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dimanche 24 janvier 2016

2015 : le 9e bilan annuel des cycles CoCyclics !

Et voici le dernier bilan de l'année 2015 : celui des Cycles ! Merci à Conteuse et à l'équipe de modération des cycles d'avoir réalisé cet article et de veiller sur le travail des autres !
(Si par extraordinaire vous n'avez jamais entendu parler des cycles sur la mare, vous en trouverez les principes et le guide ici).

Neuf bilans annuels, déjà, pour parler de l'entraide entre auteurs SFFF telle que la pratique CoCyclics !

Neufs bilans annuels pour se réjouir de partager la volonté d'améliorer textes et histoires, malgré les doutes, malgré les difficultés, malgré le temps qui s'écoule, imperturbable.

Soyons clairs : les chiffres qui suivent n'ont aucune prétention de statistique. Ceux qui vivent l'envie d'écrire savent trop bien que chaque roman, chaque novella, est en soi un cas à part. Chaque auteur, chaque bêta-lecteur a son propre rythme, ses contraintes ou ses facilités personnelles. Les valeurs ci-dessous ne sont donc pas destinées à établir d'éventuelles prévisions ; les lignes de ce bilan n'ont pour vocation que de témoigner des efforts, des espoirs, des rêves, et surtout du travail et de la persévérance de celles et ceux qui se sont lancés dans l'aventure.

Du travail, dans les allées de CoCyclics, il n'en manque pas : vingt entrées en cycle ces deux dernières années, c'est autant d'auteurs et deux à quatre fois plus de bêtas-lecteurs qui se mobilisent sur chaque manuscrit.

De la persévérance, certes il y en a, quand les cycles se déploient sur des mois et parfois des années. Il y en a, quand, une fois l'estampille obtenue, ceux qui recherchent un éditeur persistent un an, deux ans, … voire plus de 5 ans, avant que leur espoirs ne se concrétisent.

Le bilan de ces neuf ans en bref ? 60 manuscrits étudiés, décortiqués, corrigés, repris, retravaillés. Mis bout à bout, les 40 cycles terminés à ce jour représentent une durée de travail de près de 54 ans…

Quels résultats, au final ? Les pages de Tintama(r)re témoignent souvent des expériences et des objectifs atteints lors des estampilles. Les auteurs qui s'engagent dans un cycle ont chacun leurs souhaits ; progression personnelle, qualité d'un texte, renforcement d'un thème particulier, …

Tous ne désirent pas être publiés après l'estampille. Et parmi ceux qui le souhaitent, certains ne le sont pas (pas encore). Cependant, sur les 40 cycles terminés (dont 5 n'ont l'estampille que depuis une poignée de mois), 27 ont déjà trouvé leur éditeur et font, ou feront bientôt, la joie de leurs lecteurs.

Si vous souhaitez vous faire par vous-même une idée des résultats de ces efforts, il vous suffit de faire votre choix dans la liste de ces publications (cliquer ici).

Graphique de bilan des cycles 2007-2015
(cliquer sur l'image pour l'afficher plus grand)


Créé en 2006, l'outil « Cycle » de CoCyclics a accueilli son 62ème manuscrit fin 2015. Depuis fin octobre, les règles à suivre sont celles de la version 3. Cette évolution conditionne, entre autres, les candidatures d'auteurs à une participation préalable en tant que bêta-lecteur, tout comme elle affine les principes de travail sur la phase III.

Le statut couleur « vert sapin » indispensable au travail en cycle compte désormais 91 grenouilles. Régulièrement, les estampilles saluent le travail mené à bien et de nouvelles soumissions augmentent le nombre d'écrits en étude : en 2015, avec 5 estampilles et 10 entrées, ce ne sont pas moins de 26 manuscrits qui ont alimenté les discussions entre auteurs et bêta-lecteurs. 44 grenouilles se sont succédées à leur chevet, tour à tour auteurs ou bêta-lecteurs, voir même investies dans l'équipe de suivi des cycles.
En effet, ne croyez pas que ceux qui se lancent dans un cycle CoCyclics soient isolés : une équipe dédiée veille. Discrets mais présents, ses membres assurent l'équilibre et le bon déroulement de chaque phase : bienvenue à Najdah et Amzil qui l'ont rejointe ces derniers mois.


Ce bilan ne serait pas complet sans un focus sur les dernières entrées en cycle ; sachez que l'automne 2015 a été fortement orientée fantasy, avec juste une touche de fantastique :

* Fantasy pour adultes avec La joueuse de vor de Têtard potté :
Liott, jeune télépathe de cinq ans, est confié à la garde d'une duchesse qui se révèle être sa mère naturelle. Incapable de s'attacher à lui, elle va l'utiliser à des fins politiques. Lui, au contraire, n'aura bientôt plus qu'un seul but : se faire aimer de sa mère.

* Fantasy réaliste pour adultes avec Valadonne d'Amzil :
Aniélis, dix ans, voit les prêtres d'un pays étranger détruire son monde. Devenue femme, elle ne vit plus que pour nuire à ses ennemis. Au fond de l'abîme où l'entraîne la colère, sa haine vacillera-t-elle ?

* Fantasy pour adultes avec Le Chant des disparus d'Ardawal :
Après l'invasion meurtrière du pays des Chantants, Soali, une jeune rescapée, retrouve d'autres survivants. Avec l'aide d'une nation alliée, ils s'efforcent de régénérer leur peuple et de préserver le souvenir de leurs Ancêtres, gardiens du savoir et de la religion. Mais l'Écorce, une entité sournoise qui aspire à devenir le Dieu unique de l'humanité, utilise ses dons de manipulation pour les en empêcher.

* Medieval Fantasy pour jeunes adultes avec Le fils de l'Ange de La_louve :
Le peuple de Valone est épuisé par la guerre. Julian serait capable d'y mettre fin, si seulement il maîtrisait ses pouvoirs. Alors qu'il poursuit son entraînement dans un camp militaire, il prend sous son aile un jeune archer persécuté pour son homosexualité. Assumer leur relation naissante dans un monde machiste ne sera que le début du parcours, car déjà la guerre les rattrape.

* Fantastique pour jeunes adultes et adultes avec Le Cycle des Morts d'Arcane :
Dévastée par le décès de celui qu'elle aime, une jeune femme ressasse ses souvenirs dans un camping sans se rendre compte qu'on l'épie. Dans l'enceinte d'un fort proche de là, elle retrouve son amoureux perdu qui est bloqué entre la vie et la mort. Dès lors, une seule obsession la hante : le rejoindre. Échappera-t-elle à son attraction pour la mort ? Et pourquoi ce mystérieux campeur lui veut-il du mal ?

2016 sera-t-elle de la même eau que 2015 ?
Que réserve la nouvelle année aux nouveaux auteurs ?
Souhaitons qu'il s'agisse d'inspiration, de détermination, de partages, d'entraide, … et surtout de beaucoup de joies !

lundi 28 décembre 2015

Les Baleines célestes d'Elodie Serrano

Après la fin de son cycle et avoir obtenu l'estampille CoCyclics, Élodie Serrano a accepté de répondre aux questions concoctées par illiane pour Tintama(r)re.
[Pour un petit rappel du fonctionnement des cycles, c'est par ici !]

Logo de l'estampille CoCyclics

Bonjour Élodie : félicitations pour ta fin de cycle !
Merci, il était temps que je termine.

Tout d'abord, est-ce que tu peux nous pitcher un peu ton roman, les Baleines célestes ?
Oui, bien sûr :
À trop vouloir bien faire, on commet des bévues, par exemple laisser filer une baleine céleste, créature destructrice s'il en est. Alexandra Levisky et son équipage se jettent dans le sillage de la fuyarde. Pour l'empêcher d'atteindre le cœur historique de la galaxie, une seule solution : titiller sa corde sensible.

Quelles ont été tes inspirations sur ce projet, autant littéraires que visuelles ?
Hum, la réponse risque d'être décevante.
Je n'ai pas vraiment eu d'inspiration directe. Les deux points de départ ont été l'envie de parler d'un groupe de personnages un peu boulets, un équipage maladroit qui voguerait de bêtise en bêtise. Puis le titre m'a sauté dessus, les Baleines célestes. Je trouvais cette idée d'une créature si massive qui volerait dans l'espace fascinante et merveilleuse. Ensuite, j'ai travaillé à réunir les deux idées qui ne semblaient pas forcément aller en ensemble en premier lieu.
Ce n'est qu'après avoir écrit mon roman que je n'ai découvert que les baleines de l'espace, c'est assez populaire comme idée en fait. Comme par exemple dans un épisode de Docteur Who, ou pas mal d'illustrations (l'une de mes alpha-lectrice ne manque jamais de me les faire découvrir quand elle en trouve une).

Ton roman a obtenu l'estampille CoCyclics en octobre dernier. Comment s'est déroulé ton cycle ? Y a-t-il une phase que tu as préférée ? Quelle a été ta méthode de travail au cours de ton cycle ?
Ce fut long (deux ans, soit deux fois plus long que ce que j'anticipais en termes de durée) et difficile.
Quand j'écris un texte, je suis assez fière du résultat, toujours. Puis quand on me dit ce qu'il ne va pas, je tombe dans l'excès inverse, soit de penser que c'est vraiment nul. Du coup, mon cycle a consisté à osciller entre fierté du travail accompli quand j'ai soumis et terminé les P2 et P4, et déprime intense face aux retours de P1 et P3, où je considérait au final que c'était vraiment bon à jeter. Je suis assez extrême dans l'émotion je pense.
Ma phase préférée a été la P2. J'ai pas mal refondu le texte, supprimé des scènes, ajouté de nouvelles. Un travail de gros œuvre qui a su laisser libre cours à ma créativité pour trouver des solutions aux problèmes soulevés. Cet aspect était moins présent en P4, où j'ai du travailler plus dans le détail, un travail d'orfèvre qui n'est pas vraiment ma tasse de thé, même s'il faut bien en passer par là.
Pour la méthode de travail, j'ai commencé par relire mon roman en début de P2, pour me construire un scène-à-scène sous Excel. Ainsi, en P2 comme en P4, j'ai pu créer une nouvelle fiche et noter sur chaque scène le sort qui lui serait réservé en fonction des remarques de mes bêtas/alphas. Une fois établi mon plan d'attaque, je n'avais plus qu'à m'y atteler, scène à scène. Je pense que cette méthode est plutôt efficace pour moi et je la conserverais pour mes prochains romans.

Dans ton roman, Nathan est un naturaliste passionné par les baleines célestes. Est-ce que ce personnage t'as été inspiré par ta propre passion des animaux ?
Pas le moins du monde.
Nathan est arrivé dans l'histoire comme personnage outil. Un spécialiste de l'espèce qui ne devait, au début, que servir à apporter quelques informations sur les baleines, histoire de ne pas lancer l'équipage trop à l'aveugle dans leur course-poursuite de la créature.
Puis il a pris de l'ampleur bien malgré moi, et gagné son propre point de vue en phase de P2. Pour tout dire, il a fini par surpasser dans mon cœur un autre des personnages du trio principal, Conrad.
Par contre, il est clair que je me suis projeté dans le personnage, pour le côté curieux, scientifique passionné par le vivant, parfois un peu en décalage. Mais pas plus que je n'ai donné à Alexandra certains de mes traits. Même Conrad a bien du prendre de moi, quelque part. J'imagine.

