. Ce roman met en scène deux personnages que tout oppose : Aïssata, Congolaise, ancienne victime qui a choisi la voie de la vengeance, et Charles, un médecin français en mission humanitaire. Tous deux maîtrisent un don qu'ils exploitent pour accomplir ce qu'ils pensent juste, mais qui va aussi les amener à s'affronter.
Comme je l'explique dans les notes d'accompagnement du texte, c'est le visionnage du reportage « Le viol, une arme de guerre au Congo » de Susanne Babila qui a tout déclenché : l'idée de Kisasi et l'envie d'en savoir plus. On trouve facilement de bonnes sources sur ce sujet ; ce qui est décrit dans les rapports m'a fait froid dans le dos et dès lors j'ai ressenti le besoin d'écrire cette histoire.

Kisasi est passé par le cycle en 2012 et comme tu l'as récemment confié : « je me souviens bien de la synthèse, elle piquait un peu ! Mais quel bénéfice pour le texte ! ». Justement, qu'est-ce que ce travail avec les alphas et bêtas lecteurs t'a apporté ?
Kisasi était bien plus court à l'origine, seulement 23 pages et mes alphas m'ont concocté une synthèse critique de… 26 pages ! À la première lecture, on se dit que le texte est bon à jeter. À la seconde, que les remarques sont extrêmement judicieuses. Et après la troisième lecture, on se met au boulot.
Tout en gardant la trame originale, j'ai réécrit presque entièrement le texte, modifié le personnage de Charles et travaillé à distiller les informations sur le contexte géopolitique de façon plus fluide. Le travail de mes bêtas a permis de peaufiner le texte et de clarifier certains passages. Il faut aussi mentionner l'intervention indispensable de mes deux « spécialistes », qui m'ont aidée à donner de la couleur à mon Afrique et du corps à mon dispensaire et son personnel.
Ce travail a été très enrichissant non seulement parce que le roman final a vraiment gagné en qualité, mais aussi parce qu'il m'a permis de mieux appréhender mes défauts d'auteur, ce qui me sert pour les textes que j'écris maintenant.

Pratiquement trois ans ce sont écoulées depuis l'estampille. Il faut s'armer de patience ! Comment as-tu géré l'après estampille, la recherche, les péripéties en tous genre qui émaillent le parcours du roman jusqu'à sa publication ? Et quel conseil donnerais-tu ?
J'ai eu beaucoup de chance : l'annonce de l'estampille de Kisasi est parue dans la lettre partenaires de CoCyclics, et plusieurs éditeurs m'ont demandé le texte. 15 jours plus tard, Griffe d'Encre m'a dit oui. Et je me suis laissée vivre pendant deux ans et demi. ; )
Si j'avais un conseil à donner, ce serait de n'envoyer son texte qu'aux éditeurs avec qui on a envie de collaborer. Comme dans toute relation professionnelle, la confiance est un facteur déterminant pour travailler ensuite dans de bonnes conditions.

Après le oui de l'éditeur, il y eu les corrections éditoriales, comment ça s'est passé chez Griffe d'Encre ?
Connaissant Menolly, je craignais des corrections très pointilleuses, mais il n'y a eu que quelques points de détail. C'est là qu'on apprécie d'avoir bénéficié de regards extérieurs !

Kisasi est une histoire dure, le genre qu'on prend en pleine figure, qui fait réagir. Comment en tant qu'auteure tu vis ce genre d'écriture qui peut être éprouvante sur le plan émotionnel ?
Quand j'écris un roman, j'y pense sans arrêt, je construis les scènes dans ma tête avant de les rédiger. Pour Kisasi, ça a été difficile de baigner en permanence dans cette ambiance, mais l'écriture a été libératrice. De plus, j'ai écrit et corrigé très vite ce texte ; c'est la durée qui devient pesante.
En revanche, même si le roman baigne dans un climat de tension latente, je n'ai volontairement pas fait étalage de scènes violentes gratuites, qui n'auraient rien apporté au texte. J'ai préféré confronter les points de vues de mes deux personnages, qui ne vivent pas cette violence de la même façon.

Appréhendes-tu la réaction des lecteurs ?
Je me doute bien que certains lecteurs ne voudront pas se plonger dans un texte qui aborde un sujet si dur, et c'est légitime. L'illustration comme la quatrième de couverture reflètent bien le contenu du texte, les lecteurs les plus sensibles sont prévenus.

Aïssata est le personnage central de l'histoire, une femme émouvante, une victime qui n'est pas "angélisée" et capable à son tour de cruauté. Comment as-tu caractérisé ce personnage ?
J'ai voulu faire d'Aïssata une femme implacable. C'est une victime dont la vie a été brisée, et qui a trouvé un objectif dans la vengeance. Elle garde toujours des stigmates qu'elle dissimule derrière sa colère et sa haine envers ses bourreaux. Je l'ai voulue complexe, sur le fil : on ressent de la compassion pour elle, mais on peut désapprouver ses méthodes ou sa vision des choses.

À l'opposé d'Aïssata, Charles possède un pouvoir bien particulier, celui d'effacer la douleur. Les pouvoirs, les dons, la sorcellerie sont au coeur du folklore africain, et finalement, ne seraient-ce pas des malédictions pour ces habitants ?
Je pense que tout dépend de la manière dont on utilise ces pouvoirs et de l'éthique qu'on y place. Dans Kisasi, j'ai choisi de ne pas prendre parti pour l'un ou l'autre de mes personnages, chacun s'identifiera à celui dont la vision est plus proche de la sienne.

L'humanitaire est un autre thème important du roman, est-ce que tu as été inspiré par les fameux "French Doctors" ? Est-ce que tu t'es documentée ?
Non, pas du tout, je suis partie d'une vision purement africaine et je me suis plutôt inspirée du fondateur de l'hôpital de Panzi, le docteur Denis Mukwege (qui apparaît d'ailleurs dans l'histoire). Pour créer le dispensaire, j'ai demandé de l'aide à une amie médecin qui est partie plusieurs fois en mission humanitaire.

La choix d'une couverture fait partie des joies d'un auteur, comment est-ce que tu as travaillé avec l'éditeur sur ce sujet ? Et qu'as-tu ressenti au moment de découvrir les épreuves ?
J'avais une idée de couverture en tête mais Zariel a jugé que c'était trop « parlant » pour une novella. J'ai vraiment été emballée par sa proposition, qui est très proche de la version finale. Je trouve qu'elle illustre parfaitement le personnage d'Aïssata et la férocité qui l'habite.

Et pour finir, quels sont tes projets à venir ?
J'ai envoyé il y a peu à plusieurs éditeurs un roman dont les héros sont trois jeunes gens et seize chiens de traîneaux. Croisez les doigts pour moi !
En ce moment j'écris une novella de science-fiction dont l'héroïne est paraplégique. Et il reste quelques idées en train de mûrir dans ma besace, dont un projet d'écriture à quatre mains avec une amie. Pas d'angoisse de la page blanche en vue !

Merci d'avoir répondu à nos questions et nous te souhaitons le meilleur pour Kisasi.
Merci à vous !


Liens :

mardi 5 mai 2015

Le Festival des Mondes de l'Imaginaire : une première à Montrouge !

Les 11 et 12 avril 2015 a eu lieu la première édition – ou plutôt, l'édition 0.5, comme précisé par les organisateurs – du festival des mondes de l'imaginaire (FMI) à Montrouge, Paris.
Merci à Lilie qui nous livre ce retour sur le festival !

Affiche du festival FMI 2015


Ce nouvel événement littéraire remplace celui de Bagneux (Zone Franche). Intéressée par la thématique annoncée, « Jeux et Littérature », je m'y suis rendue le samedi après-midi.
Pour cette première édition, j'ai senti que l'organisation était encore quelque peu balbutiante, avec un léger manque de signalétique (j'ai visité tout le rez-de-chaussée, rempli de très belles figurines, avant de m'apercevoir que ce n'était pas le même festival...) et un salon des exposants (éditeurs et auteurs en dédicaces) plutôt réduit. Il faut dire que, de l'aveu même des organisateurs, 2015 n'est qu'une année test car ils n'ont eu que très peu de temps pour tout préparer. L'édition de l'année prochaine promet d'être plus conforme à ce que l'on avait connu avec le festival Zone Franche. En tout cas, le Beffroi de Montrouge est un lieu très prometteur, car il a l'avantage de proposer de nombreuses salles de conférences et d'expositions.

Après un tour des lieux, je rejoins des amis pour une rencontre-débat alléchante, intitulée « Livres et jeux : deux loisirs incompatibles ? ». Laurent Genefort (écrivain), Gabriel Katz (écrivain et scénariste), Patrick Mallet (auteur de bande dessinée) et Stéphane Marsan (éditeur de Bragelonne) sont sur l'estrade, modérés par David Camus. Les quatre intervenants sont tous des joueurs au sens large, rôlistes et/ou créateurs-éditeurs de jeux de rôle ou jeux vidéo.

Dès la première question (« Un bon scénario de jeu de rôle fait-il un bon roman ? »), Stéphane Marsan souligne que, selon lui, les objectifs d'un jeu de rôle et d'un roman sont opposés. Le but d'un bon jeu de rôle est de fournir un univers capable de générer une multiplicité d'histoires différentes ; au contraire, pour un bon roman, l'auteur doit trouver la meilleure intrigue, le meilleur moment dans un univers donné. L'éditeur de Bragelonne signale l'influence majeure des jeux de rôle sur l'écriture actuelle des jeunes auteurs, influence qui peut se révéler néfaste, car un roman ne doit pas devenir un livre de jeux de rôle.

Patrick Mallet élargit la discussion en abordant son expérience de scénariste, notamment sur l'adaptation de livres en bandes dessinées. Dans ses débuts professionnels, un univers déjà existant constituait pour lui une sorte de filet de sécurité, un cadre à ne pas oublier.

La question est étendue à tout type de novélisation (ndlr : adaptation sous forme de roman d'une histoire développée à l'origine dans un autre média, comme le cinéma, les séries télévisées ou les jeux vidéo).
Laurent Genefort confie qu'en matière d'écriture, son plaisir passe avant tout par la création d'univers et ce travail de novélisation ne l'attire pas. Patrick Mallet envisage cette appropriation d'univers déjà existants comme un défi à remplir par le scénariste ou l'auteur : il s'agit de savoir respecter les codes établis tout en apportant ses propres thèmes de prédilection dans l'œuvre.

Stéphane Marsan évoque ensuite le cas particulier des Crépusculaires de Mathieu Gaborit, dont le roman est devenu un jeu de rôle. Une nouvelle édition révisée et augmentée de l'œuvre a par la suite bénéficié des apports du jeu (co-écrit par Mathieu Gaborit et Stéphane Marsan). L'univers du livre s'est donc enrichi grâce au jeu.

Tout cet échange montre, à mon sens, que la fantasy et les littératures de l'imaginaire dans leur ensemble, par leur aspect fondamentalement ludique, peuvent se nourrir des jeux au même titre qu'elles peuvent en être à l'origine.

