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lundi 21 septembre 2015

Interview de 2 serial bêta-lectrices !

L'été est fini, la rentrée est passée... Il est temps pour le blog de retrousser les manches et de vous parler boulot... Parce que ça ne chôme pas dans le forum, oh non ! Et aujourd'hui, nous allons regarder du côté des cycles.
Les cycles sont au cœur du travail que réalisent les grenouilles sur CoCyclics. Ils sont le seul outil qui permette sur le forum de travailler un roman entier. Pour un petit rappel, le cycle se décompose en quatre phases :
  • La phase I, aussi appelée alpha, où deux bêta-lecteurs lisent le roman et rendent à l'auteur une synthèse concertée sur les principaux problèmes de fond et de forme.
  • La phase II, où l'auteur, après avoir établi un plan de correction suite aux retours des alphas, applique ces corrections.
  • La phase III, aussi appelée bêta, où deux (voir trois) bêta-lecteurs lisent le roman corrigé, cette fois sans se concerter. Leurs bêta-lectures vont beaucoup plus dans le détail et sont donc portées dans le cœur même du texte (comme ce qui se fait dans les papyrus). Il s'agit plus d'une phase de peaufinage du roman.
  • La phase IV, où l'auteur effectue une nouvelle correction de son roman suite aux remarques reçues en phase III.

Dans nos articles Tintamar(r)e, nous avons souvent interviewé des auteurs passés par le cycle. Mais jusqu'à présent, nous n'avions jamais mis en avant les autres acteurs essentiels de ce travail : les bêta-lecteurs bien sûr. C'est un oubli que nous avons voulu réparer à travers cette double interview. Et nous ne sommes pas allés interviewer n'importe quelles grenouilles, mais de véritables serial bêta-lectrices de cycles !
Jugez plutôt :
  • Booz a réalisé deux alphas (phase I du cycle) et quatre bêtas (phase III du cycle)
  • Blackwatch bat tous les records de la Mare avec pas moins de cinq alphas et quatre bêtas !
Sytra est allée leur poser quelques questions pour mieux comprendre leur amour des cycles…


Vous êtes de véritables serial bêta-lectrices de cycles ! Pourquoi avoir participé si souvent à des cycles ?

Blackwatch : Parce que les auteurs sont doués pour me donner envie de travailler avec eux et de découvrir leurs textes ? :D Plus sérieusement, outre le fait que je ne peux jamais résister à une lecture qui m'intrigue et me titille les neurones, il y a aussi la volonté de pouvoir apporter son humble contribution dans un cycle de travail et de soutenir l'auteur dans le cycle – surtout si on est déjà passé par là !
Le cycle offre un encadrement que je n'ai pas retrouvé ailleurs. Je pense que pour l'auteur, ça offre un filet de sécurité, dans le sens où il ne se trouvera pas en plan avec des BL et qu'il sait qu'il peut aussi s'adresser aux permanents, par exemple si des difficultés surgissent. Même chose pour les BL – on sait que ce n'est pas facile de devoir formuler des commentaires, parfois durs, et ménager la sensibilité de l'auteur d'un autre côté.
J'ai continué à faire beaucoup de cycles, d'une part parce que les auteurs CoCy offrent des projets diablement tentants, et d'autre part, parce que je tiens aussi à garder une certaine collaboration avec ce forum qui a vu mes débuts en tant qu'auteur & BL. Bien sûr, cette collaboration est plus réduite qu'auparavant, mais retourner à la mare de temps en temps est indispensable.

Booz : Depuis mon inscription sur le forum, j'ai toujours trouvé très intéressant de bêta-lire des textes. Très vite les nouvelles se sont imposées comme mon genre de prédilection mais, par curiosité, j'ai voulu découvrir ce qu'il y avait "après", c'est à dire dans les strates plus profondes de la mare. Je suis devenue bêta-lectrice parce que je voulais voir ce que ça faisait de bêta-lire des romans. Depuis, je continue de laisser ma curiosité m'emporter (malheureusement pas assez souvent à mon goût, faute de temps), c'est pour cela que j'ai participé à tant de cycles, j'ai envie de découvrir de nouvelles plumes, de nouveaux univers, de nouveaux personnages.