Ton roman appartient à un style un peu inhabituel vu qu'il s'agit d'un space-opera humoristique. N'a-t-il pas été trop difficile de mêler les deux genres ?
Ce n'est pas tant l'aspect space-opera que l'action qui pose souci.
L'introduction d'humour reste délicat, car si l'on veut faire rire, on ne peut pas faire rire n'importe quand. Une blague mal placée, et toute la tension de l'action tombe à plat. C'est ce mariage-là qui a été délicat à manier. En résulte un roman au ton léger, mais on est loin de l'action endiablée aux blagues alignées comme si la vie de l'auteur en dépendait que l'on peut retrouver chez Pratchett.
Sur cet équilibre, l'aide des bêtas a été précieuse. Elles m'ont vraiment permis de cerner les moments où l'humour allait à l'encontre de la progression de l'histoire, afin de mélanger au mieux les deux sans que l'un vole la vedette à l'autre.

Maintenant que tu as terminé ton cycle, tu t'es engagée sur le chemin de l'édition. Comment as-tu ciblé les maisons d'éditions auxquelles tu as envoyé ton roman ?
La question piège. J'avoue être un peu en difficulté sur ce point.
D'une part, parce que la SF n'est pas forcément autant demandée que la fantasy par les maisons. D'autre part parce que j'y ajoute un ton léger qui n'est pas forcément la tasse de thé de tous les éditeurs. En gros, je pars avec un énorme handicap.
Du coup, j'ai pris le Grimoire Galactique des Grenouilles, j'ai coché toutes les maisons qui font de la SF, puis j'ai trié pour voir ceux qu'un peu d'humour pourrait intéresser. Ça ne me fait pas une liste monstrueuse d'envois, mais la légende raconte qu'il suffit d'un seul "oui".

Une dernière petite question pour la route ! En parallèle de tes envois, quels sont tes autres projets en cours ?
Je continue à écrire des nouvelles, inlassablement. J'ai déjà 5 textes à paraître en 2016, ce qui commence à faire une jolie présence dans le monde de la nouvelles je trouve.
Sinon, j'ai participé au NaNoWriMo en Novembre dernier et je devrais bientôt m'atteler aux corrections. Il s'agit d'un pulp, un space-opera, encore un, avec des dinosaures qui parlent et se rebellent contre leurs créateurs. Le personnage principal, jeune femme qui ne faisait que passer par là, se retrouve propulsée au milieu de tout ce bazar et se retrouve porte parole officiel de la cause, rien que ça. Je me suis bien amusée avec, même si j'ai pas mal de gros œuvre qui m'attend pour le faire maigrir dans un format novella plus dynamique.

Merci encore Élodie pour tes réponses et bon courage pour la suite !

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dimanche 4 octobre 2015

Kisasi d'Aurore Perrault : dernière publication de Griffe d'Encre

Couverture de Kisasi, d'Aurore Perrault

Aujourd'hui, nous partons en Afrique, direction Kisasi ! Non, ce n'est pas une ville du Kenya ou une région perdue du Delta de l'Okavango, mais le titre de la novella d'Aurore Perrault alias Chapardeuse. Desienne est allé l'interroger sur la genèse de l'histoire et sur sa publication.

Tout d'abord, Kisasi sort à la fin octobre aux Éditions Griffe d'Encre, donc félicitations ! Comment s'est effectuée la rencontre avec leur équipe ?
Le forum des éditions GE est l'un des premiers sur lequel j'ai osé m'inscrire en 2008, quand j'ai commencé à mettre le pied dans le petit univers de la SFFF française. J'aimais leurs textes alors j'ai proposé à Magali et Menolly de leur donner un coup de main, ce qui m'a permis d'effectuer beaucoup de relectures de textes finalisés et un peu de corrections éditoriales sur l'anthologie Virus. Parallèlement, j'ai participé à presque tous les appels à textes de Griffe d'Encre mais mise à part ma nouvelle dans l'anthologie L'Air, mes textes n'ont pas convaincu... jusqu'à Kisasi.

Peux-tu nous présenter Kisasi, un roman fantastique mais pas seulement... une histoire qui résonne.
Kisasi se déroule en République Démocratique du Congo, plus précisément au Nord-Kivu, où nombre de cas de violences envers les femmes sont encore recensés. Ce roman met en scène deux personnages que tout oppose : Aïssata, Congolaise, ancienne victime qui a choisi la voie de la vengeance, et Charles, un médecin français en mission humanitaire. Tous deux maîtrisent un don qu'ils exploitent pour accomplir ce qu'ils pensent juste, mais qui va aussi les amener à s'affronter.
Comme je l'explique dans les notes d'accompagnement du texte, c'est le visionnage du reportage « Le viol, une arme de guerre au Congo » de Susanne Babila qui a tout déclenché : l'idée de Kisasi et l'envie d'en savoir plus. On trouve facilement de bonnes sources sur ce sujet ; ce qui est décrit dans les rapports m'a fait froid dans le dos et dès lors j'ai ressenti le besoin d'écrire cette histoire.

Kisasi est passé par le cycle en 2012 et comme tu l'as récemment confié : « je me souviens bien de la synthèse, elle piquait un peu ! Mais quel bénéfice pour le texte ! ». Justement, qu'est-ce que ce travail avec les alphas et bêtas lecteurs t'a apporté ?
Kisasi était bien plus court à l'origine, seulement 23 pages et mes alphas m'ont concocté une synthèse critique de… 26 pages ! À la première lecture, on se dit que le texte est bon à jeter. À la seconde, que les remarques sont extrêmement judicieuses. Et après la troisième lecture, on se met au boulot.
Tout en gardant la trame originale, j'ai réécrit presque entièrement le texte, modifié le personnage de Charles et travaillé à distiller les informations sur le contexte géopolitique de façon plus fluide. Le travail de mes bêtas a permis de peaufiner le texte et de clarifier certains passages. Il faut aussi mentionner l'intervention indispensable de mes deux « spécialistes », qui m'ont aidée à donner de la couleur à mon Afrique et du corps à mon dispensaire et son personnel.
Ce travail a été très enrichissant non seulement parce que le roman final a vraiment gagné en qualité, mais aussi parce qu'il m'a permis de mieux appréhender mes défauts d'auteur, ce qui me sert pour les textes que j'écris maintenant.

Pratiquement trois ans ce sont écoulées depuis l'estampille. Il faut s'armer de patience ! Comment as-tu géré l'après estampille, la recherche, les péripéties en tous genre qui émaillent le parcours du roman jusqu'à sa publication ? Et quel conseil donnerais-tu ?
J'ai eu beaucoup de chance : l'annonce de l'estampille de Kisasi est parue dans la lettre partenaires de CoCyclics, et plusieurs éditeurs m'ont demandé le texte. 15 jours plus tard, Griffe d'Encre m'a dit oui. Et je me suis laissée vivre pendant deux ans et demi. ; )
Si j'avais un conseil à donner, ce serait de n'envoyer son texte qu'aux éditeurs avec qui on a envie de collaborer. Comme dans toute relation professionnelle, la confiance est un facteur déterminant pour travailler ensuite dans de bonnes conditions.

Après le oui de l'éditeur, il y eu les corrections éditoriales, comment ça s'est passé chez Griffe d'Encre ?
Connaissant Menolly, je craignais des corrections très pointilleuses, mais il n'y a eu que quelques points de détail. C'est là qu'on apprécie d'avoir bénéficié de regards extérieurs !

Kisasi est une histoire dure, le genre qu'on prend en pleine figure, qui fait réagir. Comment en tant qu'auteure tu vis ce genre d'écriture qui peut être éprouvante sur le plan émotionnel ?
Quand j'écris un roman, j'y pense sans arrêt, je construis les scènes dans ma tête avant de les rédiger. Pour Kisasi, ça a été difficile de baigner en permanence dans cette ambiance, mais l'écriture a été libératrice. De plus, j'ai écrit et corrigé très vite ce texte ; c'est la durée qui devient pesante.
En revanche, même si le roman baigne dans un climat de tension latente, je n'ai volontairement pas fait étalage de scènes violentes gratuites, qui n'auraient rien apporté au texte. J'ai préféré confronter les points de vues de mes deux personnages, qui ne vivent pas cette violence de la même façon.

Appréhendes-tu la réaction des lecteurs ?
Je me doute bien que certains lecteurs ne voudront pas se plonger dans un texte qui aborde un sujet si dur, et c'est légitime. L'illustration comme la quatrième de couverture reflètent bien le contenu du texte, les lecteurs les plus sensibles sont prévenus.

Aïssata est le personnage central de l'histoire, une femme émouvante, une victime qui n'est pas "angélisée" et capable à son tour de cruauté. Comment as-tu caractérisé ce personnage ?
J'ai voulu faire d'Aïssata une femme implacable. C'est une victime dont la vie a été brisée, et qui a trouvé un objectif dans la vengeance. Elle garde toujours des stigmates qu'elle dissimule derrière sa colère et sa haine envers ses bourreaux. Je l'ai voulue complexe, sur le fil : on ressent de la compassion pour elle, mais on peut désapprouver ses méthodes ou sa vision des choses.

À l'opposé d'Aïssata, Charles possède un pouvoir bien particulier, celui d'effacer la douleur. Les pouvoirs, les dons, la sorcellerie sont au coeur du folklore africain, et finalement, ne seraient-ce pas des malédictions pour ces habitants ?
Je pense que tout dépend de la manière dont on utilise ces pouvoirs et de l'éthique qu'on y place. Dans Kisasi, j'ai choisi de ne pas prendre parti pour l'un ou l'autre de mes personnages, chacun s'identifiera à celui dont la vision est plus proche de la sienne.

L'humanitaire est un autre thème important du roman, est-ce que tu as été inspiré par les fameux "French Doctors" ? Est-ce que tu t'es documentée ?
Non, pas du tout, je suis partie d'une vision purement africaine et je me suis plutôt inspirée du fondateur de l'hôpital de Panzi, le docteur Denis Mukwege (qui apparaît d'ailleurs dans l'histoire). Pour créer le dispensaire, j'ai demandé de l'aide à une amie médecin qui est partie plusieurs fois en mission humanitaire.

La choix d'une couverture fait partie des joies d'un auteur, comment est-ce que tu as travaillé avec l'éditeur sur ce sujet ? Et qu'as-tu ressenti au moment de découvrir les épreuves ?
J'avais une idée de couverture en tête mais Zariel a jugé que c'était trop « parlant » pour une novella. J'ai vraiment été emballée par sa proposition, qui est très proche de la version finale. Je trouve qu'elle illustre parfaitement le personnage d'Aïssata et la férocité qui l'habite.