Au bout d'un quart d'heure, la rencontre-débat change de direction – pas de chance pour moi ! – et aborde en vrac la fantasy, sa place dans l'édition, le positionnement commercial, la littérature jeunesse, le ressenti en France à propos des littératures de l'imaginaire... Finalement, même hors sujet, la discussion est restée très intéressante.

À la fin de la conférence, près du petit salon des exposants, nous nous faisons rattraper par Stéphane Marsan et Gabriel Katz, toujours prêts à improviser un nouveau débat autour d'un verre de "jus d'orange" – c'est entre guillemets, parce que ça n'avait en réalité ni la couleur, ni le goût d'un jus d'orange. J'aurais parié sur un sirop de bonbons à la banane, pour ma part.
J'effectue un dernier tour afin de saluer des têtes connues présentes ce jour-là (notamment Estelle Faye, qui me confiera un précieux conseil pour les pitchs ; Barbara Cordier, pour les éditions Luciférines), avant de quitter le Beffroi.

Le ciel de Paris est maussade, mais l'après-midi a été riche et instructive. Avec un peu plus de temps, nul doute que le FMI succédera avec brio à Zone Franche. Rendez-vous en 2016 pour la prochaine édition !


Liens


vendredi 1 mai 2015

Un petit tour à Trolls & Légendes 2015 !

Deuxième épisode de notre série de comptes-rendus de festival : Earane revient sur le festival belge Trolls & Légendes. Merci à elle pour le retour et les photos !

Affiche 2015 du festival Trolls & Légendes

Le froid et la pluie se sont invités ce samedi 4 avril au Lotto Mons Expo où se déroule le Festival Trolls & Légendes ces 3, 4 et 5 avril. Les festivités ont déjà débuté vendredi avec une première salve de concerts dont Naheulband ou encore Feuerschwanz.

Cette année, l'événement bisannuel fête ses dix ans d'existence. On annonce une foule conséquente de visiteurs à cette occasion. Les organisateurs ne se sont pas trompés car lorsque j'arrive sur place, un nombre impressionnant de personnes attend déjà son précieux sésame pour pénétrer dans l'enceinte du festival.

À l'intérieur, le hall est immense et divisé en trois parties : la première, réservée à l'espace Jeux de société et de rôles, la seconde – la plus grande – pour les exposants avec le stand Librairie notamment et quelques artisans, et enfin la dernière, dédiée aux concerts. Dehors, les alentours accueillent les plus gros stands des artisans ainsi qu'une scène pour divers concerts et les concours de costumes.
Trolls & Légendes est cette année consacré aux trolls. Il n'est donc pas rare d'en voir déambuler dans les travées, avec des grimages et accoutrements très réussis. Les visiteurs ont également accordé une attention toute particulière à la façon dont ils se sont vêtus. Certains auteurs ont aussi marqué le coup en portant robes médiévales ou armures de circonstance. Tout ce petit monde anime et divertit la foule au son du biniou, de la flûte, du tambourin ou encore des tambours. En rythme, ils dansent et chacun peut profiter du spectacle durant tout le weekend.

Troll géant artificiel


Au stand librairie, en plein centre du grand hall, auteurs et illustrateurs ont pris place et certains sont déjà assaillis par les fans. La file pour Robin Hobb ne désemplit pas, tout comme celle pour Sire Cédric. Chacun accueille ses lecteurs avec gentillesse et disponibilité, comme Jean-Claude Dunyach qui revêtira à de nombreuses reprises un fascinant masque de troll, Cindy Van Wilder dont le rire se répandra souvent dans les allées du festival ou Samantha Bailly et son impressionnant arsenal de stickers. Les bédéistes ne sont pas en reste non plus et s'activent à dédicacer leurs ouvrages. Les stands éditeurs tels que l'Homme sans nom, les Éditions du Riez, Voy'[el], l'Association Tolkiendil ou la Cabane aux Mots drainent les festivaliers pour le plus grand plaisir des auteurs et du public qui ne sait plus où donner de la tête.

Pierre Pevel au stand Librairie
Pierre Pevel en dédicace

C'est aussi l'occasion pour certains membres du forum CoCyclics de se retrouver autour des tables de dédicaces et stands éditeurs, de célébrer ces retrouvailles avec un verre d'hydromel ou encore de manger de succulents beignets aux pommes.
Si le samedi s'est révélé très maussade, le dimanche, quant à lui, nous offre de magnifiques rayons de soleil et une chaleur plus que bienvenue. Les concerts ne cessent à l'extérieur, ce qui confère une ambiance plus festive à cette journée. Quelques artisans s'illustrent à la forge, tandis que d'autres présentent leurs bijoux et vêtements d'époque.

Peu à peu, les allées de Trolls & Légendes se vident et les exposants commencent à ranger leurs affaires. Bientôt, tout sera vide dans le hall des expositions de Mons tandis que résonneront les dernières notes des concerts de clôture de Corvus Corax ou de Rastaban.

Les souvenirs, eux, restent gravés dans les mémoires avec déjà l'envie d'être en 2017 pour la prochaine édition.

lundi 27 avril 2015

Retour sur le festival Chimères & Légendaire 2015

De nombreux évènements SFFF ont lieu depuis le début du printemps. Tintama(r)re va donc consacrer la semaine à de petits comptes-rendus de ces festivals, réalisés par des membres du forum CoCyclics.
C'est Earane qui commence, en nous racontant son expérience du jeune festival Chimères & Légendaire. Grand merci à elle pour ce retour et les photos !

Affiche du festival Chimères & Légendaire 2015

C'est par une matinée pluvieuse que je suis arrivée au Domaine Saint-Roch, à Couvin (Belgique) où se déroulait la quatrième édition du festival Chimères & Légendaire ces 28 et 29 mars 2015.

Festival dédié aux genres de l'imaginaire, à la Fantasy principalement, j'ai eu la chance d'y croiser moult personnages hauts en couleur. Des explorateurs aux costumes steampunk en passant par des barbares ou encore des chevaliers, tout ce petit monde arpente l'extérieur pour découvrir les nombreuses échoppes des artisans qui vous proposent vêtements, boissons artisanales comme l'hydromel ou mettent en scène des combats à l'épée.

Hall du festival

À l'intérieur, j'y découvre également des illustrateurs comme Le Petit monde tentaculesque d'Emilie, Natacha Bailly ou l'une des invitées d'honneur, Krystal Camprubi, mais aussi des auteurs aux univers multiples tels que Denis Labbé, Emilie Ansciaux, Feldrik Rivat et Laëtitia Reynders. Des conteurs officieront également plus tard dans la journée.

Si le froid s'est aussi invité à la fête, l'atmosphère est chaleureuse et décontractée, les gens discutent, regardent, s'intéressent. La journée est ponctuée de moments divertissants comme quelques morceaux de flute - à une ou deux, au choix ! - ou encore des danses et des bribes de discussions houleuses entre farfadets et autres créatures surnaturelles. Bref, de quoi nous divertir dans les moments de creux !

Joueuse de double flûte

C'est également pour moi l'occasion parfaite de rencontrer enfin en vrai une autre grenouille, Gaëlle Kempeneers, auteur aux Éditions Voy'el. J'y côtoie également Denis Labbé, auteur aux Éditions du Chat Noir. Nous passons la journée ensemble sur le stand de notre diffuseur, Sema Diffusion, en proposant aux visiteurs qui osent nous approcher du dragon à se mettre sous la dent, des voyages dans le temps ou des aventures avec les zombies.

Stand de Sema Diffusion

Les heures passent et voilà qu'approche la fin de cette première journée de dédicaces, une grande première pour moi. Une première réussie, avec de belles rencontres et discussions avec d'autres auteurs mais aussi avec le public. Peu à peu, chacun remballe ses affaires, se rhabille pour braver le vent qui se déchaîne et tout ce petit monde rentre chez soi. Certains reviendront le lendemain, pas moi. Je rentre sagement chez moi avec de très jolis souvenirs dans la tête et l'envie d'être déjà au prochain rendez-vous, à Trolls & Légendes les 3, 4 & 5 avril prochains.

lundi 16 février 2015

Financement participatif : Scylla

Trois maisons d'édition ont actuellement recours au financement participatif pour soutenir la publication de leur revue (les Moutons électriques et Mythologica) ou leur lancement (Scylla). Tintama(r)re a voulu en savoir plus et a donc contacté lesdites maisons d'édition.
Après les réponses de Mythologica la semaine dernière, voici celles des éditions Scylla !

À la fin de l'année 2014, la librairie parisienne Scylla a officiellement démarré une activité d'édition pas tout à fait comme les autres. En effet, les éditions Scylla proposent l'acquisition de leurs premiers titres sous une forme de financement participatif. Tintama(r)re est donc allé à la rencontre de Xavier Vernet, le fondateur des éditions Scylla, qui est aussi l'un des associés de la maison d'édition associative Dystopia et de la librairie Charybde à Paris.

Tintama(r)re : Pourquoi avoir fait le choix du financement participatif pour le lancement des éditions Scylla ?

Xavier Vernet : La librairie Scylla n'a aucune trésorerie et n'en a d'ailleurs jamais vraiment eu depuis sa création en 2004. Dans le meilleur des cas, une fois payé le loyer, les fournisseurs et mon salaire (quand c'est possible), il ne me reste rien sur le compte de la librairie à la fin de l'année. Or, pour lancer n'importe quelle activité, il faut du capital et du travail. On peut compenser le manque de capital par du travail mais pas le remplacer complètement. Surtout lorsqu'on veut rémunérer décemment tous les intervenants : auteur, traducteur, maquettiste, illustrateur, correcteur, imprimeur, relieur, webmaster...
Dans le contexte économique actuel, il me semblait plus logique de lancer une petite activité éditoriale (1 ou 2 titres par an) pour compléter et consolider l'offre de la librairie plutôt que de vendre des produits dérivés, par exemple.
L'expérience Dystopia prouve qu'on peut éditer différemment et trouver son public. Nous rétribuons tout le monde sauf notre travail éditorial (c'est-à-dire le choix des textes, le travail avec les auteurs, la commercialisation). Les éditions Scylla, c'est pour passer à l'étape suivante : payer cette partie qui, chez Dystopia, ne l'est pas.


Pourquoi ne pas avoir utilisé une plateforme de plus grande envergure (Kickstarter, Ulule…) puisqu'elles confèrent davantage de visibilité à un projet ?