Avez-vous repéré dès leur soumission en cycle les romans sur lesquels vous avez été bêta-lectrices ? Ou bien est-ce en suivant les phases I et II, ou en lisant la présentation de l'auteur au début de la phase III, que vous avez décidé de vous proposer comme bêta-lectrices ?

Booz : J'ai un peu honte de l'avouer mais, en dehors des romans sur lesquels je travaille, je suis de loin les différentes phases du cycle des autres textes. De ce fait, ma décision est prise très souvent dès la soumission. Ceci dit, je trouve ce moment plus propice à la réflexion puisque nous possédons, en dehors des extraits du roman, un synopsis et les intentions de l'auteur qui me permettent très rapidement de savoir si je suis prête à travailler sur ce texte avec cet auteur. Avec ma mémoire de poisson rouge, j'ai tendance à oublier les intrigues des anciennes soumissions, les motivations des auteurs, etc. Cependant, pour les phases III (la bêta-lecture détaillée des romans), je regarde toujours le déroulement des phases I et II. Plus que l'histoire générale, c'est la manière d'être et de travailler d'un auteur qui me convainc à postuler pour son cycle.

Blacky : Les deux, je dirais. J'ai guetté certains dès le début, quand pour une raison ou une autre, je n'étais pas dispo pour l'alpha. D'autres, je les ai découverts au fil des forums de travail et j'ai – impatiemment – attendu qu'ils progressent jusqu'en phase III.


Est-ce que vous avez l'impression que le travail sur chaque roman, en cycle, est assez similaire, ou bien est-ce que c'est toujours différent d'un roman à l'autre ?

Blacky : Oh, c'est chaque fois une aventure différente, de par le roman d'abord, et aussi au contact de l'auteur. Il y a aussi la collaboration, quand on se porte volontaire en alpha, avec les autres lecteurs, et celle, moins rapprochée je dirais, avec les co-bêtas en phase III. Ce qui est important, pour moi, c'est d'être à l'écoute de l'auteur et aussi de pouvoir s'adapter au manuscrit. De commencer la lecture avec un esprit ouvert et constructif. De repérer les besoins, les absences, mais aussi les points forts, ceux qui forgent la patte de l'auteur. C'est pour cette raison que chaque manuscrit représente une aventure en soi.

Booz : Chaque roman, comme chaque auteur, comme chaque bêta-lecteur est unique et je ne pense pas qu'on puisse travailler de manière identique sur chaque cycle que l'on suit. Quelle que soit la phase (I ou III), il faut s'ajuster en fonction du genre du texte, de son rythme, de sa visée. J'ai bêta-lu des textes très contemplatifs, d'autres avec une forte tension dramatique, d'autres encore très centrés sur les personnages et leur évolution. On ne travaille pas sur une romance comme on travaille sur de la fantasy urbaine ou de la SF un peu barrée. Il faut savoir s'adapter au roman.


Travaille-t-on de la même manière avec tous les auteurs ?

Booz : Et comme il faut s'adapter au roman, il faut aussi s'adapter à l'auteur. D'ailleurs, je pense même que ce point est plus important. Certains auteurs ont besoin d'être encouragés, soutenus durant leur travail, d'autres sont de véritables machines et corrigent presque plus vite qu'on ne les bêta-lit, d'autres encore on besoin de beaucoup échanger autour des remarques des BL et certains sont au contraire très taiseux. Et comme j'arrive à m'adapter assez facilement, j'apprécie chaque type d'auteur et me plie à ses exigences. Bien entendu, ce n'est pas toujours facile et quand on travaille aussi en profondeur sur un roman, on en oublie qu'il y a un auteur derrière, qu'il s'agit de son histoire et qu'il faut savoir respecter ses choix, même s'ils ne vous conviennent pas toujours. Avec le temps, j'ai appris à travailler plus en harmonie avec les auteurs et je cherche toujours à comprendre leurs attentes et leurs sentiments sur un texte avant de me lancer dans la bêta.