Et pour finir, quels sont tes projets à venir ?
J'ai envoyé il y a peu à plusieurs éditeurs un roman dont les héros sont trois jeunes gens et seize chiens de traîneaux. Croisez les doigts pour moi !
En ce moment j'écris une novella de science-fiction dont l'héroïne est paraplégique. Et il reste quelques idées en train de mûrir dans ma besace, dont un projet d'écriture à quatre mains avec une amie. Pas d'angoisse de la page blanche en vue !

Merci d'avoir répondu à nos questions et nous te souhaitons le meilleur pour Kisasi.
Merci à vous !


Liens :

lundi 21 septembre 2015

Interview de 2 serial bêta-lectrices !

L'été est fini, la rentrée est passée... Il est temps pour le blog de retrousser les manches et de vous parler boulot... Parce que ça ne chôme pas dans le forum, oh non ! Et aujourd'hui, nous allons regarder du côté des cycles.
Les cycles sont au cœur du travail que réalisent les grenouilles sur CoCyclics. Ils sont le seul outil qui permette sur le forum de travailler un roman entier. Pour un petit rappel, le cycle se décompose en quatre phases :
  • La phase I, aussi appelée alpha, où deux bêta-lecteurs lisent le roman et rendent à l'auteur une synthèse concertée sur les principaux problèmes de fond et de forme.
  • La phase II, où l'auteur, après avoir établi un plan de correction suite aux retours des alphas, applique ces corrections.
  • La phase III, aussi appelée bêta, où deux (voir trois) bêta-lecteurs lisent le roman corrigé, cette fois sans se concerter. Leurs bêta-lectures vont beaucoup plus dans le détail et sont donc portées dans le cœur même du texte (comme ce qui se fait dans les papyrus). Il s'agit plus d'une phase de peaufinage du roman.
  • La phase IV, où l'auteur effectue une nouvelle correction de son roman suite aux remarques reçues en phase III.

Dans nos articles Tintamar(r)e, nous avons souvent interviewé des auteurs passés par le cycle. Mais jusqu'à présent, nous n'avions jamais mis en avant les autres acteurs essentiels de ce travail : les bêta-lecteurs bien sûr. C'est un oubli que nous avons voulu réparer à travers cette double interview. Et nous ne sommes pas allés interviewer n'importe quelles grenouilles, mais de véritables serial bêta-lectrices de cycles !
Jugez plutôt :
  • Booz a réalisé deux alphas (phase I du cycle) et quatre bêtas (phase III du cycle)
  • Blackwatch bat tous les records de la Mare avec pas moins de cinq alphas et quatre bêtas !
Sytra est allée leur poser quelques questions pour mieux comprendre leur amour des cycles…


Vous êtes de véritables serial bêta-lectrices de cycles ! Pourquoi avoir participé si souvent à des cycles ?

Blackwatch : Parce que les auteurs sont doués pour me donner envie de travailler avec eux et de découvrir leurs textes ? :D Plus sérieusement, outre le fait que je ne peux jamais résister à une lecture qui m'intrigue et me titille les neurones, il y a aussi la volonté de pouvoir apporter son humble contribution dans un cycle de travail et de soutenir l'auteur dans le cycle – surtout si on est déjà passé par là !
Le cycle offre un encadrement que je n'ai pas retrouvé ailleurs. Je pense que pour l'auteur, ça offre un filet de sécurité, dans le sens où il ne se trouvera pas en plan avec des BL et qu'il sait qu'il peut aussi s'adresser aux permanents, par exemple si des difficultés surgissent. Même chose pour les BL – on sait que ce n'est pas facile de devoir formuler des commentaires, parfois durs, et ménager la sensibilité de l'auteur d'un autre côté.
J'ai continué à faire beaucoup de cycles, d'une part parce que les auteurs CoCy offrent des projets diablement tentants, et d'autre part, parce que je tiens aussi à garder une certaine collaboration avec ce forum qui a vu mes débuts en tant qu'auteur & BL. Bien sûr, cette collaboration est plus réduite qu'auparavant, mais retourner à la mare de temps en temps est indispensable.

Booz : Depuis mon inscription sur le forum, j'ai toujours trouvé très intéressant de bêta-lire des textes. Très vite les nouvelles se sont imposées comme mon genre de prédilection mais, par curiosité, j'ai voulu découvrir ce qu'il y avait "après", c'est à dire dans les strates plus profondes de la mare. Je suis devenue bêta-lectrice parce que je voulais voir ce que ça faisait de bêta-lire des romans. Depuis, je continue de laisser ma curiosité m'emporter (malheureusement pas assez souvent à mon goût, faute de temps), c'est pour cela que j'ai participé à tant de cycles, j'ai envie de découvrir de nouvelles plumes, de nouveaux univers, de nouveaux personnages.


Avez-vous repéré dès leur soumission en cycle les romans sur lesquels vous avez été bêta-lectrices ? Ou bien est-ce en suivant les phases I et II, ou en lisant la présentation de l'auteur au début de la phase III, que vous avez décidé de vous proposer comme bêta-lectrices ?

Booz : J'ai un peu honte de l'avouer mais, en dehors des romans sur lesquels je travaille, je suis de loin les différentes phases du cycle des autres textes. De ce fait, ma décision est prise très souvent dès la soumission. Ceci dit, je trouve ce moment plus propice à la réflexion puisque nous possédons, en dehors des extraits du roman, un synopsis et les intentions de l'auteur qui me permettent très rapidement de savoir si je suis prête à travailler sur ce texte avec cet auteur. Avec ma mémoire de poisson rouge, j'ai tendance à oublier les intrigues des anciennes soumissions, les motivations des auteurs, etc. Cependant, pour les phases III (la bêta-lecture détaillée des romans), je regarde toujours le déroulement des phases I et II. Plus que l'histoire générale, c'est la manière d'être et de travailler d'un auteur qui me convainc à postuler pour son cycle.

Blacky : Les deux, je dirais. J'ai guetté certains dès le début, quand pour une raison ou une autre, je n'étais pas dispo pour l'alpha. D'autres, je les ai découverts au fil des forums de travail et j'ai – impatiemment – attendu qu'ils progressent jusqu'en phase III.


Est-ce que vous avez l'impression que le travail sur chaque roman, en cycle, est assez similaire, ou bien est-ce que c'est toujours différent d'un roman à l'autre ?

Blacky : Oh, c'est chaque fois une aventure différente, de par le roman d'abord, et aussi au contact de l'auteur. Il y a aussi la collaboration, quand on se porte volontaire en alpha, avec les autres lecteurs, et celle, moins rapprochée je dirais, avec les co-bêtas en phase III. Ce qui est important, pour moi, c'est d'être à l'écoute de l'auteur et aussi de pouvoir s'adapter au manuscrit. De commencer la lecture avec un esprit ouvert et constructif. De repérer les besoins, les absences, mais aussi les points forts, ceux qui forgent la patte de l'auteur. C'est pour cette raison que chaque manuscrit représente une aventure en soi.

Booz : Chaque roman, comme chaque auteur, comme chaque bêta-lecteur est unique et je ne pense pas qu'on puisse travailler de manière identique sur chaque cycle que l'on suit. Quelle que soit la phase (I ou III), il faut s'ajuster en fonction du genre du texte, de son rythme, de sa visée. J'ai bêta-lu des textes très contemplatifs, d'autres avec une forte tension dramatique, d'autres encore très centrés sur les personnages et leur évolution. On ne travaille pas sur une romance comme on travaille sur de la fantasy urbaine ou de la SF un peu barrée. Il faut savoir s'adapter au roman.


Travaille-t-on de la même manière avec tous les auteurs ?

Booz : Et comme il faut s'adapter au roman, il faut aussi s'adapter à l'auteur. D'ailleurs, je pense même que ce point est plus important. Certains auteurs ont besoin d'être encouragés, soutenus durant leur travail, d'autres sont de véritables machines et corrigent presque plus vite qu'on ne les bêta-lit, d'autres encore on besoin de beaucoup échanger autour des remarques des BL et certains sont au contraire très taiseux. Et comme j'arrive à m'adapter assez facilement, j'apprécie chaque type d'auteur et me plie à ses exigences. Bien entendu, ce n'est pas toujours facile et quand on travaille aussi en profondeur sur un roman, on en oublie qu'il y a un auteur derrière, qu'il s'agit de son histoire et qu'il faut savoir respecter ses choix, même s'ils ne vous conviennent pas toujours. Avec le temps, j'ai appris à travailler plus en harmonie avec les auteurs et je cherche toujours à comprendre leurs attentes et leurs sentiments sur un texte avant de me lancer dans la bêta.

Blacky : Pas à mon sens. Comme je le disais plus haut, qu'on soit alpha ou bêta, l'important est aussi d'être à l'écoute de l'auteur et de pouvoir être là quand il a une question, quand il a besoin d'être soutenu, quand il doute, etc. Chaque personne est différente et c'est important de pouvoir s'adapter.
Je n'ai pas d'exemples précis sous la main, quand je dis qu'il faut s'adapter aussi à la personne qui a eu le courage de confier son manuscrit, mais ça peut vouloir dire répondre présent quand elle a besoin de dire son découragement, quand la tâche lui semble trop énorme pour qu'elle l'entreprenne comme aussi se mettre en retrait, quand la personne demande par exemple un délai de réflexion.
C'est aussi respecter les choix de l'auteur, quand ce dernier aime les ambiances plus tendres, plus romantiques, ou au contraire, plus réalistes/violentes, etc. C'est quelque chose par exemple à laquelle j'ai dû m'adapter lors de BL.


En phase I (alpha-lecture) et en phase têtard, on travaille en binôme ou en trinôme avec d'autres bêta-lecteurs pour rendre une synthèse à l'auteur. Est-ce qu'on travaille de la même manière avec tous les bêta-lecteurs ?

Blacky : Là non plus, pas à mon sens ! Je pense qu'il faut aussi montrer de la flexibilité, notamment quand on est impliqué dans une phase I ou une têtard. Venir avec ses idées, ses opinions, mais aussi être prêt à en discuter avec les autres. Le plus important, pour l'auteur qui lira la synthèse, c'est d'avoir un document clair, précis et surtout qui puisse lui montrer les lignes directrices du travail à effectuer. Ce n'est pas le stade où vous pouvez argumenter en long et en large sur la coquille de la ligne 35 à la page 70, par exemple.

Booz : Je vais paraître redondante mais chaque personne/roman/cycle/combinaison étant unique, on ne peut pas travailler de la même manière avec tous les bêta-lecteurs. Ma première expérience, sur une alpha justement, a été très importante pour moi car elle m'a donné les clés de l'analyse d'un roman. Il y avait un rapport de maître à élève en quelque sorte entre mon co-alpha et moi. Même si nos impressions avaient la même valeur, il m'a montré comment les organiser, sur quels éléments m'appuyer, etc. Ce fut très enrichissant. Ensuite, il y a les phases où on travaille avec les copains, on est plus à l'aise, on dit les choses directement, on se connaît au point qu'on sait la manière de travailler de l'autre. C'est un vrai bonheur. Et à mon grand regret, n'ayant effectué que deux alphas, je ne peux pas vous parler des autres cas, mais je suis impatiente de m'y frotter.