Les plateformes « grand public » offrent, il est vrai, une meilleure visibilité. En théorie. On est aussi vite noyé dans la masse (comme un micro-éditeur l'est sur le site d'Amazon ou de la FNAC). Ensuite, le coût n'est pas négligeable puisque ils prennent une dizaine de pour cents des sommes récoltées.
Ces plateformes sont parfaites pour lancer un projet sans être connu ou sans avoir de communauté. Or la librairie Scylla existe depuis 11 ans et Dystopia est une association à but non lucratif à laquelle je participe depuis son lancement en 2009 et qui a publié 13 tires à ce jour. La librairie Charybde, quant à elle, fêtera en juin prochain ses 4 ans d'existence. La communauté existe donc déjà. Je la connais et elle connaît ma façon de voir et de défendre la littérature, la librairie et l'édition.
Je travaille depuis plusieurs années avec Clément Bourgoin, webmaster entre autres des sites Scylla, Charybde, Dystopia ou encore Le Bélial. Il a créé et animé pendant 5 ans la librairie virtuelle Ys et a développé Biblys, un outil web parfait pour les petites structures comme les nôtres : un seul site regroupe votre base bibliographique, votre blog, votre logiciel de comptabilité de caisse et de vente par correspondance. Cet outil évolue aussi en fonction de nos besoins. Quand on a commencé à évoquer ensemble le financement participatif pour les éditions Scylla, il m'a dit qu'il pouvait sans problème développer une plateforme maison. C'est chose faite. Nous avons lancé la première campagne le 1er décembre dernier et elle durera jusqu'au 28 février 2015.


Comptez-vous réutiliser ce modèle pour les futures publications des éditions Scylla ?

Oui, mais pas systématiquement. Le financement participatif est un excellent outil mais à trop l'utiliser, on saturera vite les contributeurs potentiels.
De mon point de vue, ce n'est rien d'autre que de la souscription améliorée : les contributeurs n'attendent pas un retour sur investissement, ils souhaitent juste qu'un projet se concrétise. Certains sont prêts à payer plus, d'autres à payer juste la valeur du livre (qu'il soit papier ou numérique). Tout le monde peut y trouver son compte. C'est aussi, en fin de compte, du mécénat à la portée de tous. Mais y avoir recours à chaque fois serait trop risqué. Je pense faire appel à la contribution une année sur deux.


Comment trouver l'équilibre entre les contreparties pour les donateurs et la publication des livres ?

Je suis parti du principe qu'il ne fallait pas vendre ce qui est habituellement offert. Un marque-page, une rencontre avec l'auteur, tout ça est gratuit et doit le rester.
Ensuite, j'ai mis très peu de goodies dans les contreparties. Je privilégie l'œuvre avant tout. Je suis libraire, je veux vendre des livres, pas des pins's. Donc, je suis logiquement parti du moins cher, les livres en version numérique et ensuite constitué chaque palier en essayant de penser à tous les cas de figure.
J'ai opté pour vendre ensemble la novella Il faudrait pour grandir oublier la frontière de Sébastien Juillard et la réédition du roman Roche-Nuée de Garry Kilworth jusqu'au palier à 100 € (la première version reliée) afin de ne pas favoriser l'un par rapport à l'autre. Je tiens à ce que les deux existent.
Pour les versions reliées, j'ai rencontré Benjamin Berceaux quand il étudiait la reliure d'art. Son projet de fin d'étude était de créer une reliure/coffret pour une œuvre de son choix. Il a travaillé sur l'intégrale des nouvelles de Dick. J'ai trouvé son approche passionnante et je me suis promis de travailler avec lui dès que l'occasion se présenterait. C'est maintenant chose faite, du moins si on arrive au fameux 100%, ne vendons pas la peau de l'ours…


Puisque la maison fonctionne sous un modèle de financement participatif, qu'est-ce que les éditions Scylla apportent de plus à un auteur qui pourrait lancer sa propre campagne de financement participatif pour son livre ?

Un éditeur doit faire deux choses : publier et commercialiser. Publier, c'est avant tout faire des choix. Et une fois que le choix est arrêté sur un texte, c'est travailler avec l'auteur pour que celui-ci soit le meilleur possible tant sur la forme que sur le fond. Commercialiser, c'est aider ce livre à trouver son public, et ce sur le long terme.
L'un comme l'autre ne relèvent pas du travail de l'auteur. Il peut choisir de le prendre en charge mais je pense que c'est une perte de temps et d'énergie pour lui.


Danae Ringelmann, co-fondatrice d'Indiegogo, a affirmé qu'il n'y a pas de meilleure indication de l'état du marché qu'une campagne de financement participatif. En effet, selon elle, même si une campagne de financement ne fonctionne pas, elle permet d'obtenir un retour direct des consommateurs. Êtes-vous d'accord avec cette assertion ?

Ce n'est pas seulement le crowdfunding qui permet le retour direct des clients (je n'aime pas « consommateurs »), c'est Internet.
Internet permet et ce, même pour un marché de niche comme la littérature de genre – de trouver vos clients potentiels et ensuite de pouvoir dialoguer avec eux où qu'ils soient. La librairie Scylla s'est lancée grâce à Internet et c'est grâce à Internet qu'elle existe encore aujourd'hui. Le financement participatif n'est qu'un moyen supplémentaire de dialoguer :
« – J'ai un projet qui mérite d'exister.
– Je veux/vais t'aider. »
Pour la campagne des éditions Scylla, on reste dans un marché de niche. J'estime qu'il me faudra entre 200 et 300 personnes pour récolter les 10000 € qu'il faut à ce double projet. Que je réussisse ne signifie pas que le marché de l'édition de SF va bien. Juste que quelques dizaines de personnes souhaitent comme moi que ces livres voient le jour.

Pour aller plus loin sur cette idée, c'est aussi ça que permet Internet : ne pas s'occuper de ce que « veut acheter » la majorité mais considérer que la minorité existe et constitue aussi un marché viable.


Merci à Guillaume Parodi, qui a réalisé cet entretien pour Tintama(r)re !

Notes et liens :

lundi 9 février 2015

Financement participatif : Mythologica

Trois maisons d'édition ont actuellement recours au financement participatif pour soutenir la publication de leur revue (les Moutons électriques et Mythologica) ou leur lancement (Scylla). Tintama(r)re a voulu en savoir plus et a donc contacté lesdites maisons d'édition.

Lucie Chenu et Thomas Riquet ont aimablement accepté de répondre à nos questions sur Mythologica : un grand merci pour le temps consacré à cet entretien !

Mythologica a récolté à ce jour 2121 €, soit 106% du montant espéré : une excellente nouvelle !

Rendez-vous la semaine prochaine pour les réponses des éditions Scylla !



Les premiers numéros semblent avoir bien marché, avec notamment un n°1 presque épuisé, du coup, pourquoi avoir recours au financement participatif ?

En fait, les premiers numéros ont bien marché, mais le distributeur retient une énorme provision sur les retours. Résultat, la trésorerie n'est pas dans les caisses de Mythologica, et nous ne pouvions pas payer les auteurs et l'impression de ce numéro 4.


Sur la page du financement, vous parlez de « mise en sommeil », vous comptez donc bien poursuivre l'aventure de la revue ?

Pour le moment non. Les auteurs ont été prévenus que la revue s'arrêtait (pendant au moins un an ou deux, peut-être plus).


Y a-t-il des raisons autres que financières à cette « mise en sommeil » ?

C'est épuisant de se battre pour quelque chose qui n'aboutit pas. Certains auteurs attendent depuis des mois les numéros à paraître. La situation avec le distributeur est vexante.
Nous tenions absolument à sortir ce numéro 4, en particulier pour les abonnés (leur abonnement court du n°1 au n°4). Nous voulions absolument fournir le numéro déjà réglé. Tenir l'engagement était important pour nous.


Si Mythologica revient un jour, pensez-vous utiliser une nouvelle fois ce mode de financement ?

Ce sera une décision du directeur de publication et des co-rédacteurs en chef, mais il y a aussi d'autres moyens à envisager, tels que l'impression à la demande, l'abonnement, la souscription, etc. Le financement participatif n'en est qu'un parmi d'autres.


Pensez-vous que c'est un modèle pérenne ? Peut-on le voir comme un abonnement « amélioré » ?

Je ne crois pas que ce soit un effet de mode. Je crois qu'il y a un vrai désir de solidarité de la part des gens qui souhaitent aider à financer. Mais je crains qu'au bout d'un certain temps, les contributeurs ne se lassent. Il y a en ce moment plusieurs projets de financements participatifs en SFFF, il n'y pas que Mythologica (il y a Fiction, Scylla...). Outre l'édition, le crowdfunding est de plus en plus utilisé, pour financer des tournages de films, des enregistrements de CD (et parfois, de musiciens très connus !), à chaque fois pour des projets ponctuels, mais de plus en plus fréquents. Ça marche encore plus ou moins bien grâce aux contreparties souvent intéressantes, et puis parce que c'est encore un peu nouveau, mais je ne sais pas si ça va durer.


Merci à Nariel, qui a réalisé cette interview pour Tintama(r)re !

Liens :

mardi 23 décembre 2014

NaNoWriMo 2014 - Le feuilleton, épisode 5 (fin)

Comme tous les ans, le mois de novembre a vu se dérouler le NaNoWriMo.
Mais quelle est donc cette étrange bête ? Dérouler le nom peut aider : National Novel Writing Month (http://nanowrimo.org/). Le but du challenge, donc, est d'écrire un roman de 50 000 mots en un mois. Et ce, aux côté de collègues auteur·e·s du monde entier (eh oui, le NaNo n'est plus national depuis bien longtemps).
Le NaNoWriMo, ce sont les participant·e·s qui en parlent le mieux. Tintama(r)re a donc réuni les témoignages de profils différents de NaNoteurs et de NaNoteuses, qui vous seront présentés tous les soirs.


Pour ce 5ème et dernier épisode, c'est Tûtie (http://tut-tuuut.github.io/), participante depuis cinq ans et quatre fois gagnante, qui répond aux questions de Vestrit.

Tu as organisé la Kick-Off lyonnaise, pas trop dur de gérer tous ces auteurs surexcités ?
Oh les auteurs surexcités, ça allait. J'ai centralisé quelques infos, lancé un peu de communication… En fait j'ai beaucoup délégué. C'est Isalila qui a négocié la salle avec La Cordée (http://www.la-cordee.net/), et c'est Lia et Loïc qui ont fait une grande part du travail de comm'. Moi j'ai juste signé le contrat et envoyé les infos pratiques.
C'était plutôt gérer le reste de ma vie (travail, bébé…), qui ne s'arrêtait pas pour le NaNo, qui était compliqué !

Et alors, avoue, on écrit ou pas aux write-in ?
Il y a des jours où c'est très studieux et où on écrit tout le temps, surtout à la fin du mois, et des jours où on passe un peu plus (voire… beaucoup plus) de temps à papoter qu'à écrire. Dans ces cas-là, on essaie de lancer des word wars assez souvent pour faire grimper le wordcount. Cette année, on était nombreux et ça papotait pas mal, mais ça écrivait bien. J'avoue quand même que j'ai des souvenirs de write-ins des années précédentes où on accumulait vachement plus de kilocalories que de mots. Cette année, ça va, j'ai gagné une seule taille de pantalon.
(Les Lyonnais ont un peu détourné le principe du NaMo pour en faire le NaNoEaMo, si on veut.)