Blacky : Pas à mon sens. Comme je le disais plus haut, qu'on soit alpha ou bêta, l'important est aussi d'être à l'écoute de l'auteur et de pouvoir être là quand il a une question, quand il a besoin d'être soutenu, quand il doute, etc. Chaque personne est différente et c'est important de pouvoir s'adapter.
Je n'ai pas d'exemples précis sous la main, quand je dis qu'il faut s'adapter aussi à la personne qui a eu le courage de confier son manuscrit, mais ça peut vouloir dire répondre présent quand elle a besoin de dire son découragement, quand la tâche lui semble trop énorme pour qu'elle l'entreprenne comme aussi se mettre en retrait, quand la personne demande par exemple un délai de réflexion.
C'est aussi respecter les choix de l'auteur, quand ce dernier aime les ambiances plus tendres, plus romantiques, ou au contraire, plus réalistes/violentes, etc. C'est quelque chose par exemple à laquelle j'ai dû m'adapter lors de BL.


En phase I (alpha-lecture) et en phase têtard, on travaille en binôme ou en trinôme avec d'autres bêta-lecteurs pour rendre une synthèse à l'auteur. Est-ce qu'on travaille de la même manière avec tous les bêta-lecteurs ?

Blacky : Là non plus, pas à mon sens ! Je pense qu'il faut aussi montrer de la flexibilité, notamment quand on est impliqué dans une phase I ou une têtard. Venir avec ses idées, ses opinions, mais aussi être prêt à en discuter avec les autres. Le plus important, pour l'auteur qui lira la synthèse, c'est d'avoir un document clair, précis et surtout qui puisse lui montrer les lignes directrices du travail à effectuer. Ce n'est pas le stade où vous pouvez argumenter en long et en large sur la coquille de la ligne 35 à la page 70, par exemple.

Booz : Je vais paraître redondante mais chaque personne/roman/cycle/combinaison étant unique, on ne peut pas travailler de la même manière avec tous les bêta-lecteurs. Ma première expérience, sur une alpha justement, a été très importante pour moi car elle m'a donné les clés de l'analyse d'un roman. Il y avait un rapport de maître à élève en quelque sorte entre mon co-alpha et moi. Même si nos impressions avaient la même valeur, il m'a montré comment les organiser, sur quels éléments m'appuyer, etc. Ce fut très enrichissant. Ensuite, il y a les phases où on travaille avec les copains, on est plus à l'aise, on dit les choses directement, on se connaît au point qu'on sait la manière de travailler de l'autre. C'est un vrai bonheur. Et à mon grand regret, n'ayant effectué que deux alphas, je ne peux pas vous parler des autres cas, mais je suis impatiente de m'y frotter.


Comment abordez-vous les phases I en tant que bêta-lectrices ?

Booz : Toujours avec impatience. La curiosité me travaille énormément dès le choix des alphas fait et je trépigne presque en attendant d'avoir le roman. Ensuite, je l'imprime et le relie. Même si j'ai l'habitude de travailler sur l'ordinateur, mes lectures sont toujours plus attentives sur papier (et j'ai une mémoire très axée sur l'écriture manuscrite) et cela me permet aussi de prendre des notes. Selon la taille du texte, je fais une première lecture en diagonale, notant les passages et éléments qui m'ont dérangée. Généralement, c'est à ce moment-là que commencent les échanges avec mon/mes co-alpha. On se met d'accord sur les axes de la synthèse, on compare nos impressions, on note celles qui concordent et celles qui diffèrent, et on commence notre seconde lecture. Celle-ci est plus lente. À chaque chapitre, je note les différents éléments à revoir, détaille mes impressions, mes remarques pour pouvoir échanger avec mon co-alpha. Cela nous permet de construire notre synthèse à l'aide d'exemples précis. Puis, à la fin, je m'interroge sur l'évolution de l'intrigue/des personnages/de la tension et on fignole la synthèse le mieux possible avant de l'envoyer à l'auteur. On pourrait croire que le plus dur est fait mais c'est généralement le moment d'échange qui demande le plus de travail. Que ce soit avec un auteur que je connais bien ou non, il y a toujours une part d'appréhension qui gonfle en moi à ce moment, là où, selon moi, commence réellement la phase I/la têtard.