Comment abordez-vous les phases I en tant que bêta-lectrices ?

Booz : Toujours avec impatience. La curiosité me travaille énormément dès le choix des alphas fait et je trépigne presque en attendant d'avoir le roman. Ensuite, je l'imprime et le relie. Même si j'ai l'habitude de travailler sur l'ordinateur, mes lectures sont toujours plus attentives sur papier (et j'ai une mémoire très axée sur l'écriture manuscrite) et cela me permet aussi de prendre des notes. Selon la taille du texte, je fais une première lecture en diagonale, notant les passages et éléments qui m'ont dérangée. Généralement, c'est à ce moment-là que commencent les échanges avec mon/mes co-alpha. On se met d'accord sur les axes de la synthèse, on compare nos impressions, on note celles qui concordent et celles qui diffèrent, et on commence notre seconde lecture. Celle-ci est plus lente. À chaque chapitre, je note les différents éléments à revoir, détaille mes impressions, mes remarques pour pouvoir échanger avec mon co-alpha. Cela nous permet de construire notre synthèse à l'aide d'exemples précis. Puis, à la fin, je m'interroge sur l'évolution de l'intrigue/des personnages/de la tension et on fignole la synthèse le mieux possible avant de l'envoyer à l'auteur. On pourrait croire que le plus dur est fait mais c'est généralement le moment d'échange qui demande le plus de travail. Que ce soit avec un auteur que je connais bien ou non, il y a toujours une part d'appréhension qui gonfle en moi à ce moment, là où, selon moi, commence réellement la phase I/la têtard.

Blacky : En pratique, je lis d'abord le manuscrit en entier. Personnellement, je prends peu de notes, je préfère laisser reposer quelques jours après avoir fini le roman, histoire de pouvoir réfléchir à certains points qui m'auront interpellée durant la lecture et d'affiner mon ressenti. Ensuite, je dresse une première synthèse – un doc de travail, simplement, rien de bien élaboré – et j'en discute avec les autres alphas.


Même question pour les phases III ?

Blacky : La phase III est totalement différente, aussi bien en termes de travail que de contact avec l'auteur. J'avoue d'ailleurs avoir une préférence pour ce stade du cycle, même s'il représente souvent un travail de titan ! D'abord, parce que le dialogue avec l'auteur s'établit au fur et à mesure de la découverte du manuscrit, ensuite parce qu'on peut aussi discuter avec les bêtas sur leur ressenti, etc.
En pratique, je fonctionne chapitre par chapitre – ou autres sections, selon la structure employée par l'auteur. Je m'assure que ce dernier est d'accord sur la méthode de travail utilisée auparavant. Puis je commente au fur et à mesure de ma lecture. Une fois le chapitre fini, je dresse une rapide synthèse et je renvoie le tout au fur et à mesure à l'auteur. Quand le manuscrit est lu en entier, je dresse une synthèse générale.

Booz : Je l'aborde à peu près de la même manière. Impatience, impression du texte et première lecture sur papier pour avoir une vue globale de l'intrigue. Mais le travail me semble moins intime, moins intense aussi. Même si nous sommes au moins deux bêtas-lecteurs par phase III, nous échangeons rarement en off, travaillant les chapitres de notre côté et discutons des synthèses globales sur le fil du roman. Comme c'est un travail solitaire, il n'est pas rare que les bêtas lecteurs n'aient pas le même rythme, ce qui creuse encore un peu l'opposition entre la phase I et la phase III. Cependant, mon côté ours apprécie énormément de travailler en phase III. Je vais à mon rythme, les échanges sont moins intenses et l'aspect synthétique de l'exercice me correspond bien également.


Avec votre expérience, qu'est-ce qui différencie selon vous le travail de bêta-lecture en cycle et la direction éditoriale ? Y a-t-il des limites que les bêta-lecteurs ne doivent pas franchir ?

Booz : Alors, je n'irai pas jusqu'à dire que c'est le jour et la nuit parce que, sur le fond, le travail est sensiblement le même (relever les incohérences, chercher à améliorer le style du texte, son déroulement, etc.) mais à l'inverse des directions éditoriales, le cycle n'a pas pour vocation de publier un livre donc d'en faire un objet commercial. Bien entendu, je ne dis pas que les éditeurs chercher à formater les textes qu'ils publient mais ils peuvent davantage travailler un texte selon un angle particulier (collection, ligne éditoriale, etc.) et donc modifier certains pans de l'intrigue en fonction de cela. En cycle, il est proscrit de forcer la main à l'auteur pour qu'il modifie son texte selon notre point de vue, nous ne sommes pas là pour ça, nous ne faisons que donner un avis (aussi objectif que possible) et l'auteur peut en tenir compte où non. De plus, la finalité du cycle n'est pas, et n'a jamais été la publication (même si nombreux sont les auteurs qui rentrent en cycle en voulant faire publier leur roman par la suite) ; c'est avant tout l'amélioration du texte mais aussi (et surtout de mon point de vue) l'amélioration de la plume et des techniques de l'auteur. Je vois le cycle comme une étape dans sa construction d'écrivain et non comme un passage clé vers la publication.

Blacky : La direction éditoriale, à mon sens, tient compte d'éléments que nous autres, en tant que bêta/alpha, ne connaissons pas, à savoir la connaissance du marché du livre actuel et la position de la maison d'édition dans celui-ci. La ligne directrice d'un éditeur, ses goûts personnels, son expérience aussi vont entrer en jeu quand il se penchera sur un manuscrit dans le cadre d'une collaboration avec un auteur. C'est à mon sens un travail qui se révèle complètement différent de celui qu'un bêta/alpha peut apporter et tant mieux d'ailleurs, car l'un et l'autre se complètent souvent.


Pour la fin, un petit mot sur votre vision des cycles et ce que toutes ces expériences de bêta-lecture vous ont apporté ?

Blacky : D'abord, des liens humains qui m'ont énormément apporté sur le plan personnel. Le cycle est aussi l'occasion de faire la connaissance de personnes formidables, de resserrer des liens, bref c'est un aspect qui m'a beaucoup touchée et qui continue à le faire.
Ensuite, sur le plan de l'écriture, c'est aussi une expérience déterminante. À force de travailler sur les manuscrits des autres et leurs faiblesses/forces, on parvient mieux à déterminer ce qui ne va pas/ce qui fonctionne dans ses propres histoires !
Finalement – et c'est quelque chose que j'ai eu la chance de vivre à plusieurs reprises – c'est le sentiment de fierté et de satisfaction quand un manuscrit qu'on a lu, relu, annoté, etc. parvient en tant que livre dans les rayons des librairies et qu'on aperçoit l'auteur derrière la table de dédicaces. Juste génial.

Booz : Avant, je pensais être dure lors des soumissions pour les passages en cycles, ne pas accorder assez ma confiance aux auteurs. Avec le temps, je m'aperçois que je n'ai pas vraiment changé parce que travailler sur tous ces romans m'a confirmé à quel point le travail (pour l'auteur d'abord mais aussi pour les bêta-lecteurs) est long et difficile, et pourtant exaltant. En travaillant avec les auteurs sur leurs textes, en les accompagnant tout au long des cycles, en me confrontant à leurs difficultés et interrogations, je m'interroge sur mon propre rapport à l'écriture. Tous les cycles auxquels j'ai participé m'ont aidée à améliorer mes propres textes, à éviter peut-être certains écueils dont je n'avais pas conscience avant de les voir sur les textes des autres. De plus, j'ai aussi appris à prendre du recul sur mes écrits et leur réception. J'ai souvent remarqué que les cycles les plus efficaces concernaient les auteurs qui arrivaient à regarder leur texte avec une plus grande part d'objectivité, prêt à accepter ses lourdeurs, maladresses, incohérences pour le rendre meilleur. Je sais qu'un roman c'est un peu comme un enfant pour certains, mais quand on veut passer en cycle, il faut s'attendre à entendre des critiques, parfois dures, sur cet enfant. Si on n'est pas prêt à les affronter, je pense que c'est faire une erreur que de soumettre son roman.


Un grand merci à Blackwatch et Booz de s'être volontiers prêtées au jeu des questions/réponses pour cette interview !

jeudi 23 juillet 2015

Bilan estival des cycles

Juillet 2015.
La chaleur conduit nombre d'entre nous vers fontaines ou points d'eau. D'autres tentent de résister dans la pénombre de leurs volets clos. Face à leur écran ou tenant fermement un stylo, vingt auteurs et leurs bêta-lecteurs continuent fermement leurs travaux dans les Cycles CoCyclics.


* Dans cette communauté si déterminée, glissons-nous tout d'abord auprès des arrivées du dernier semestre, engagées en Phase 1 du cycle :

  • Alaëlle, avec Forestelle, T.1 Civerte, roman Low Fantasy pour adultes et jeunes adultes :
« Une adolescente disparaît sous les yeux de sa mère alors qu'elle essaye un mystérieux manteau. Entre angoisse et émerveillement, elle découvre le monde de Forestelle et ses cités d'arbres immenses. De son côté, sa mère tente le difficile passage vers le monde secret. Parviendront-elles à se retrouver dans cette forêt hostile ? Et quels sont les véritables desseins de ce meurtrier contrôlant l'esprit des animaux ? »

  • Ayaquina, avec La Croix brisée, roman historique et fantastique jeunesse :
« Sarah, 12 ans, vit au Portugal à la Croix brisée. Un jour, ses amis et elle trouvent l'emplacement d'un vieux cimetière datant de l'époque des découvertes maritimes. A l'entrée, une croix en pierre, fêlée sur toute sa longueur, a été plantée dans le sol. Sarah se demande s'il s'agit de celle qui a donné le nom à leur ville. Une montre à gousset est cachée à l'intérieur et les transporte dans une autre dimension. Nul doute qu'ils vont maintenant exhumer le secret de cette vieille croix. Mais pourront-ils rentrer un jour pour le dévoiler à quelqu'un ? Et si oui, à quel prix ? »

  • Francis Ash, avec Essence d'Asphalte, thriller fantastique destiné à un public adulte :
« Jeff, guitariste et chanteur de Heavy metal, a un don : son esprit peut capter les réminiscences de la route. Parfois ce sont des accidents, dont lui seul peut voir les causes et les conséquences. D'autres fois, c'est le chemin qu'a emprunté Béa, son ex-fiancée qu'il a toujours voulu retrouver. Mais plus il se rapproche d'elle, plus le sang coule sur l'asphalte. »

  • AxelleC, avec Hybrides, roman Fantasy à partir de 12 ans :
« Lucie a 12 ans et c'est sa seule certitude. Elle se réveille à l'hôpital, privée de souvenirs, de famille et poursuivie par des monstres qu'elle seule peut voir. Zakû, son chacureuil et nouvel ami, la sauve du Faiseur, un adolescent étrange contrôlant les créatures qui la tourmentent. Placée en foyer, Lucie se renferme sur elle-même jusqu'à la rencontre avec une famille d'accueil qui va chambouler son monde. »