Qu'est-ce que tu aimes dans cet événement ?
Déjà, j'adore l'identité "créatif un peu barré" que se donnent les organisateurs américains, et qui se ressent dans les forums anglophones. Je me souviens d'avoir hurlé de rire en lisant les e-mails de confirmation ou le règlement du site quand j'ai commencé en 2010.
J'aime bien l'aspect communautaire aussi, où on partage nos idées, où on s'entraide, où on se donne des défis idiots… Je pense au Gator français ou à la Pelle Itinérante de la Mort, bien sûr, mais aussi aux fils "I dare you" des forums anglophones qui m'ont débloquée plus d'une fois les jours où mon histoire n'avançait plus.
J'aime aussi le fait que l'événement soit ouvert, qu'il encourage n'importe qui à se lancer dans l'aventure, à se découvrir, à dépasser ses limites.

Comment travailles-tu pour venir à bout de ton quota quotidien ? Quelle est ta routine ?
 J'ai encore un peu de mal à venir à bout de mon quota quotidien (même au bout de cinq NaNos, oui…). En gros, si je suis en avance sur mon wordcount, je me repose sur mes lauriers et j'attends d'être en retard…
 Généralement j'écris le soir. Je coupe le wifi, je mets un chrono d'une vingtaine de minutes et j'écris. La plupart du temps je suis encore dans "la zone" à la fin du chrono et je peux y rester quelques minutes de plus (mais je décroche toujours rapidement au-delà de la demi-heure).
 Une fois que c'est fait, je rallume le wifi, je mets à jour mon wordcount et mon super fichier Excel, je vais glander un peu sur Twitter, et puis rebelote : wifi coupé, chrono, écriture.
Il me faut deux ou trois sprints de 20 minutes pour avoir mes 1667 mots. Ça fait environ une heure et demi… Mais en vrai, les soirs de semaine je fais plutôt un seul sprint, et je fais des grosses sessions le week-end (avec ou sans write-ins).

Pour finir, qu'est-ce que le NaNo t'a apporté ?
 Des outils anti-procrastination assez efficaces et une certaine capacité de concentration, pour commencer.
Sinon, il m'a menée sur l'écriture, un passe-temps auquel je n'avais jamais sérieusement réussi à me mettre, même si j'étais une grande lectrice. (Oui, j'avoue, j'ai écrit mon premier NaNo essentiellement pour avoir une réduction sur Scrivener, je n'écrivais pas du tout avant !) Rester un mois concentrée sur un projet, sans parler d'écrire une fiction plus longue que quelques pages… c'était quelque chose d'inimaginable pour moi auparavant.
Et il m'a apporté une belle bande de copains fous-fous, qui sont ici aujourd'hui dans le public. Je leur fais plein de bisous.


Notes :
  • Lexique du NaNoWriMo (fr) : http://wrimos.fr/faq/le-lexique-du-nanowrimo/
  • Site du NaNoWrimo : http://nanowrimo.org/

lundi 22 décembre 2014

NaNoWriMo 2014 - Le feuilleton, épisode 4

Comme tous les ans, le mois de novembre a vu se dérouler le NaNoWriMo.
Mais quelle est donc cette étrange bête ? Dérouler le nom peut aider : National Novel Writing Month (http://nanowrimo.org/). Le but du challenge, donc, est d'écrire un roman de 50 000 mots en un mois. Et ce, aux côté de collègues auteur·e·s du monde entier (eh oui, le NaNo n'est plus national depuis bien longtemps).
Le NaNoWriMo, ce sont les participant·e·s qui en parlent le mieux. Tintama(r)re a donc réuni les témoignages de profils différents de NaNoteurs et de NaNoteuses, qui vous seront présentés tous les soirs.




Ce soir, un nouveau NaNoteur, Jeremie (http://www.destination-futur.fr), se colle aux questions de Vestrit.


Premier NaNo cette année : qu'est-ce qui t'a poussé à rejoindre l'aventure ?
Une lectrice de mon blog m'en avait parlé il y a un an et demi déjà, mais je ne me sentais pas prêt pour ça à l’époque et, surtout, je n'avais pas de projet assez consistant ni assez clair dans ma tête. Cet été, j'ai écrit une novella de 25000 mots (une enquête policière dans une cité spatiale), mais le scénario présentait trop d'incohérences et manquait de suspense. De plus, je sentais que l'histoire gagnerait à être développée.
Du coup, la situation était idéale pour le NaNo : réécrire entièrement ce projet pour lequel je disposais déjà d'une intrigue, d'un univers assez riche et d'un réseau de personnages. Il ne me restait qu'à corriger et étoffer le synopsis pour être prêt !

Tu es venu à bout de ton quota, quel effet ça fait de voir le logo Winner apparaître ?
C'est gratifiant pour un auteur débutant comme moi qui, au départ, doutait d'y arriver ! D'autant que le moral n'a pas toujours été au beau fixe et que j'ai commencé 2 nouvelles la dernière semaine parce que je saturais un peu de mon roman à cause de la complexité de l’enquête… (évènements simultanés, indices, etc.)
Réussir ce challenge a accru ma confiance en ma capacité à devenir écrivain à plein temps (c'est mon objectif !) et à pouvoir produire beaucoup tout en assurant une qualité acceptable aux premiers jets.

Qu'est-ce que tu aimes dans cet événement ?
J'ai bien apprécié l'aspect « challenge personnel » qui incite à repousser les limites de ce dont on se croit capable. C'était super de pouvoir avancer un grand coup sur un projet qui traînait en longueur (bon, il y a encore du travail, hein !) et j'ai beaucoup aimé rencontrer autant d'auteurs, que ce soit sur le forum du NaNo, sur celui de CoCy où il y avait un fil dédié, sur la page Facebook du NaNo France, sur Twitter que je découvrais pour l'occasion ou IRL à la Kick-Off Party (voir plus bas). C'était motivant de s'encourager les uns les autres et de sentir concrètement que je ne suis pas seul à autant aimer écrire !

Comment travailles-tu pour venir à bout de ton quota quotidien ? Quelle est ta routine ?
J'ai commencé par une journée à 6000 mots grâce à la Kick-Off, ce qui m'a donné une avance confortable. Chaque jour, je regardais le graphique de mes statistiques et mon objectif était de ne pas me faire rattraper par la droite moyenne du quota quotidien (1667 mots/jour). J'ai trouvé cela motivant et en même temps, ça m'a permis de ne rien écrire certains jours, pour souffler et sortir un peu…
Je n'ai pas vraiment de routine de travail : j'écris le soir en semaine après le travail quand je peux, un peu le mercredi car j'ai la journée de libre, et un peu le week-end. Pour le NaNo, j'ai surtout écrit le soir, mais en poussant beaucoup plus tard que d'habitude, avec de bonnes sessions d’écriture le week-end (3 000 à 5000 mots). J'ai aussi écrit avec beaucoup d'efficacité, seul, dans un café sans connexion à internet et avec des boules Quiès. Méthode « 0-distraction » car la procrastination me guettait parfois…

Tu as participé à la Kick-Off parisienne dans les locaux de Bragelonne ; raconte-nous un peu cette soirée.
Les « Municipal Liaison » de France ont contacté Bragelonne pour organiser chez eux la soirée de lancement du NaNo. L'idée de rencontrer d'autres NaNoteurs dans un évènement collectif me plaisait beaucoup et Bragelonne est un éditeur que j'apprécie, notamment pour avoir édité les manuels d'écriture d'O.S. Card et des titres tels que Le Chasseur et son Ombre (je suis plus SF que Fantasy).
Avec le recul, j'aurais bien aimé poser davantage de questions au personnel de Bragelonne (très sympathique soit dit en passant) sur leur politique d'édition vis-à-vis des jeunes auteurs… Il y a bien le Grimoire Galactique des Grenouilles, mais c'est pas pareil. Je réécrirai peut-être à l'attachée de presse, Leslie Palant, pour une interview sur mon blog à ce sujet, si elle est d'accord.
Bref, quand j’ai découvert cet évènement, je me suis tout de suite inscrit. Et j'ai bien fait : ça a été complet très vite… J'étais donc la seule grenouille de la Mare ;-)
L'ambiance était très conviviale, les gens s’étaient déguisés et avaient ramené des plats salés et sucrés, le stock de café/thé/chocolat avait été fait, des petits jeux pour faire connaissance ont été organisés, je me suis fait quelques copains ^^… Et à minuit tapante, la première session d’écriture, intitulée Words War (= guerre des mots), a démarré : écrire le plus possible en 1 heure, avec « Écrivez un roman en 30 jours » à gagner, un livre sur le NaNo par le fondateur du NaNo.
J'avais les premières pages de mon syno sous les yeux et je savais exactement où j'allais avec ma scène d'intro. J'ai donc pensé que mon score était assez honorable : 1114 mots en 1 heure ! Mais à l'annonce des résultats, j'ai réalisé que j'étais en réalité très loin derrière le peloton de tête qui tournait entre 2 000 et 3000 mots, et 3700 pour la gagnante…
J’ai compris que je ne pouvais pas rivaliser et que je préférais de toute façon écrire plus lentement quelque chose qui serait d’une qualité acceptable, que je corrigerais et enrichirais au fur et à mesure (oui, certains prônent de ne jamais revenir en arrière, mais je ne suis pas d’accord !). J'ai donc abandonné l'idée de gagner les autres livres mis en jeu pour les manches suivantes qui ont duré jusqu'à 6h du matin.
Bilan : 3370 mots en 3 heures de travail (+ de 12000 pour une participante, ça reste un mystère pour moi…). Avec 3000 de plus pendant mon retour en train, les premières 24h m'assuraient donc l'avance confortable dont j'ai parlé plus haut.

Pour finir, qu'est-ce que le NaNo t'a apporté ?
Très clairement, ce mois d'écriture intensive m'a permis de gagner en productivité et en rapidité (sans perdre en qualité) ! J’ai l’impression que ça m’a décoincé. Je le mesure vraiment ce mois-ci sur mes différents projets en cours. Notamment, j'ai écrit quasiment d'une traite une nouvelle de 9000 mots pour l'AT Toxic-World. Et je conserve la même énergie pour la novella commencée pendant le NaNo.
Avant, j'aurais peiné, je me serais arrêté à chaque scène écrite, j'aurais eu besoin d'une pause, d’un tour sur les réseaux sociaux avant de continuer, j'aurais peut-être remis la suite au lendemain, alors que là, j'ai enchaîné. Il est maintenant plus facile pour moi de m'attaquer à des actions, des dialogues ou des descriptions qui avant m'auraient rebuté.
« Le NaNoWriMo est un sprint d'un mois » a dit à juste titre Neil Jomunsi qui a accompli un marathon d'écriture avec 52 nouvelles en 52 semaines. Eh bien, j'ai l'impression que le second effet NaNo est une accélération de mon propre rythme d'écriture : j'estime qu'il a dû doubler (désormais autour de 800 mots par heure). Et je compte bien recommencer en novembre prochain et participer aux camps NaNo d'avril et de juillet où l'on est libre de choisir son objectif de mots. Histoire de me faire des petits sprints au milieu de mon marathon annuel :-)

dimanche 21 décembre 2014

NaNoWriMo 2014 - Le feuilleton, épisode 3

Comme tous les ans, le mois de novembre a vu se dérouler le NaNoWriMo.
Mais quelle est donc cette étrange bête ? Dérouler le nom peut aider : National Novel Writing Month (http://nanowrimo.org/). Le but du challenge, donc, est d'écrire un roman de 50 000 mots en un mois. Et ce, aux côté de collègues auteur·e·s du monde entier (eh oui, le NaNo n'est plus national depuis bien longtemps).
Le NaNoWriMo, ce sont les participant·e·s qui en parlent le mieux. Tintama(r)re a donc réuni les témoignages de profils différents de NaNoteurs et de NaNoteuses, qui vous seront présentés tous les soirs.