  • Ermina, avec 2764 ab urbe condita, uchronie, jeune adulte :
« Et si l'Empire romain n'était pas tombé ? En 2764 après la fondation de Rome, l'Empire est à son apogée, a connu la révolution industrielle et va de l'Amérique à l'Arabie en passant par l'Afrique du Nord. Aureliano, âgé d'à peine dix-neuf ans, succède à sa mère et devient Empereur. Alors que la province de Gothie se révolte, il doit faire face à un complot. Ses ennemis sont peut-être plus proches de lui qu'il ne le croit. »


* Parmi les entrées en cycle depuis le dernier focus estival, nous trouverons également deux auteurs en Phase 2 :

  • Siana, avec In scenario veritas, roman de Medieval Fantasy humoristique pour adolescents et adultes :
« Le jeune magicien Meryn était un personnage de fiction, partant en quête pour combattre un grand mage noir. Enfin, jusqu'à ce qu'il essaie de modifier le scénario à son avantage. C'est vrai, quoi : trop d'incohérences, de clichés, d'anachronismes, de facilités, de deus ex machina… »

« Quand Sabhe et Canopée arrivent à la capitale, il s'agit juste de tuer un noble : une affaire ordinaire quand on est Assassin Qualifié. Mais le noble en question a découvert un complot qu'il projette de contrer. Et il engage Sabhe et Canopée pour l'y aider! Voyant au départ une aubaine, les deux hommes se retrouvent impliqués dans une course pour sauver la couronne, le pays... et la moitié du continent. Dire qu'au départ, Sabhe venait juste donner un petit coup de main. »

Les autres romans en Phase 2 sont respectivement Trameurs, roman Science-Fantasy pour adultes, Europa, roman de Réalisme magique/Anticipation pour adultes, Le fou qui volait la tête en bas, un roman post-apocalyptique fantastique pour adultes, Les devant-devant, une novella Fantasy pour adultes et Valet de Songe, novella fantastique tintée de Fantasy pour adultes.


* Parmi les cycles commencés ces douze derniers mois, n'oublions pas Arya, qui s'active désormais en Phase 3 :
« Pour sauver sa sœur, Yuri traverse en traîneau à chiens 1000 kilomètres de steppes glacées. Mais aussitôt parti, il est pris en chasse par une meute de loups psychiques. Les prédateurs s'infiltrent dans son esprit, et la louve de tête lui souffle alors un terrible secret : elle est son ancienne petite amie. Celle qu'il avait crue morte, un an auparavant. »

Les manuscrits qui l'accompagnent en Phase 3 sont maintenant La Reine, roman fantasy adulte, Le chemin du fou, roman fantasy et L'enfant des lions roman SF à partir de 10 ans.


* Qu'en est-il de la Phase 4, la dernière du cycle ?

Les auteurs de La reine des noctères, roman de Medieval Fantasy pour jeunes adultes, Les baleines célestes, roman Space Opera humoristique tous lecteurs, Cratère - La clef cristalline, roman de Science-Fantasy pour jeunesse (10-12 ans) et Thirion et le lait de dragon, roman Fantasy jeunesse/jeune adulte, ne relâchent pas leurs efforts.


Fantasy, Space opera, Uchronie, Fantastique pour jeunesse, jeunes adultes ou adultes... Voilà vingt auteurs dont les manuscrits, soigneusement travaillés, promettent beaucoup de plaisir à leurs futurs lecteurs !


Merci à Conteuse et à l'équipe de modération des Cycles pour cet article !

lundi 2 février 2015

Creep Show de Célia Deiana

Après la fin de son cycle et avoir obtenu l'estampille CoCyclics, Célia Deiana a accepté de répondre aux questions concoctées par Booz pour Tintama(r)re.



Bonjour Célia et merci d'avoir pris le temps de répondre à ces quelques questions.
Tout d'abord, peux-tu nous présenter ta novella Creep Show en quelques phrases ?

Bonjour !
Creep Show est parti d'un exercice de style. C'est un peu comme si je m'étais levée un matin en me disant : « Tiens, je vais écrire un film d'horreur ». Je garde le mot « film » parce que c'est vraiment une source première d'inspiration ; je suis fan des maisons à recoins et un peu bizarres. Alors j'ai pris un panel d'étudiants, accompagnés de trois enseignants ; je leur ai offert un week-end de détente organisé par leur club de cinéma ; et j'ai attendu que la maison les détruise peu à peu. Sous l'influence de la maison et de son propriétaire, chacun voit ses névroses se démultiplier. Des angoisses, des peurs et des remords ressurgissent. Un de mes personnages par exemple est une ancienne dépressive qui a déjà fait des tentatives de suicide aux médicaments, et elle va passer ces deux jours à goinfrer ses camarades de calmants et de somnifères ! Mais mon héros, David, est différent : il est condamné par le Sida et il n'a rien à perdre. Sa tête est déjà un cimetière donc la maison a moins d'emprise sur lui.



Je me souviens effectivement de David qui m'a toujours paru touchant. Le lien entre la maison et lui semble particulier, peux-tu nous en dire plus sur lui et les raisons de sa présence ?

David était « le » point casse-gueule du récit. On dit toujours qu'il ne faut pas trop dramatiser la situation des héros, mais lui n'est vraiment pas gâté. Il s'est fait virer de chez lui après son coming-out, est monté sur Paris, a été infecté par le virus du sida, a fini dans un centre d'accueil... Une amie l'a sauvé, fait remonter la pente, il a pu reprendre ses études. Au début de Creep Show, il vient de larguer son copain du moment et apprend que le virus est passé en phase active. David s'est construit sur les reproches, les non-dits et les prévisions dramatiques que son père lui a envoyées à la figure quand il est parti. C'est un garçon qui pense à la mort constamment, qui cherche l'affection partout où il peut, qui paraît faible mais qui tire de sa détresse (et de son entêtement violent) une très grande force.


Effectivement, tu n'y es pas allée de main morte sur l'aspect dramatique de ton héros. Maintenant, tournons-nous vers le début de la rédaction : une maison hantée, une atmosphère oppressante, des personnages aux multiples secrets, comment s'est passée la phase d'écriture et pourquoi avoir choisi de faire passer le roman par le cycle ?

La phase d'écriture a été très rapide. Au départ, Creep Show était une novella d'une quarantaine de pages, avec une tension et une action très concentrées. C'était un peu le défi de rester sur un seul lieu, un seul personnage et un temps limité, mais en deux semaines l'histoire était bouclée. J'aurai ensuite pu demander une correction à une de mes lectrices habituelles. Cependant, j'avais non seulement envie de proposer mon texte à des yeux neufs, mais aussi de bénéficier d'un cadre solide pour mes corrections. J'ai horreur de reprendre un texte et avec le système du cycle, j'ai bien été obligée d'y passer ! Ça a été une bonne expérience pour moi et une chance pour le texte.
À la fin, la novella s'est étoffée, j'ai privilégié un point de vue multiple, histoire de préserver un peu le cœur des lecteurs. Visiblement, la tension resserrée l'était vraiment et il y avait trop peu de respirations dans la première version. Il y en a davantage maintenant, mais je crois que la maison a gardé toute sa bizarrerie et que les futurs lecteurs en auront encore pour leurs... battements de cœur.


Tu as donc dû faire un grand nombre de remaniements. Qu'est-ce qui a été le plus difficile à modifier ?

J'ai rajouté deux points de vue à mon récit : celui de l'amie de David et celui d'un des enseignants. Et autant j'ai l'habitude des personnages tels que David ou Virginie, autant celui de l'adulte plus âgé et mûr a été beaucoup plus compliqué. Et puis il a fallu récrire certaines scènes selon un point de vue différent, dans un récit où les névroses personnelles de chacun prennent souvent le pas sur la réalité. Ce n'était pas facile mais avec un bon tableau Excel dans lequel j'ai pu diviser toutes mes scènes et mes points de vue, j'y suis arrivée.


Tu dis avoir voulu écrire un « film d'horreur ». J'imagine que tu t'es inspirée de certains d’entre eux pour imaginer ce récit. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ces sources d'inspiration ?

C'est bizarre parce que les deux films auxquels je pense tout de suite ne sont pas des films d'horreur. L'un, pour l'ambiance, est Ceux qui m'aiment prendront le train, du grand Patrice Chéreau. À l'occasion d'un enterrement, tout un groupe de personnes se retrouve dans une vieille et grande maison familiale. Personne ne dort vraiment et on passe d'une pièce à l'autre, d'une discussion à l'autre, avec des tensions, des moments de calme... Un autre film est 13 Tzameti, un film tourné en noir et blanc où un jeune travailleur migrant se retrouve dans une maison au fin fond de tout, où des gens parient... sur des jeux de roulette russe. Chaque parieur choisit un joueur et le jeune homme se retrouve avec un canon de revolver sur la tempe, alors que lui-même tend un pistolet sur le crâne d'un autre joueur. Il y a une ambiance très spéciale dans ce film plein de tension, que je ne saurai que conseiller à tout le monde. Sinon d'autres films plus classiques m'ont permis de modeler Creep Show, mais moins peut-être. Je reste une fan de films de genre, même si j'en regarde moins aujourd'hui, comme Hostel II, The Grudge, Poltergeist ou Saw (les deux premiers, j'ai trouvé le troisième répétitif et je n'ai pas vu les autres). Mais la plupart des films de maison hantée jouent plus sur la souffrance physique. Ce sont souvent des films de fantômes ou alors des films où le mal est orchestré par un grand manipulateur. Je pense que Creep Show est plus viscéral que ça, peut-être à la manière de Shining (mais sans le talent du King ou de Kubrick, puisque j'aime les deux versions). Bon après, les amateurs verront dans deux éléments « enfantins » de Creep Show une allusion tout à fait assumée à la cinématographie japonaise, notamment Black Water.


Et maintenant que Creep Show vole à la recherche d'éditeurs, sur quels autres projets travailles-tu ?

Alors en ce qui concerne les projets, survivre à un hiver particulièrement froid serait déjà bien ! En plus de l'écriture je suis membre active d'Amnesty International et cela me prend beaucoup de temps. Mais pour rester dans le domaine de la fiction j'ai quatre petits projets en cours, notamment une trilogie de fantasy urbaine très éloignée des romances paranormales qui sont devenues presque synonymes du genre. Ça parle de filiation, de meutes et d'extrême droite... Tout un programme ! J'aimerais aussi tenter quelques textes en jeunesse et YA (Young Adult). J'ai un manuscrit en cours de soumission avec un héros transgenre qui bute du dragon mais je pense le reprendre entièrement après quelques retours d'éditeurs. Et puis je pense aussi m'intéresser aux Amazones. Je crois que j'ai un gros faible pour les héros "de genre" pour reprendre ce mot si incompris et si brocardé par quelques extrémistes de mauvais augure (oups, je ne lâche pas mes motivations politiques aussi facilement).


Liens :

lundi 26 janvier 2015

Bilan des cycles : cuvée 2014 !

Janvier, pour les cycles CoCyclics également, période des bilans et des bonnes résolutions !

Quand on travaille toute l'année sur des textes, relever la tête et prendre un peu de recul peut s'avérer très instructif : que s'est-il donc passé pour les cycles CoCyclics cette année ?

Vous connaissez le principe des cycles de notre petite communauté SFFF ; huit ans déjà que les bêtas-lecteurs décortiquent et synthétisent leurs ressentis de lecture pour que, guidés par ces analyses, les auteurs améliorent leurs manuscrits.

Quels efforts, quelle persévérance, pendant ces années !


L'année 2014 a été particulièrement riche en collaborations, puisque 10 nouveaux auteurs ont franchi le cap de l'entrée en cycle : avec les 7 déjà engagés en début d'année, voilà plus de 17 équipes qui se sont penchées, au fil des semaines et des mois, sur le fond et la forme des écrits à travailler.

Leur travail est très souvent couronné de succès qui font plaisir à partager : 3 cycles ont obtenu leur estampille cette année : Les dividendes de l'apocalypse de Desienne, Or et Nuit de Mathieu Rivero (bientôt chez vos libraires !), et au dernier trimestre, Creep Show de Celia, qui témoignera très bientôt sur ce blog.

Quels sont les thèmes abordés par les cycles en cours ? Tous les domaines de SFFF et leurs lectorats sont représentés. Voyez plutôt :
  • Science-fiction :
    • L'enfant des lions de Colcoriane, pour 10 ans et +
  • Anticipation/réalisme magique :
    • Europa de Nankin, pour adultes
  • Science fantasy :
    • Trameurs de Lilie ;
    • Cratère, La clef cristalline de Fred, pour 10-12 ans
  • Fantasy :
    • Les loups chantants d'Arya, pour jeunes lecteurs ;
    • La Reine d'Iluinar, pour jeunes adultes et adultes ;
    • D'une affaire ordinaire... de Cyberlune, pour jeunes adultes et adultes ;
    • La reine des noctères d'Amonis, pour jeunes adultes ;
    • Les devantdevant de Pingu, pour adultes voire plus jeunes
  • Fantasy contemporaine :
    • Le chemin du fou de Calirose, pour adolescents et jeunes adultes
  • Light fantasy :
    • In scenario veritas de Siana, pour jeunes adultes et adultes
  • Fantastique-fantasy :
    • Valet de Songe de Nariel Limbaear, pour adultes
  • Fantastique post-apocalyptique :
    • Le fou qui volait la tête en bas de LHomme au chapeau, pour adultes
  • Space Opera humoristique :
    • Les baleines célestes de Vestrit.

2014, année record pour les entrées en cycle, mais également 2014 année très favorable pour les publications d'ouvrages estampillés CoCyclics : 6 ouvrages ont trouvé cette année le chemin de leurs premiers lecteurs. Nous leur souhaitons tout le succès possible !
Quel dommage que la fermeture des Éditions Asgard ne nous ait pas permis d'ajouter Kaefra et Les Reflets d'Earanë à cette liste : mais ce n'est surement que partie remise pour mieux rebondir.

Par ordre de publication, champagne pour :

http://www.bragelonne.fr/livres/View/seuls
http://www.gulfstream.fr/livre-237-les-outrepasseurs.html
http://www.harlequin-hqn.fr/ouvrage/marys-blues
http://www.editions-armada.com/La-couleur-de-l-aube.html
http://editionsduchatnoir.com/shop/fr/40-la-nuit-des-coeurs-froids.html
http://www.ptitgolem.com/?p=655

Tous nos souhaits également aux autres estampillés actuellement en recherche de publication. Une démarche qui, d'après les données ci-dessus, dure souvent plus d'un an...

Toutefois, voici un dernier chiffre, pour commencer 2015 avec un moral d'acier : si l'on prend en compte les 28 cycles CoCyclics estampillés avant mi-2013, on compte 19 publications effectives ou annoncées ! Agréable à savoir, non ?

Souhaitons donc de beaux manuscrits à tous les auteurs, de beaux succès à ceux qui recherchent un éditeur, et beaucoup de plaisir à chaque lecteur !

Un grand merci à l'équipe de modération des cycles pour cet article !

jeudi 31 juillet 2014

Bilan d'été des cycles

Connaissez-vous l’activité de CoCyclics qui consiste à aider les auteurs débutants ? (Non ? Tout est expliqué ici : Les cycles CoCyclics)

Ce premier semestre 2014 a été particulièrement riche pour les entrées en cycle, que ce soit en fantasy, en fantastique ou en science-fiction : sept nouveaux auteurs plein d'idées sont entrés en phase I du cycle. Jugez-en par vous-même :
  • Lilie, avec Trameurs, roman de science-fantasy, pour adultes : « Victime de déchirements temporels, le monde d'Erra se meurt. Une compagnie de mercenaires est mandatée afin d'en comprendre la raison. Une étoffe rouge sang abandonnée par une étrangère les conduira bien loin de leurs légendes, au cœur d'un univers en conflit, où hommes et machines luttent pour le contrôle des temps. »
  • Calirose, avec Le chemin du fou, roman fantasy, pour un public adolescent à jeunes adultes : « Pendant des années, la marraine de Prune lui a conté en secret les merveilles de l'Outre-Temps, tout un pan de l'univers que nous, humains, avons oublié. Tout bascule le jour où l'adolescente devient la proie d'un ogre qui la traque à travers les mondes. Mais elle doit bientôt faire face à un danger plus grand encore : une Saison a disparu du Grand Cycle et l'Outre-Temps tout entier menace de s'effondrer. »
  • Iluinar, avec La reine, roman fantasy adulte : « Antamin est la fille du roi Nûrba mais, depuis sa naissance, sa mère a fait croire à tous que c'est un garçon. Dans ce pays où seuls les hommes peuvent régner, Antamin se prépare à succéder à son père. »
  • Nariel Limbaear, avec Valet de Songe, novella fantastique avec une touche de fantasy, pour lectorat adulte : « Quand Lyra devient Valet, elle est appelée à défendre les Tisseurs de Rêves contre leurs pires ennemis, les Forgerons des Cauchemars, qui menacent l'équilibre des dormeurs. Cependant, elle devra sacrifier plus que quelques songeries pour sauver celle qu'elle aime de la folie. »
  • LHomme au Chapeau, avec Le fou qui volait la tête en bas, roman post-apocalyptique fantastique, lectorat adulte : « Au plus fort d'une guerre mondiale qui oppose humains et vampires, une troisième force, les fous, contraint les belligérants à s'allier et à se réfugier dans des villes souterraines. Vingt ans plus tard, Fab, un homme de 57 ans et Rachel, jeune vampire qu'il aime et craint à la fois, risquent leur vie pour retrouver l'Unique, mystérieux personnage qui, au dire d'un parchemin millénaire, serait la clé pour vaincre les fous. Mais les causes profondes de la guerre, la raison de l'apparition des fous et les fantômes du passé sont autant d'obstacles dans leur recherche. »
  • Colcoriane, avec L'enfant des lions, roman SF à partir de 10 ans : « Marco, presque onze ans, rêve de rejoindre ses parents dans la résistance contre le Bien-Aimé Président. Dans l'espoir de trouver de mystérieux laboratoires secrets, il part à l'aventure, suivi par sa petite sœur Fany. Mais la savane béninoise leur réserve bien des surprises. Les deux enfants se font capturer par une famille de lions atteints d'une étrange maladie : ils sont doués de la parole, et décidés à ne pas laisser partir leurs jeunes prisonniers tant qu'ils n'auront pas trouvé un moyen de les guérir. Pas sûr que les gros yeux de Fany suffisent à les sortir d'affaire... »
  • Nankin, avec Europa, roman de réalisme magique/anticipation, pour adultes : « En ce début de XXIe siècle, les gouvernements du monde entier partagent l'exercice du pouvoir avec la personnification sous forme humaine de leur pays. Le jour du passage à l'an 2013, le meurtre de l'Islande entraîne le décès de toute sa population. Réunies d'urgence à Bruxelles, les allégories européennes tentent de trouver une explication à cette situation inédite. L'Angleterre qui enquête sur l'affaire reçoit un mail lui apprenant qu'Édimbourg a été kidnappée. Si Londres ne veut pas que l'Écosse finisse comme l'Islande, il va devoir suivre les instructions de l'assassin, quitte à devenir l'instrument d'un coup d'État européen. »

Ces nouveaux auteurs, comme leurs bêtas-lecteurs, ne chôment pas. Calirose, Nariel Limbaear et Colcoriane ont déjà terminé leur première phase de cycle. Ils sont désormais en pleine réflexion de phase II, comme le sont également :
  • Pingu, avec Les devant-devant, roman fantasy, pour adultes (éventuellement jeunes et peut-être même vieux) : « Forcée de quitter sa ville natale suite à un complot comprenant de fausses accusations, une jeune fille affronte la mort, le monde et le mercantilisme. »
  • vestrit, avec Les baleines célestes, space opera humoristique, tous lecteurs : « À trop vouloir bien faire, on commet des bévues, par exemple laisser filer une baleine céleste, créature destructrice s'il en est. Alexandra Levisky et son équipage se jettent dans le sillage de la fuyarde. Pour l'empêcher d'atteindre le cœur historique de la galaxie, une seule solution : titiller sa corde sensible. »
  • Fred, avec Cratère, roman de science fantasy, jeunesse (10-12 ans) : « Sur Terre, il paraît que les garçons naissent dans des choux, les filles dans des roses et les cigognes effectuent la livraison à domicile. Sur Cratère, ce sont les Cristalliseurs qui déposent des enfants en sel ou en sucre au Nombril. Or, depuis cinq années, les Cristalliseurs passent sans laisser de bébés. Astérie, Fleur de Sel et Marin désespèrent de devenir parents et décident de percer à jour ce mystère. Les trois Cytossalés veulent ouvrir la porte de l'Au-Delà pour rencontrer leurs créateurs, mais encore faut-il avoir la clef, gardée jalousement par la reine Pêche la Futée. Les voilà ainsi en terre interdite aux Cytossalés, celle du peuple cytossucré... »

Amonis, lui, vient tout juste d'entrer en phase III, avec La reine des noctères, roman de medieval fantasy, pour jeunes adultes : « Après un sommeil de quatorze siècles, les insectes démoniaques de la Reine des Noctères déferlent de nouveau sur les royaumes de Pérismer, et aucune armée ne semble capable de les arrêter. Pourtant, le peuple a en sa possession de précieux atouts : par la volonté divine, cinq adolescents élevés dans le secret d'un monastère sont destinés à affronter ce fléau à l'âge adulte. Malheureusement, même un dieu peut être surpris par la rapidité de ses ennemis, et face aux légions de Noctères, les chances de survie de ces enfants prodiges paraissent bien minces. Emportés dans la tourmente, parviendront-ils à vaincre ce redoutable adversaire qui les considère déjà comme sa plus grande menace ? »

Quant à Isa S, avec Thirion et le lait de dragon, et Celia, avec Creep Show, elles ont bien engagé leur phase IV, la dernière du cycle. Verrons-nous bientôt Tintamare leur consacrer un article à l'occasion de leur estampille ?
En attendant, vous pouvez faire plus ample connaissance avec elles et leurs écrits en suivant ces liens : Isa S et Celia.