 Ce soir, c'est Earane (http://earaneinfantasy.blogspot.fr/) qui répond aux questions de Vestrit.


Tu fais partie des auteurs qui ont tenté leur chance mais n'ont pas réussi à venir à bout du défi : pas trop déçue ?
Non, pas vraiment. Je me connais assez bien pour savoir que je n'y parviens jamais. Même en me partageant sur plusieurs projets, je n'ai jamais atteint le cap des 50k. Cela dit, je ne le fais pas spécialement dans l'optique de l'atteindre mais plutôt d'avancer à un rythme plus soutenu, ce que parfois je ne suis pas en mesure de faire hors NaNo (ou même le Camp NaNo) pour diverses raisons inhérentes au quotidien. Disons que c'est un défi que je me lance et tant que j'avance, c'est l'essentiel !

Qu'est-ce que tu aimes dans cet événement ?
L'émulation est la principale raison pour laquelle je participe. Je me suis déjà demandée s'il ne valait mieux pas que j'arrête, vu que je ne parviens jamais aux 50K. Pourtant, je continue. Recevoir les encouragements des autres, des inconnus aussi sur les forums généraux ou les forums de région est une chose qui motive beaucoup. Que l'on réussisse ou non finalement car c'est là pour moi le but du NaNo, avancer dans la bonne humeur et s'encourager les uns les autres. J'aime également le fait que l'on voit les avancées des autres. Et même si l'on pourrait y voir de la jalousie apparaître, personnellement, ça me fascine de constater à quel point certains sont des machines de guerre, qui avancent coûte que coûte, voire enchaînent plusieurs projets durant ce même laps de temps. Moi, je suis plutôt l'escargot qui s'arrête et regarde autour de lui. Chacun peut y trouver son compte finalement.

Comment travailles-tu pour venir à bout de ton quota quotidien ? Quelle est ta routine ?
J'essaie de m'astreindre à un quota minimal de 500 mots. C'est moi qui me fixe ce quota, je ne fais pas particulièrement attention à celui indiqué sur l'écran d'accueil du NaNo. Quand je sais que mon emploi du temps me permet d'écrire davantage, je fais mon maximum. Parfois je n'écris pas du tout. C'est très aléatoire et assez tributaire aussi de ma vie de tous les jours. Il est rare que je rattrape mon retard, mais c'est sans doute une période durant laquelle je suis plus régulière. Parce que l'émulation et les encouragements me poussent également à me mettre devant mon projet.
Cela dépend aussi du moment de la journée durant lequel je peux écrire. Je dois avouer que je suis nettement plus productive le matin ou fin d'après-midi. Le soir, j'ai plutôt tendance à m'éparpiller ^^

Pour finir, qu'est-ce que le NaNo t'a apporté ?
Des avancées nettes dans l'un de mes projets dont seul le prologue était écrit. J'ai écrit au final 9000 mots pour ce projet, de quoi bien lancer la machine et me dire que ce projet va avoir toute mon attention durant les prochains mois, au même titre que le second dans lequel je me suis replongée aussi. Sinon, cela m'a permis de découvrir quelques chouettes projets chez des copains NaNoteurs et glaner aussi quelques conseils pour mieux m'organiser !

samedi 20 décembre 2014

NaNoWriMo 2014 - Le feuilleton, épisode 2

Comme tous les ans, le mois de novembre a vu se dérouler le NaNoWriMo.
Mais quelle est donc cette étrange bête ? Dérouler le nom peut aider : National Novel Writing Month (http://nanowrimo.org/). Le but du challenge, donc, est d'écrire un roman de 50 000 mots en un mois. Et ce, aux côté de collègues auteur·e·s du monde entier (eh oui, le NaNo n'est plus national depuis bien longtemps).
Le NaNoWriMo, ce sont les participant·e·s qui en parlent le mieux. Tintama(r)re a donc réuni les témoignages de profils différents de NaNoteurs et de NaNoteuses, qui vous seront présentés tous les soirs.


Ce soir, Aelys (http://lesmotsdaelys.blogspot.fr/) se prête au jeu et répond aux questions de Vestrit.

Aelys, tu es une NaNoRebelle, comme on dit, tu nous expliques à quoi ça correspond ?
Ça veut tout simplement dire que je fais le Nano avec les autres, mais pas en écrivant un premier jet. Pour ma part, j'avais de grosses corrections, à la limite de la réécriture, à faire sur un roman de 50 000 mots, et j'ai choisi d'utiliser l'émulation et les quotas du Nano pour atteindre cet objectif. C'est moins lourd à gérer qu'un vrai Nano, mais garder le rythme sur des corrections lourdes n'est pas toujours facile non plus, ça m'a donc été très utile !

Qu'est-ce que tu aimes dans cet événement ?
L'émulation avant tout : le fait qu'on soit nombreux à se lancer ce défi fou, à demander des nouvelles des autres, de leurs avancées. Quand on est crevé mais qu'on voit les copains d'acharner, ça motive pour se lancer malgré tout ! Sans compter que, quand on a un problème, on peut toujours compter sur eux pour nous débloquer.

Comment travailles-tu pour venir à bout de ton quota quotidien ? Quelle est ta routine ?
Alors, euh, je suis un mauvais exemple pour ça, parce que je n'ai pas de routine ni de quota quotidien. En particulier pour le NaNo rebelle : puisque ce sont des corrections et non un premier jet qui peut être tout pourri, je préfère prendre le temps dont j'ai besoin pour réfléchir quand j'en ai besoin, quitte à prendre du retard... en revanche, quand j'avance, j'avance à fond !
Donc je travaille par étapes, en me ménageant des plages de travail et en gardant mes réflexions en fond dès que je quitte l'ordinateur, pour résoudre les problèmes un à un.

Pour finir, qu'est-ce que le NaNo t'a apporté ?
La fin des corrections des Notes pour un monde meilleur, qui ont été difficiles et m'ont demandé beaucoup de persévérance... Grâce à l'émulation du NaNo, j'ai pu m'y mettre à fond et l'envoyer à l'éditeur à la fin du mois ! Et, cerise sur le gâteau, apprendre qu'il veut la publier le mois suivant. Merci, le NaNo !

vendredi 19 décembre 2014

NaNoWriMo 2014 - Le feuilleton, épisode 1

Comme tous les ans, le mois de novembre a vu se dérouler le NaNoWriMo.
Mais quelle est donc cette étrange bête ? Dérouler le nom peut aider : National Novel Writing Month (http://nanowrimo.org/). Le but du challenge, donc, est d'écrire un roman de 50 000 mots en un mois. Et ce, aux côté de collègues auteur·e·s du monde entier (eh oui, le NaNo n'est plus national depuis bien longtemps).
Le NaNoWriMo, ce sont les participant·e·s qui en parlent le mieux. Tintama(r)re a donc réuni les témoignages de profils différents de NaNoteurs et de NaNoteuses, qui vous seront présentés tous les soirs.



Aujourd'hui, c'est Jo Ann (http://www.joannv.com/), une grande habituée du NaNo, qui répond aux questions posées par Vestrit.


Tu es une habituée du NaNoWriMo, depuis combien de temps participes-tu ?
 Je participe depuis 2006 ! Huit ans où je ne manque pas un seul rendez-vous de novembre.

Qu'est-ce que tu aimes dans cet événement ?
L'effervescence, surtout ! J'écris toute l'année, mais cela n'a pas la même saveur. En novembre, nous sommes des milliers avec un même objectif et c'est presque comme des Fêtes avant les Fêtes. En plus, les nanauteurs avec qui j'ai commencé sont devenus des amis au fil des années.

Tu as dépassé les 100 k mots, soit le double de l'objectif de base du NaNo, comment travailles-tu ? Quelle est ta routine ?
Je n'ai jamais dépassé les quinze jours, même à ma première session, donc je me suis donnée d'autre défi : dépasser ces 50K. Mes romans contemporains dépassent rarement ce seuil, alors la motivation s'essouffle et je traîne des pieds pour le reste du mois. Alors j'ai décidé de mieux tirer profit de l'émulation et d'essayer de me lancer un deuxième Nano. Jusqu'ici, je ne parvenais qu'à la moitié, mais cette année, je suis parvenue à terminer mon Nanobis. C'est la première fois que j'écris deux romans en si peu de temps.
J'écris vite et quand je me lance, même sans savoir où je vais, je ne m'arrête pas tant que je n'ai pas atteint mon quota qui varie entre 3 334 (le double du quota habituel) et 5 000. Peu importe mon niveau de fatigue ou de lassitude, j'écris.

Pour finir, qu'est-ce que le NaNo t'a apporté ?
Tout ! :-) Depuis 2006, tous les romans que j'écris, même hors novembre, sont pensés/organisés/écrits à la façon d'un NaNo. J'ai compris que je n'avais pas besoin de plus de 50K pour raconter mes histoires contemporaines et que je parvenais à écrire des premiers jets assez propres pour pouvoir en dégager la majorité du texte. Le NaNo est une excellente école, du moins, ça l'a été pour moi.

lundi 10 novembre 2014

Les Intergalactiques - Table ronde La Volte fête ses 10 ans

Du 23 au 29 octobre a eu lieu la troisième édition des Intergalactiques, le festival de science-fiction de Lyon. Au menu, conférences, ateliers, animations, projections et rencontres autour d'un thème récurrent dans la SF. Cette année, l'écologie était à l'honneur.

Les Intergalactiques : La Volte fête ses 10 ans


2014 est aussi une année importante pour la maison d'édition fondée par Mathias Echenay et Alain Damasio : La Volte célèbre son dixième anniversaire et a choisi le cadre des Intergalactiques pour souffler ses bougies.

La Volte est une maison empreinte de liberté et de créativité.
La petite histoire (confirmée par les fondateurs) dit qu'elle a vu le jour pour un roman en mal d'amour : La Horde du Contrevent, d'Alain Damasio.
En 2004, Mathias Echenay, ami de longue date de l'auteur (ils se sont rencontrés à Lyon, au lycée Ampère), prend contact avec divers éditeurs pour ce livre et avoue ne pas trouver preneur. Vingt-trois narrateurs, ça effraie.
Damasio convainc alors Echenay de fonder La Volte.
Un auteur et un éditeur inconnus qui se lancent ensemble, personne n'y croit vraiment ; et pourtant, ça marche. C'est le début d'une grande aventure pour les deux créateurs, qui ne comptent plus leurs soirs et leurs weekends afin de bâtir ce nouvel espace de liberté. Dix ans plus tard, l'espace est toujours présent dans le paysage éditorial et a pris de l'ampleur.