Dernière nouvelle au moment où nous publions : Cyberlune, avec son roman D'une affaire ordinaire..., rejoint les romans en travail. Cette première entrée du second semestre 2014 porte à pas moins de 14 les romans et novellas qui mobilisent auteurs et bêtas lecteurs en cycle.

Souhaitons-leur à tous un travail fructueux, et puissent-ils tous bientôt rejoindre les 32 romans déjà estampillés après un cycle CoCyclics !

lundi 5 mai 2014

Or et Nuit, de Mathieu Rivero

Son cycle tout juste terminé, Mathieu Rivero a accepté de répondre aux questions de l'équipe de Tintamar(r)e.

Bonjour Mathieu,

Tout d'abord, peux-tu nous présenter ton roman, Or et Nuit en quelques mots ?

Hello ! Il s'agit d'un roman de fantasy pour adultes. Il se déroule dans un Orient fictif où un jeune sultan à la dynastie maudite lutte pour conserver un héritage ancestral : son sang. Dans son corps coule une magie qui attise la convoitise des djinns autant que celle des hommes. Pris entre complots et guerres, le sultan rencontre la reine Shéhérazade, qui l'accompagne dans son épopée tragique et narre l'histoire.

Tu as donc décidé de nous plonger dans un univers oriental, pourquoi un tel choix pour cette histoire ?

J'aime beaucoup les chevaliers, les extraterrestres et les vampires, mais certains font ça beaucoup mieux que moi ! Pour expliquer ce choix, il faut sans doute que j'explique la genèse du projet : au départ, ce qui m'intéressait, c'était la position centrale du sultan. Pour tout le monde, l'herbe est plus verte chez lui.

Et puis inventer un monde de toutes pièces ne m'intéressait pas tant que ça, j'ai préféré réutiliser un folklore existant. De fil en aiguille, je suis arrivé à l'Orient avec Azi Dahaka alias Zahhak, alias le sultan-dragon (merci wikipédia !). Donc, en premier, c'est ce folklore perse. Le reste a suivi : on a pas mal de références à l'Inde et même au Népal avec les rakshasas (des esprits malveillants qui perturbent la méditation des moines et que l'on repousse avec de l'encens !). Je pense que l'agglomération des mythes signifie quelque chose. S'ils traversent les âges et se communiquent si bien, c'est que l'on y retrouve quelque chose d'universel.

Avec Shéhérazade en conteuse, pas trop peur d'une confusion du public avec une réécriture des Mille et une Nuits ?

Ah, cette bonne vieille Shéhérazade, elle n'aura pas fini de faire couler l'encre ! Rajouter Shéhérazade a été un choix de réécriture. Elle s'est imposée, une après-midi terne, alors que j'étais sur un des escalators infinis de Châtelet (oui, le métro parisien a su éveiller ma créativité). La révélation a été immédiatement adoptée : c'était si stupide de ne pas y avoir pensé avant, alors que c'était si logique ! Shéhérazade n'a pas arrêté de prendre de l'importance, pour, au final, atteindre un statut de protagoniste, au même titre que le sultan ! En tout cas, non, pas de crainte de ce côté. Le lecteur connaît en général l'histoire cadre des Mille et une Nuits, et le roman se charge de lui rappeler que ce pan d'histoire est déjà passé.

Tu avais travaillé ce roman dans le cadre d'une Tétard avant le cycle, ce qui en cumulé donne une longue période de travail pour cette histoire, quel effet cela fait-il d'avoir terminé ?

Or et Nuit m'a habité – voire hanté – pendant trois ans et demi. Mais en fait, cela fait longtemps que je pense à autre chose, donc, une fois l'euphorie et la sensation de vide passées, tout est revenu à la normale : mes blagues débiles, ma philosophie du fromage et mes histoires farfelues sont revenues !

Toi qui as tout testé, quelle a été la phase la plus dure en terme de retravail ?

Il n'y a pas d'autre endroit où je peux le dire : mes relecteurs, je vous adore !
Indéniablement la phase IV. La têtard est une route longue, un peu solitaire, mais c'est comme un deuxième jet, on crée, on élabore. Pareil pour la phase II. Après la têtard, je m'étais juré de ne pas trop réécrire... et c'est plus d'un tiers du roman qui a été remanié de fond en comble, fin incluse !

La phase IV est un retravail minutieux sur chaque recoin de phrase ou obscurité du décor. Et sur un manuscrit revu plusieurs fois, ce n'était pas facile ! Dur de se confronter aux vieux défauts que l'on croyait éradiqués, dur de se souvenir pourquoi on a eu telle idée ou si tel point est cohérent. Et puis on relit le travail fini, et on se dit qu'on a fait de sacrés progrès.

Et maintenant, quelle est la prochaine étape ? D'autres projets sous le coude ?

D'abord, j'envoie mon manuscrit dans une e-bouteille pour que plein d'éditeurs le lisent.

J'ai quelques corrections à faire pour un roman de cyberpunk à paraître chez un éditeur numérique puis en papier chez un autre, dans le courant de l'automne. Il parlera de prothèses, d'Internet illimité dans votre cerveau et de pop-stars cyborgs...
N'oublions pas les nouvelles ! En écrire quelques-unes, en corriger aussi.

Et puis bientôt, j'entamerai une nouvelle aventure en terre hostile, un nouveau roman. Sûrement un truc onirique un peu fou, avec des étudiants fauchés qui se téléportent dans les Bermudes pour empêcher des vilaines fées de manger les paquebots. Ça devrait envoyer du lourd. !

Merci beaucoup pour tes réponses.
Merci pour les questions !

lundi 14 avril 2014

Les dividendes de l'Apocalypse, de Stéphane Desienne

Dans le cadre de la fin de son cycle, Stéphane Desienne a accepté de répondre à quelques questions de l’équipe, questions créées grâce au soutien des alphas et bêtas de ce cycle.

Bonjour Desienne,
Merci d’accepter de répondre à nos questions.
Pour commencer, pourrais-tu te présenter et nous parler de ta série Toxic ?

Je suis auteur de SF, établi sur les bords de la Loire, papa de 2 loulous et aussi des aliens et zombies de Toxic. La série est publiée par Walrus Books et nous venons juste de boucler la saison 1 qui comporte 6 épisodes. Dans la saison 2, de nouvelles épreuves attendent les héros humains. Il y aura toujours autant de zombies pour pimenter les situations, un élargissement du focus sur les aliens et le nébuleux collectif commercial.

Toxic a incubé sur CoCyclics, lors de mon challenge 2012, avant de contaminer les tablettes, les liseuses des lecteurs et lectrices. On doit être vers les 6 000 téléchargements à l'heure actuelle, ce qui est un sympathique succès vu le thème (il faut aimer les zombies, le pulp, les aliens, la SF...) et que je suis un auteur inconnu.
J'en profite d'ailleurs pour remercier ceux et celles qui m'encouragent sur les réseaux sociaux, sur la mare. J'apprécie ce contact direct avec les lecteurs et lectrices.

Pourrais-tu nous présenter ton nouveau roman Les Dividendes de l’Apocalypse en quelques mots ?

Les Dividendes de l'Apocalypse, c'est un coup d'État fomenté pour redonner à l'Église sa place dans l'Histoire. L'ambitieux chef de l'Inquisition décide de faire table rase du passé, et table rase n'est pas qu'une métaphore.

Pour contrer le plan du Grand Inquisiteur, le Secrétaire d'État de la Curie, Joseph Joachim Janssen, n'hésite pas à jeter son ami d'enfance dans la mêlée. Durant vingt-quatre heures, Giuseppe, qui se méfie de celui qu'il appelle J-3, devra sauver le Pape, affronter l'Apocalypse, les Gardes Suisses lancés à ses trousses... et faire équipe avec une mercenaire venue d'un monde extérieur, une infidèle nommée Eryn.

L'action demeure au cœur de l'histoire et alterne entre le point de vue J3 dans les hautes sphères du pouvoir et celui de Giuseppe en fuite avec le Pape.
J'avais imaginé ce récit pour un appel à texte sur l'apocalypse. J'ai rapidement débordé en terme de volume pour me retrouver avec une novella puis, après le cycle, avec un roman.

Ce n'est pas le premier texte où tu abordes des idées de religion en SF. Est-ce un sujet important pour toi ? Pourquoi ?

Ce troisième texte constitue une nouvelle incursion sur ce terrain. J'ai déjà abordé la religion dans Hérésie Minérale, dans la twitter fiction 3000 pieds également.
Le "fait religieux", la croyance, les rites, l'existence d'un ou des dieux et ses volets métaphysiques, philosophiques abondent en Science-Fiction. Curieusement, la religion au sens applicatif (comme peuvent l'être le catholicisme, l'islam, la religion juive, etc.) reste un peu à l'écart. Le futur de l'Église catholique a été relativement peu traité (à part dans Hyperion et Endymion où Dan Simmons transforme l'Église en régime totalitaire et militariste). Je pense que c'est un thème original avec du potentiel narratif.

L'église est une institution qui évolue depuis sa fondation. Elle subit les effets du modernisme, de la mondialisation, de l'évolution des mœurs, de l'exercice du droit, l'érosion de la Foi, etc. Comme toute institution, elle continuera à évoluer en même temps que la société, elle traversera d'autres crises.
La projection de l'Église dans le futur recèle, à mon avis, pas mal d'histoires intéressantes.

J'ai d'ailleurs posé les éléments principaux d'un projet SF qui lui sera entièrement consacrée. Je ne révèle rien du synopsis pour le moment, je peux juste vous dire que l'on va beaucoup s'amuser (et réfléchir un peu aussi).

Pour imaginer le Nouveau Vatican du futur, as-tu écrit une chronologie des événements entre 2014 et le temps du récit ? Si oui, avec quelle précision ?


Le temps du récit se situant à plusieurs siècles de 2014, je n'ai pas défini de chronologie particulière. À la base, je souhaitais réduire le background de manière a laisser la pleine place à l'action. J'ai posé quelques évènements comme l'atomisation de l'ancien Vatican, l'exil sur une planète à l'écart du mercantilisme spatial qui caractérise l'Espace Humain. Je n'avais pas besoin de plus de matériaux pour lancer la course poursuite.

Lors de la phase 1, tes alphas t'ont proposé des bêtas de certains passages ciblés. Est-ce que ça t'a permis de clarifier certaines remarques difficiles à comprendre ? Est-ce que tu le recommanderais pour les futurs cycles ?
Ça m'a beaucoup aidé à mettre le doigt sur des soucis comme le problème des orateurs en train de parler, la surutilisation de "il", la construction de phrases très répétitives, la gestion des informations, le souci de l'empathie pour les personnages...
J'ai demandé à mes alphas s'ils pouvaient m'indiquer les passages incriminés où la concentration de défauts était flagrante. C'est à partir de là que l'idée d'une bêta-lecture d'un passage ou deux s'est imposée. L'idée c'est de sélectionner un ou deux extraits représentatifs, et guidé par les alphas, de définir les problèmes récurrents, ceux qu'on retrouve ailleurs.

L'avantage, c'est de déceler ses défauts plus rapidement et de s'appuyer sur les exemples représentatifs de ses propres "bêtises".
L'inconvénient c'est qu'on aborde déjà un travail de phase 3 et que les détails peuvent détourner l'attention des soucis de fond sur l'articulation de l'histoire.

Au départ de ta bêta-lecture, tu étais très réticent à modifier la taille de ta novella pour la transformer en roman. Regrettes-tu d’avoir fait ce changement de format ? Comment cela s’est-il passé pour toi ?

J'ai mis du temps à réaliser que c'était nécessaire.
J'avais une obsession : l'unité de temps et de lieu. Pour moi, l'histoire se déroulait sur 24 heures, sur Nouveau-Vatican, comme dans la fameuse série 24 ou Jack Bauer avait 24 h pour sauver le président. Ici, Giuseppe a 24 h pour sauver le Pape, le jour de l'Apocalypse (pour faire court). Le parti pris justifiait une mise à l'eau rapide du lecteur, tout de suite trempé dans une action rapide où les évènements et les courses poursuites s'enchainent.

Les bêtas m'ont fait remarquer que la complexité du background (l'Église installée sur un autre monde, le fonctionnement de la théocratie locale, la position acquise par l'Inquisition, le rôle du Pape) conduisait immanquablement à une inflation de la taille du récit afin de rendre l'ensemble plus solide et cohérent.
Ils ont également soulevé la frustration — entre autres — engendrée par la bataille spatiale impliquant l'escadre "Papale" : "trop brève !"

Au départ, j'ai opposé un non catégorique. Les bêtas ont insisté, avec diplomatie, en indiquant des pistes où creuser, en montrant comment le développement de tel aspect amènerait plus de compréhension et d'intérêt. Ils ont fait preuve d'une exceptionnelle patience, le temps que j'absorbe tout cela.

J'ai grincé des dents au départ, parce que je m'imaginais qu'il fallait tout refaire. S’ils insistaient, c'est qu'ils voyaient des choses que je ne voyais pas. Alors, j'ai mis le texte de côté pendant un moment. Avant de revenir dessus, à froid. Et de comprendre ce qu'ils voulaient me dire.

Je ne regrette pas le changement de format, et je pense que le récit a acquis davantage de profondeur ainsi, même si j'ai dû dire au revoir à mes idées fixes.

Tu as laissé passer un long moment entre les retours de tes bêtas-lecteurs et le début de tes corrections, par contre, une fois lancé, tu as terminé très vite. Est-ce une méthode de travail habituel pour toi ?


Ça a déjà été le cas lors de mon premier cycle.
J'imagine qu'il me faut du temps pour absorber l'ensemble des informations apportées par les alphas et bêtas. Le temps d'attente est un moment où je rumine beaucoup. Il faut comprendre les remarques, les digérer, les intégrer sachant qu'elles impliquent le style, l'histoire, les personnages, le background, de nombreux détails... et que le tout se mélange dans ma tête. Cela me demande du temps quand il y a des points de blocage et des doutes.

Tout cela tourne dans mon esprit jusqu'au moment où les pièces s'alignent et qu'un cheminement apparaît : c'est à cet instant que je déroule la correction, très vite d'ailleurs parce que la clarté que je ressens à cet instant ne dure qu'un temps. Ça ressemble à une fenêtre de tir, tout m'apparaît clair comme de l'eau de roche, alors je fonce.

Merci pour ces réponses et longue vie pour « Les Dividendes de l’Apocalypse ». Et encore merci à Lieko, Scipion et Cendrefeu pour leurs suggestions de questions.

Merci également à Mandragore pour la gestion de cet article ! 

Pour plus d'infos :  

Retrouvez l'auteur sur son site : http://www.stephane-desienne.com/
Vous voulez découvrir Toxic ? Voici le lien vers les éditions Walrus : http://www.walrus-books.com/catalogue/toxic/


mercredi 18 décembre 2013

La ville qui ne voulait plus rêver, de Guillaume Dalaudier

Aujourd'hui nous accueillons Guillaume Dalaudier, qui est venu à bout de son cycle cet automne et que nous félicitons chaleureusement. 

Tintamar(r)e : Bonjour Guillaume, pour commencer, peux-tu nous résumer ton roman "la ville qui ne voulait plus rêver" en quelques lignes ?

Guillaume : La ville qui ne voulait plus rêver est un roman de fantasy se déroulant dans un univers proche de notre XVIIIème siècle. En voici le pitch : En deux siècles, la cité-état de Phardarianne s’est imposée comme une puissance mondiale. Dirigée par une ligue de marchands, elle contrôle les échanges entre l’ancien et le nouveau continent. Lorsqu’Einrich Argail, un des principaux notables, décide de lancer des fouilles dans une antique cité indigène, il déclenche une vague de cauchemars parmi les habitants de la ville: tout le monde rêve d’indigènes aux crânes difformes.

Pierre Dazille est un écrivain appartenant à la haute société de Phardarianne. Alors que la majorité des habitants perd le sommeil en tentant de repousser les indigènes, il va seul réussir à communiquer avec ce peuple des rêves. Lui qui se passionne pour les mécanismes de la peur, risque d’en apprendre bien plus que désiré.

T : Cette histoire se déroule sur un nouveau continent exploré et exploité par des colonisateurs. T'es-tu inspiré de l'histoire de la colonisation pour l'écrire ?

G : Oui, j’aime beaucoup cette période, propice à toutes sortes d’aventures. Les bases de l’univers de ce roman sont très proches des débuts de la colonisation de l’Amérique du Nord : plusieurs puissances se disputent un énorme continent aux dimensions inconnues. Les villes et les technologies se développent, permettant de repousser les frontières. Pourtant, la science ne permet pas encore de comprendre tout ce que l’on rencontre, et chaque découverte se mâtine d’explications religieuses ou paranormales. La lisière entre imaginaire et science est floue, il est amusant de jouer avec.
À la différence des premières colonies, Phardarianne n’est pas une ville d’immigrants. Elle a été fondée par des marchands parvenus à obtenir des accords avec la plupart des états du monde connu. Leurs descendants préfèrent contrôler les flux de marchandises plutôt que de se perdre dans un continent hostile. Ils sont plus marins qu’explorateurs, mais une si vaste étendue de terres inconnues va forcément finir par attirer des curieux : )

T : Est-ce qu'écrire un roman de fantaisie contenant peu de magie était important pour toi ? Ou est-ce que ça t'a été imposé par les autres éléments de ton intrigue et de ton monde ?

G : C’était un des premiers axes de l’histoire. Les rêves subis par les habitants devaient présenter un impact fort. Si la population évoluait dans un monde où la magie était courante, ces songes seraient presque considérés de manière anodine. De plus, je voulais une société proche de la notre pour renforcer l’implication du lecteur. Les personnages de cet univers disposent à peu près des mêmes munitions que des gens du XVIIIème siècle de notre monde. La géographie et la politique diffèrent, mais les hommes restent soumis aux mêmes peurs, aux mêmes doutes. Certains habitants n’acceptent jamais de croire aux légendes Wicanuyas, d’autres cèdent tout de suite.

T : Est-ce qu'écrire cette histoire ne t'a pas fait faire trop de cauchemars ? Pourquoi avoir choisi ce moyen pour chambouler la vie de tes personnages ?

G : Initialement, les rêves ne tournaient pas toujours aux cauchemars. Dans le premier jet, les indigènes tentaient de créer un contact avec plus de bonté et de succès. Le problème surgissait à cause du fossé culturel : des incompréhensions issues de gestes initialement aimables. Puis est arrivé le personnage de Pierre avec ses études sur la peur, donnant à l’ensemble un ton plus sombre. Le côté bon des indigènes a commencé à disparaître pour accentuer les cauchemars et les relier à ses travaux. Puis la phase de bêta a presque complètement gommé cet aspect.

T : Quelle partie du cycle as-tu trouvé la plus compliquée, l'alpha ou la bêta ?

G : L’alpha s’est avérée être un grand chantier dans lequel je redistribuais les cartes. Les scènes bougeaient, des liens différents se nouaient, des personnages apparaissaient. Mais elle m’a semblée plus simple que la bêta. Il y avait toujours le filet de sécurité, se dire que si jamais une scène ne raccordait plus correctement avec sa précédente, des bêtas avec un œil neuf ne manqueraient pas de la pointer du doigt. Lors de la phase IV, les choses ont continué à bouger, presque au même rythme, j’ai dû réécrire entièrement des chapitres, mais je n’avais plus de filet et je devais aussi peaufiner le style. L’agencement des scènes était plus complexe que lors de l’alpha, et rajouter ou retirer des passages ressemblait souvent à jouer avec un château de cartes.

T : Comment te sens-tu maintenant que ton cycle est terminé ?

G : La fin du cycle est arrivée presque par surprise. Grâce à mes bêta-lecteurs, je disposais de toutes les réponses à mes questions et je n’avais plus qu’à les écrire. Je savais que j’approchais de la fin, mais il restait toujours une note en marge ou un passage à relire. Au bout d’un moment, je me suis aperçu que tout ce que je voulais reprendre l’avait été et que je ne faisais plus que me relire sans vraiment retoucher le texte. Alors a commencé à poindre l’idée de tout relire dans son ensemble et de refaire une dernière passe de corrections…

Il faut savoir s’arrêter. Le cycle a apporté énormément au roman. Je m’attendais à ce que le cycle chamboule pas mal mon idée de base, mais au final il a remis en question tant et plus de choses, que le roman me semble à présent très différent. Des personnages secondaires sont devenus principaux tandis que d’autres ont presque disparus. Des aspects entiers comme les religions eux aussi sautés, ce qui a donné plus de place à d’autres intrigues. Je suis extrêmement content de toutes ces améliorations. Je ne sais pas si le texte est réellement fin prêt pour trouver sa place dans un rayon de librairie, mais je suis confiant et j’ai l’impression d’avoir fait tout mon possible. Continuer à travailler dessus s’apparenterait presque à de la procrastination par rapport à l’envoie aux éditeurs.
Maintenant qu’il est imprimé, relié, et partit dans pleins de boites aux lettres, je suis tout simplement super heureux d’avoir terminé ce projet. Et puis comme ça, je peux en commencer d’autres : D

Encore bravo pour ce cycle et merci d'avoir répondu à ces questions.

Ce fut un plaisir, et c’est l’occasion pour moi de remercier à nouveaux tous ceux qui m’ont aidé et soutenu cette année, jusqu’à la dernière pierre de la ville qui ne voulait plus rêver !