Au fil du temps, des enthousiastes, qui se font appeler les « Voltés », ont rejoint le duo d'origine ; souvent attirés par l'œuvre de Damasio, ils ont apporté leurs compétences et leur amour de l'art pour mener des projets à bien : Thibaut Perol a d'abord travaillé sur une présentation numérique des personnages de La Horde avant de se retrouver à la direction pour le recueil Aucun Souvenir assez solide ; Emmanuel Gob a proposé une seconde version (plus optimisée) du fichier numérique de La Horde avant de programmer les versions numériques des ouvrages de la maison d'édition ; Eric Henninot planche quant à lui sur l'adaptation en bande dessinée du livre de Damasio... plusieurs croquis préparatoires et illustrations étaient d’ailleurs en exposition durant le festival des Intergalactiques.

La Volte bénéficie de ces énergies créatrices et donne souvent naissance à des œuvres multi-supports, à écouter, à regarder et à lire. La maison publie peu (seulement trois à cinq romans ou recueils de nouvelles par an) et mise sur une « approche d'artisans » pour à chaque fois offrir à ses lecteurs une expérience originale et riche en émotions.
La célébration de ses dix ans est de bon augure : le public, présent en masse pour l'évènement, est le signe que les maisons d'éditions indépendantes, atypiques, portées par des passionnés, ont encore de beaux jours devant elles.

Pour en savoir plus :

Merci à Lilie pour ce compte-rendu !

dimanche 9 novembre 2014

Les Intergalactiques - Table ronde lancement

Du 23 au 29 octobre a eu lieu la troisième édition des Intergalactiques, le festival de science-fiction de Lyon. Au menu, conférences, ateliers, animations, projections et rencontres autour d'un thème récurrent dans la SF. Cette année, l'écologie était à l'honneur.

Les Intergalactiques : Quand la science-fiction construit d'autres systèmes planétaires


Après une soirée d'ouverture dans un planétarium de la ville, le lancement des Intergalactiques est officialisé par une table ronde, le vendredi 24 octobre, au sein de la bibliothèque municipale de la Part-Dieu. Trois auteurs : Jean-Pierre Andrevon (Les Hommes-machines contre Gandahar, Le Monde enfin), Alain Damasio (La Zone du Dehors, La Horde du Contrevent) et Laurent Genefort (Omale, Alaet) ont discuté et débattu pendant près d'une heure trente autour de la construction d'univers et la conception d'une écologie en science-fiction. À l'animation, Jérôme Vincent, directeur des éditions Actusf.

« Comment imaginer des planètes ? Comment imaginer des univers et anticiper, concevoir la part écologique de chacun d'entre eux ? »
La table ronde débute par ces deux interrogations, fortes, qui donnent le ton pour cette troisième édition des Intergalactiques. Tout au long de l'évènement, il sera question de création artistique et d'écologie. Les trois auteurs invités se prêtent au jeu.
Alain Damasio explique comment il aime partir de façon abstraite, d'un concept simple (exemple : le mouvement, le vent pour La Horde du Contrevent) afin de développer tout un univers, le plus cohérent, le plus crédible, le plus réaliste possible. Grâce à une nouvelle, La Pluie de Ray Bradbury, il a compris qu'un élément pouvait à lui seul porter un récit et conduire un univers (avec sa faune, sa flore, son architecture, ses personnages).
Laurent Genefort, en tant que créateur de planet operas, aime partir de la création langagière, imaginer les relations et les interactions interespèces ; il cherche à s'échapper des références humaines, « terriennes » afin de bâtir des écosystèmes et des mondes foisonnants.
Quant à Jean-Pierre Andrevon, il revendique son attachement à la Terre et aux espèces qui s'y trouvent. Peintre avant d'être écrivain, il s'inspire d'images, de visuels. L'idée principale d'Hydra, une intrigue policière située sur une planète recouverte d'eau, lui est apparue au sortir d'un rêve. Gandahar et son monde sylvestre rappelle par certains côtés le Paradis terrestre.

Au-delà du plaisir de création que leur procure cette conception d'écosystèmes et d'univers, les trois auteurs s'accordent sur le fait que la science-fiction permet d'aller plus loin encore. Que ce soit pour dénoncer ou espérer, rendre compte des problèmes actuels ou extrapoler, établir une critique ou proposer des solutions différentes, nouvelles… Alain Damasio souligne que la science-fiction est parfaite afin d'appuyer le désir de révolution chez l'humain, le désir d'alternatives. Pour lui, les auteurs du genre ont cette responsabilité-là.
Selon Laurent Genefort, la science-fiction est devenue, au fil du temps, de plus en plus réaliste à mesure que la science est devenue de plus en plus spéculative. Aujourd'hui, les scientifiques invitent de plus en plus les auteurs à partager avec eux leurs visions du futur.
Une façon de légitimer la science-fiction et son rôle pour l'avenir : interroger l'humain et imaginer d'autres possibles pour un « mieux » commun, sociétal et écologique.

Liens :

Merci à Lilie pour ce compte-rendu !

lundi 27 octobre 2014

« Écrire… du bon pied ! » : Une masterclass avec Lionel Davoust


Dimanche 5 octobre, 10 heures.
C'était le dernier jour de la convention Octogônes à Lyon (http://www.octogones.org), consacrée au jeu et à l'imaginaire.
Lionel Davoust, auteur et rôliste de son propre aveu, donnait une masterclass d'écriture sur les lieux de l'évènement.
Les ateliers d'écriture animés par un écrivain SFFF, ça ne court pas (encore) les rues en France… Alors Tintama(r)re était présent au rendez-vous ! Petit compte-rendu de ce qui a été entendu.

Au lieu des deux heures prévues, la masterclass en a duré trois.
Lionel Davoust (L.D., ndlr) ne compte pas son temps lorsqu'il s'agit de parler écriture !
Dans la salle, il y a une bonne quinzaine de participants, pour la plupart débutants. Beaucoup se sont déjà essayés à l'écriture d'un premier roman SFFF sans forcément y parvenir. Ils sont venus écouter les conseils d'un auteur publié.
Et ça tombait bien, puisque la masterclass s'adressait tout particulièrement à eux.

© Mélanie Fazi


« Écrire pour soi… et écrire aussi pour les autres »

Dans son introduction, L.D. revient sur ce que signifie le métier d'écrivain.
Un écrivain, lorsqu'il souhaite être publié, écrit pour soi mais aussi pour les autres. L'auteur rappelle alors le fonctionnement de l'économie du livre en France. Il appuie sur l'importance des différents acteurs de la chaîne (« Sans auteur, pas de livre. Sans commercialisation, pas de public ! ») et sur le fait que, malgré les faiblesses relevées, l'édition à compte d'éditeur demeure aujourd'hui le meilleur système existant.

« Apprendre à écrire, c'est apprendre à se connaître »

La suite de l'atelier est consacrée à la technique.
Si la connaissance des codes narratifs est essentielle, L.D. admet qu'il n'y a pas de règle ou de recette toute faite à appliquer en matière de création. Le débutant doit d'abord apprendre à se connaître, déterminer quel auteur il est vraiment afin de se tourner vers les outils qui seront les plus à même de lui convenir : plutôt imaginaire ou « mainstream » ? Plutôt scriptural ou structurel (d'après la différenciation proposée par Francis Berthelot dans son livre Du rêve au roman) ?
Selon les réponses à ces questions, l'auteur en herbe suivra soit des pistes qui l'aideront à piloter à vue, d'une scène à l'autre, sans connaître la fin de son histoire (pour le scriptural) ; soit des pistes avec plans détaillés et imbriqués, fiches de personnage et une fin connue (pour le structurel).
En tant qu'auteur structurel, L.D. a suggéré plusieurs outils, tantôt analogiques (chemises cartonnées, post-its), tantôt numériques (logiciels de mindmapping, bloc-notes hiérarchiques comme Treepad ou Scrivener) afin d'organiser ses idées et son travail.

Le travail de l'écrivain est un exercice de funambule, entre juste usage des outils, préparation et lâcher-prise. Si l'inspiration est importante, la « trousse à outils » que représente la technique va donc l'être toute autant : c'est elle qui va permettre à l'auteur de cadrer ses envies, ses désirs, son foisonnement d'idées. L.D. cite Elizabeth George en soulignant que talent et passion ne sont rien sans la discipline, la « méthode » pour progresser en tant qu'auteur.
L.D. explique qu'il est aussi nécessaire de faire confiance à son instinct. « Le corps sait » lorsqu'une idée fonctionne : la persévérance est de mise, il faut creuser jusqu'à sentir cette pulsion personnelle qui nous fait dire qu'un choix est le bon.
Oui, le métier d'écrivain implique des exigences, des attentes et du travail.

« Mens-moi, mais fais ça bien »

Une fois que les idées bourgeonnent, que la trousse à outils adéquate se trouve à ses côtés, l'auteur doit alors bâtir la charpente de son histoire.
Élisabeth Vonarburg, dans son ouvrage Comment écrire des histoires, explique que l'auteur fait des choix d'emphase et d'élision pour donner cette illusion de la réalité. « Mens-moi, mais fais ça bien », cite L.D. La fiction, même si elle n'est qu'une fiction, doit « faire sens » pour le lecteur. La notion de « causalité narrative » est importante : toute cause entraîne une conséquence et, par ricochet, toute conséquence doit être étayée. L'exemple du fusil de Tchekhov est repris : l'histoire a besoin d'un fusil à l'acte III ? Il est alors nécessaire de l'insérer à l'acte I. Cette causalité narrative se travaille à différents niveaux (d'une phrase à l'autre, d'une scène à l'autre, sur l'ensemble du récit).

La cohérence est essentielle, tout autant qu'il est essentiel de « pousser [les lecteurs] à continuer de lire ».
Pour cela, il est nécessaire de savoir ce qui compte dans l'histoire : susciter l'attachement aux personnages, suivre (ou non) les attentes du genre, prendre soin du rythme et du suspense constituent des clefs de travail, pour que le lecteur se demande toujours ce qui arrivera ensuite.

« Une histoire, ce sont des volontés »

De plus, afin d'en construire la structure, il est essentiel de définir ce qu'est véritablement une histoire. Pour L.D., c'est un ensemble de volontés : volontés des personnages, volonté de l'histoire (discours, cohérence interne), volonté de l'auteur.
Ainsi, on entre dans une histoire à travers des personnages et leurs volontés. Par exemple, Bilbo dans Bilbo le Hobbit veut partir à l'aventure. Cette ou ces volontés vont alors rencontrer l'adversité ; s'ensuivra une résolution à travers des péripéties et l'atteinte du but (ou non) : on obtient alors là le cheminement symbolique de l'histoire. L.D. note aussi que la notion de conflit (narratif, et non pas « conflit » au sens large) est importante pour la construction de ce cheminement.

« La scène fait avancer l'intrigue »

En dernière partie d'atelier, L.D. a fourni quelques pistes pour la construction des scènes.
Des questions à se poser : « Que vivent les personnages ? », « Que savent-ils ? », « Où en est l'opposition ? », « Quel est le problème le plus pressant ? », « Quelle réponse unique lui apporter ? »… peuvent aider à bâtir la scène pour que celle-ci fasse avancer l'intrigue. Par l'application d'une volonté à une résistance, dans un décor intéressant, et en glissant (si possible) de l'inattendu pour le lecteur, la scène doit toujours permettre de faire évoluer l'histoire.
Dramatiser (mettre en scène, le connu show, don't tell), dominer le flux du récit (en choisissant quoi narrer, quoi omettre, en maîtrisant la tension narrative) ont fait partie des autres conseils promulgués durant la masterclass.

« Le travail est dur… mais n'oubliez pas le plaisir ! »

Ce qu'on retiendra, c'est l'importance d'apprendre à se connaître (trouver ce qui marche pour soi, construire son propre processus mais savoir en changer), d'être lecteur pour devenir auteur, et de trouver du plaisir dans l'écriture. L.D. a aussi souhaité rappeler les règles éditées par Robert A. Heinlein :
- Écris
- Finis ce que tu commences
- Évite de réécrire (sans fin, car il faut savoir passer à un autre projet)
- Place ton travail sur le marché
- Garde-l'y jusqu'à ce qu'un éditeur le prenne

Une belle conclusion pour une masterclass enrichissante. On en redemande !
À noter que Lionel Davoust tient un blog d'écrivain recelant une mine d'informations et de conseils sur l'écriture. Pour le consulter, c'est par ici : http://lioneldavoust.com

Merci à Lilie pour ce compte-rendu !

jeudi 11 septembre 2014

Entretien croisé avec Cindy Van Wilder et Paola Grieco

Tintama(r)re poursuit les interviews croisées entre un éditeur/une éditrice et un·e "jeune" auteur·e, avec cette fois-ci la rencontre entre Cindy Van Wilder, auteure des Outrepasseurs, et Paola Grieco, éditrice aux éditions Gulf Stream.
Cette interview a été réalisée au mois de juin 2014.

Traductrice de profession, Cindy Van Wilder est née et vit en Belgique. Le premier tome de sa trilogie les Outrepasseurs est paru le 6 février dernier et a remporté le Prix Jeunesse de l'édition 2014 des Imaginales. Le deuxième tome est sorti le 4 septembre dernier.



Voici le résumé :
— Jure-moi fidélité et je te protégerai. Nous le ferons tous.
— Nous ?
— Les Outrepasseurs. Tous ceux qui portent la Marque. Regarde ces jeunes gens. Voilà ta seule famille, à présent. (Il baissa le son de sa voix.) Nos adversaires ne s'arrêteront jamais. Les fés nous pourchassent depuis huit siècles. Une éternité pour nous. Un instant pour eux.
Peter, un adolescent sans histoires, échappe de justesse à un attentat et découvre que l'attaque le visait personnellement. Emmené à Lion House, la résidence d'un mystérieux Noble, il fait connaissance avec les membres d'une société secrète, les Outrepasseurs. Les révélations de ces derniers vont changer le cours de sa vie...



Bonjour Cindy et merci d'avoir accepté de nous répondre. Tu as commencé ce roman lors du NaNoWriMo de 2008, quelle a été la première idée, la première inspiration qui t'a lancée dans cette aventure ?

Bonne question ! Les contes de fée ont bien sûr été une source dominante d'inspiration, même si je ne m'en suis pas rendue compte tout de suite. J'avais aussi envie de donner ma version des fées – ou comme je préfère les appeler, des fés ! – encore trop assimilées à de gentilles petites créatures. Plusieurs auteurs l'avaient déjà fait et j'avais aussi envie de leur rendre un hommage, en quelque sorte, de leur faire un clin d'œil via ce texte.


Il est fait plusieurs fois référence au Roman de Renart, est-ce une de tes sources d'inspiration ?

Bien entendu ! En fait, le Roman de Renart a été une de mes premières lectures, en tant qu'enfant, car je possédais un magnifique album illustré – malheureusement perdu depuis... – où les tours que jouait Renart aux pauvres Ysengrin, Noble et Chanteclerc, pour n'en citer que quelques-uns, bénéficiaient de magnifiques dessins. Renart est sans doute le premier anti-héros que j'ai croisé dans mes lectures et le personnage, aussi fascinant que repoussant, est demeuré vivant dans un coin de mon esprit. Quand j'ai cherché à élaborer les Outrepasseurs, Renart et sa suite sont naturellement revenus à la charge. Et je dois dire que je me suis bien amusée à leur faire vivre de nouvelles aventures dans un monde bien plus moderne que leurs univers originels.


Le héros, Peter, rêve de devenir une star du football, mais traqué par les ennemis des Outrepasseurs pourra-t-il encore poursuivre son rêve ?

Je pourrais vous le dire, mais je devrais vous tuer par la suite...
Ah, on me souffle que la réplique est déjà prise.
Plus sérieusement, il est évident que ce qui se passe dans ce premier tome va avoir un grand impact sur la vie de Peter en général, ce qui implique bien entendu ses rêves d'adolescent. Les conséquences vont surtout se faire sentir dans le tome 2... et là, je n'en dirai vraiment pas plus!


Comment s'est passée la soumission aux Éditions Gulf Stream ?

Un peu par hasard, en fait ! Je connaissais déjà les publications de Gulf Stream, grâce notamment à la collection "Courants noirs", qui publie des polars historiques, et j'appréciais beaucoup le travail autour de leurs ouvrages. Néanmoins, je ne pensais pas que les Outrepasseurs pouvaient les intéresser, vu d'une part le format – plus de 500 000 signes quand même – et le contenu de certaines scènes.
C'est grâce à la marraine bonne fée de cette saga, j'ai nommé ma chère Silène Edgar, que la rencontre s'est faite. À l'époque, elle concoctait le GGG [Grimoire Galactique des Grenouilles] et contactait les éditeurs pour recueillir leurs demandes quant aux manuscrits qu'ils recherchaient. De cette manière, elle a su que Gulf Stream recherchait des ouvrages pour des adolescents plus âgés et m'a conseillée d'envoyer le roman.
Ce que j'ai fait... et vous connaissez la suite ;)


Peux-tu nous parler de tes premiers salons ?

Absolument, puisque mon premier vient de s'achever il y a quelques semaines ! Il s'agit bien sûr des Imaginales, et il a été sur tous les plans exceptionnel. Non seulement parce qu'il s'agit d'un de mes festivals favoris, par son cadre, la convivialité qui y règne et que j'ai eu l'occasion de vivre de l'autre côté du miroir - ou plutôt de la table de dédicaces ! - mais qu'en plus, cerise non négligeable sur le gâteau, les Outrepasseurs y ont remporté leur premier prix !
Participer aux conférences, rencontrer les lecteurs qui ont été au rendez-vous, faire partie de ce festival... tout a été une expérience vraiment magique !
Par la suite et dès cet automne, vous pourrez me croiser à divers salons tels celui des Halliennales, en compagnie notamment de Lise Syven, au mois d'octobre.


Nous avons également interrogé Paola Grieco, l'éditrice des Outrepasseurs chez Gulf Stream Éditeur.


Publier une trilogie d'un·e jeune auteur·e peut représenter un risque éditorial. Qu'est-ce qui vous a attiré chez les Outrepasseurs ?

Gulf Stream Éditeur s'est positionné sur le créneau des littératures dites de l'imaginaire très récemment. Très peu lectrice de ce genre, à part quelques piliers des années 50-70, tels Barjavel, Orwell, Huxley, K. Dick, voire encore plus classiques (comme Cazotte, Hoffman, Balzac, Mérimée, Nerval, Maupassant, Barbey d'Aurevilly, Wilde, Stevenson, Poe, Wells), c'est donc avec une certaine fraîcheur et une véritable envie que j'ai commencé à m'intéresser de près à ce genre, tous lectorats confondus, en 2012. Et un heureux hasard a voulu que Cindy m'envoie son manuscrit au mois de mars de cette même année – soit dit en passant, il aura donc fallu deux ans entre la soumission de son projet et la publication.
D'emblée, j'ai été accrochée par le mystère qui planait autour de ce titre, Les Outrepasseurs, et par la présentation succincte mais alléchante de Cindy... mais je n'ai pu lui répondre de manière favorable qu'au mois d'octobre ! J'ai été particulièrement séduite par l'originalité de la construction de son texte, sa maîtrise de la langue, l'audace de certains passages (pour un lectorat ado/YA), la dimension psychanalytique de l'intrigue allant de pair avec les nombreuses références à un patrimoine littéraire et merveilleux. L'aspect historique m'a également conquise.
Il s'agissait en effet d'un double risque éditorial : explorer un domaine qui était encore inconnu au catalogue de GSE et publier une primo-romancière. Bien nous en a pris !


Comment s'est passée la première rencontre avec Cindy ?

Entre le moment où je lui ai proposé une publication pour 2014 et notre rencontre "en vrai", nous avons échangé par mail au sujet des critiques des membres de mon comité de lecture ado auxquels j'avais soumis ce premier tome. Ils étaient évidemment tous emballés par ce texte, d'aucuns affirmant qu'il s'agissait du meilleur roman publié chez GSE ! C'était très intéressant de récolter et de partager les avis pertinents de ces jeunes lecteurs. Et leurs retours m'ont confortée dans l'idée qu'il ne fallait rien édulcorer du texte de Cindy.
Enfin, nous nous sommes rencontrées en chair et en os aux Utopiales, à Nantes (où est installé GSE), cette même année.


Quels sont les moyens promotionnels mis en place lorsqu'on lance un·e jeune auteur·e francophone ? Le prix des Imaginales a-t-il une réelle incidence sur les ventes ?

Nous avons fait le pari d'un tirage initial plus important que ceux que nous faisions habituellement, c'est-à-dire 9000 exemplaires. Par ailleurs, j'ai fait en sorte de présenter le livre imprimé aux équipes commerciales de notre diffuseur (Volumen) 4 mois avant la sortie du livre, qui était prévue au mois de février 2014. Ainsi, les libraires ont pu faire leurs demandes de services de presse très en amont de la publication du tome 1, ce qui a permis aux Outrepasseurs de bénéficier d'une belle mise en place. À la mi-janvier 2012, nous avons souscrit à une campagne de pub web, notamment sur le site Actu SF. Et une semaine avant la sortie de l'ouvrage, nous avons organisé une soirée de lancement à Paris, avec un "happening" qui semble avoir plu !
Nous avons été très très heureux d'apprendre que Cindy avait obtenu le Prix Imaginales Jeunesse 2014. L'année précédente, Carole Trébor avait été lauréate du Prix Imaginales des Collégiens pour Nina Volkovitch. Le prix des Imaginales a eu un véritable impact sur la visibilité de GSE en matière de fictions de l'imaginaire (et aussi sur ma boîte mail en terme de réception de manuscrits, de plus en plus nombreux et intéressants...). Les ventes de cet ouvrage sont satisfaisantes, et la publication du tome 2 au mois de septembre 2014, La Reine des neiges, avec une nouvelle campagne publicitaire, va amplifier le phénomène, nous en sommes sûrs !


La couverture des Outrepasseurs attire vraiment le regard, pourriez-vous nous dire deux mots quant au choix de celle-ci ?

Nous avons souhaité appuyer le développement du créneau "littératures de l'imaginaire" avec un beau travail de conception visuelle et de fabrication. Pour Les Outrepasseurs, nous avons collaboré avec B.System, une agence de création graphique et éditoriale nantaise (avec laquelle GSE avait déjà travaillé en 2006). Nous avons exploré 3 pistes très, très différentes, avant de nous arrêter sur celle-ci, qui a remporté l'adhésion du plus grand nombre. L'élément fédérateur, outre les dorures, a été la découpe ovale faisant écho au titre mystérieux de la série, comme si le lecteur allait entrer dans un autre monde en regardant par le trou d'une serrure merveilleuse...


Merci beaucoup à Cindy Van Wilder et à Paola Grieco d'avoir accepté de répondre à nos questions !

jeudi 28 août 2014

Prix Gulli du roman 2014


À l'aube de la Première Guerre mondiale...
Adrien et Hadrien ont treize ans et habitent tous les deux en Picardie. Ils ont les mêmes préoccupations : l'école, la famille, les filles... Une seule chose les sépare : Adrien vit en 2014 et Hadrien en 1914. Grâce à une boîte aux lettres mystérieuse, les deux adolescents vont s'échanger du courrier et devenir amis.
Mais la Grande Guerre est sur le point d'éclater pour Hadrien, et leur correspondance pourrait bien s'interrompre de façon dramatique.

Voici la superbe histoire que vous racontent Silène Edgar et Paul Beorn dans leur roman 14-14, paru en avril dernier chez Castelmore. Cette histoire passionnante a plu aux membres du jury chargé de décerner le Prix Gulli. Car oui, depuis 2012, la célèbre chaîne jeunesse de la TNT a créé un prix littéraire, sans doute afin de donner le goût des bons livres à ses six millions de téléspectateurs quotidiens.
Silène Edgar et Paul Beorn sont membres de Cocyclics de longue date. C'est sur le forum qu'ils se sont connus, puis appréciés au point de vouloir écrire un roman ensemble. Aujourd'hui, nous vous proposons de partager leur joie au travers d'une interview entre les deux auteurs encore très émus et leur éditeur Castelmore en la personne de Barbara Bessat-Lelarge, qui nous ont fait le plaisir de répondre à nos questions.

* Merci à Francis Ash pour avoir réalisé cette double interview !



Interview de Barbara Bessat-Lelarge, directrice éditoriale de Castelmore.


Silène et Paul ont eu un temps assez court pour écrire 14-14, est-ce que cela a eu un impact sur le volume de travail éditorial ?

Silène et Paul travaillent merveilleusement ensemble. Quand ils m'ont envoyé les premiers chapitres, j'ai su que je n'aurais pas grand-chose à redire quant à leur écriture et au déroulement du récit: les bases étaient déjà très solides et l'histoire bien rythmée. Je leur ai demandé de prêter une attention particulières aux détails historiques pour faciliter le parallèle entre les deux époques, mais c'est tout ! Que ce soit pour la réécriture ou la correction, tout a pu se dérouler très vite car le texte était déjà très abouti quand ils me l'ont remis. Ils m'ont impressionnée par la qualité et l'efficacité de leur travail et de leur collaboration.


Comment avez-vous réagi quand vous avez su que 14-14 était nominé pour ce Prix qui ouvre en grand les portes du grand public ?

Quand Marie, l'attachée de presse de Castelmore, me l'a appris, je crois que nous nous sommes tapé dans les mains et nous avons fait de petits bonds sur place en riant tant nous étions heureuses pour Silène et Paul. Leur roman est excellent mais voir qu'il a aussi su séduire un jury est une merveilleuse surprise. L'offre éditoriale est pléthorique et obtenir ce genre d'attention de la part d'un média national est une grande joie: ce roman plaira à de nombreux lecteurs et nous sommes heureux que Gulli offre à Silène et Paul la possibilité d'en toucher un maximum.


Quel va et peut être l'impact de ce Prix sur la place de 14-14 dans votre catalogue (droits de traduction, diffusion internationale, augmentation des ventes...) ?

Yolande Rochat, la personne qui s'occupe des cessions de droits, propose tous les titres de nos auteurs français à l'étranger. C'est sûr que l'obtention de ce prix permettra certainement d'attirer plus l'attention sur 14-14, et ce serait une belle aventure de voir ce titre traduit dans d'autres pays. Pour le moment, le rayonnement en France est déjà très positif et chaque chose en son temps. La Foire internationale de Francfort a lieu en octobre, nous verrons alors certainement si 14-14 sortira de nos frontières.
Nous avons mis en place des bandeaux en librairie pour indiquer que 14-14 a obtenu le prix Gulli des lecteurs et les ventes sont très satisfaisantes. C'est difficile de se projeter et de savoir concrètement combien d'exemplaires seront vendus, mais je peux d'ores et déjà dire que nous sommes très contents des résultats.



Interview de Paul Beorn et de Silène Edgar, auteur·e·s du roman.


Paul a parlé du prix sur le fil promotionnel de 14-14 en rentrant des imaginales. Mais depuis combien de temps saviez-vous que vous étiez sur la short-list avec 14-14 ?

Paul : Marie, l'attachée de presse de Bragelonne, nous a avertis quelques jours avant. En revanche, impossible de tirer les vers du nez du jury : nous ne savions absolument pas quel serait le roman lauréat pari les 5 de la short-list.
Silène : 15 jours avant, je crois ? C'était en effet au moment des Imaginales puisque je me rappelle qu'à cette occasion Stéphane Marsan nous a dit de monter à Paris pour la remise du prix, au cas où...


Le matin d'un tel rendez-vous, comment se sent-on ?

Paul : Pour ma part, j'étais très détendu parce que j'étais convaincu qu'on n'aurait pas le prix. Du coup, j'ai pris la chose comme une journée de congé à Paris passée sous le soleil à voir des amis. Décrocher le prix, ça a été un moment absolument magique, comme un cadeau auquel on ne s'attend pas du tout.
Silène : Moi, j'étais morte de stress, parce que je pensais qu'on avait vraiment nos chances, mais surtout parce que je ne savais pas du tout comment ça allait se passer : je n'aime pas trop ne pas savoir où je vais... Heureusement, Paul me rassurait par téléphone et j'ai réussi à survivre.


En arrivant sur place, est-ce que vous pensiez avoir vos chances ?

Paul : Mes deux romans précédents avaient déjà été sélectionnés pour quatre prix et ils n'avaient jamais été lauréat. Donc non, je me disais qu'il devait avoir une malédiction à ce sujet.
Silène : Je voyais bien que les autres titres en lice étaient d'excellents ouvrages, dont je connais certains auteurs pour leur talent, mais notre roman avait déjà très bien démarré, tout le monde nous disait qu'il y avait une sorte de magie qui opérait et nous n'avions que des bons retours. C'était possible, oui, et terriblement angoissant, de fait !


Dès le lendemain, vous étiez dans de nombreux articles, y compris dans la presse nationale. Quel effet ça fait d'être propulsé au devant de la scène littéraire pour la jeunesse ?

Paul : C'est absolument incroyable de voir l'engouement médiatique au sujet de 14-14, on voit bien que ce roman plaît au public, aux médias, et que les ventes décollent. Je saute de joie à chaque nouvel article qui paraît dans les grands quotidiens. Je pense qu'à terme, cela changera pas mal de choses pour nous. Mais au fond, on reste des auteurs avant tout, et notre principal travail, ça reste d'écrire des romans et je pense qu'il ne faut surtout pas l'oublier.

Silène : À part la revue de presse incroyable que Marie nous envoie chaque semaine, ça ne semble pas changer tant que ça : depuis le Prix, je suis allée en dédicace dans le Morbihan, avec l'équipe du libraire Michel Renard, Au jardin des bulles, et les copains de dédicace (on est un noyau dur qui nous retrouvons depuis 3-4 ans) étaient contents, les lecteurs aussi, mais pas de façon différente des Imaginales où nous avions tout vendu sans le prix. Mais en fait, le changement se fait doucement. Parfois, il y a un truc dingue qui arrive, comme un grand gars qui arrive en disant : « Je le prends parce que tout le monde en parle. »
Une libraire en vacances qui passe devant la librairie de La Rochelle où l'on dédicace et s'écrie : « Ce sont les auteurs de 14-14, là !!! »
Un jeune lecteur qui me dit : « Je vous ai bien aimé à la télé !!! »
Surtout, ce succès me permet d'envisager l'avenir différemment : l'équipe de Bragelonne me fait confiance et j'ai plusieurs romans à leur écrire, ainsi que d'autres projets pour le Jasmin et Imaginémos, mes autres éditeurs. Et d'autres éditeurs m'ont dit être intéressés par ce que je pouvais écrire à l'avenir.


Silène, toi qui est professeure, comment réagissent tes élèves ? Y en a-t-il qui avaient lu 14-14 avant que vous receviez ce Prix ?

Silène : Je n'avais pas d'élèves cette année, parce que j'étais en congé de formation donc je ne sais pas ! Et à vrai dire, je préfère ne pas le savoir, ce serait tellement narcissique de parler de moi alors que je suis là pour leur apprendre le français et la littérature, non ? Jusqu'à présent, les élèves ont toujours été assez discrets pour ne pas m'embarrasser pendant les cours : si certains veulent en parler, je transforme ça en cours sur la création du livre. Mais une fois, un de mes élèves, Gaël, m'a fait très plaisir en m'envoyant une carte postale de Girolata, où se passe Moana. Il y était en vacances avec mon livre.


Vous allez presque être obligés de récidiver, non ?

Paul : On fera ce qu'on aura envie de faire, on ne se casse pas la tête avec cette question pour l'instant. :)
Silène : Idem ! ^^


Est-ce qu'individuellement, cela bouleverse vos projets d'écriture ?

Paul : À court terme, non. Nous avions déjà des projets en cours et nous les continuons chacun de notre côté. À plus long terme, peut-être qui sait ?
Silène : Je vais privilégier un peu la jeunesse avant de me lancer dans un grand roman pour adultes qui mûrit un peu dans ma tête. Et puis je vais surfer sur la vague et proposer aux éditeurs certains projets qui dormaient dans les tiroirs : l'occasion ne se représentera peut-être pas !


Et maintenant, qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter d'encore mieux ?

Paul : Ah ! Je ne sais pas. Peut-être tout simplement que nos autres romans trouvent eux aussi un tel accueil public ?
Silène : Oui, j'aimerais juste que ça continue, que ça nous permette de faire entendre notre voix pour les prochains livres !
Et vous pouvez me souhaiter d'acheter un manoir sur l'île aux Moines avec la vente des droits à Hollywood, je vous inviterai !



Pour aller plus loin :