Blacky : En pratique, je lis d'abord le manuscrit en entier. Personnellement, je prends peu de notes, je préfère laisser reposer quelques jours après avoir fini le roman, histoire de pouvoir réfléchir à certains points qui m'auront interpellée durant la lecture et d'affiner mon ressenti. Ensuite, je dresse une première synthèse – un doc de travail, simplement, rien de bien élaboré – et j'en discute avec les autres alphas.


Même question pour les phases III ?

Blacky : La phase III est totalement différente, aussi bien en termes de travail que de contact avec l'auteur. J'avoue d'ailleurs avoir une préférence pour ce stade du cycle, même s'il représente souvent un travail de titan ! D'abord, parce que le dialogue avec l'auteur s'établit au fur et à mesure de la découverte du manuscrit, ensuite parce qu'on peut aussi discuter avec les bêtas sur leur ressenti, etc.
En pratique, je fonctionne chapitre par chapitre – ou autres sections, selon la structure employée par l'auteur. Je m'assure que ce dernier est d'accord sur la méthode de travail utilisée auparavant. Puis je commente au fur et à mesure de ma lecture. Une fois le chapitre fini, je dresse une rapide synthèse et je renvoie le tout au fur et à mesure à l'auteur. Quand le manuscrit est lu en entier, je dresse une synthèse générale.

Booz : Je l'aborde à peu près de la même manière. Impatience, impression du texte et première lecture sur papier pour avoir une vue globale de l'intrigue. Mais le travail me semble moins intime, moins intense aussi. Même si nous sommes au moins deux bêtas-lecteurs par phase III, nous échangeons rarement en off, travaillant les chapitres de notre côté et discutons des synthèses globales sur le fil du roman. Comme c'est un travail solitaire, il n'est pas rare que les bêtas lecteurs n'aient pas le même rythme, ce qui creuse encore un peu l'opposition entre la phase I et la phase III. Cependant, mon côté ours apprécie énormément de travailler en phase III. Je vais à mon rythme, les échanges sont moins intenses et l'aspect synthétique de l'exercice me correspond bien également.


Avec votre expérience, qu'est-ce qui différencie selon vous le travail de bêta-lecture en cycle et la direction éditoriale ? Y a-t-il des limites que les bêta-lecteurs ne doivent pas franchir ?

Booz : Alors, je n'irai pas jusqu'à dire que c'est le jour et la nuit parce que, sur le fond, le travail est sensiblement le même (relever les incohérences, chercher à améliorer le style du texte, son déroulement, etc.) mais à l'inverse des directions éditoriales, le cycle n'a pas pour vocation de publier un livre donc d'en faire un objet commercial. Bien entendu, je ne dis pas que les éditeurs chercher à formater les textes qu'ils publient mais ils peuvent davantage travailler un texte selon un angle particulier (collection, ligne éditoriale, etc.) et donc modifier certains pans de l'intrigue en fonction de cela. En cycle, il est proscrit de forcer la main à l'auteur pour qu'il modifie son texte selon notre point de vue, nous ne sommes pas là pour ça, nous ne faisons que donner un avis (aussi objectif que possible) et l'auteur peut en tenir compte où non. De plus, la finalité du cycle n'est pas, et n'a jamais été la publication (même si nombreux sont les auteurs qui rentrent en cycle en voulant faire publier leur roman par la suite) ; c'est avant tout l'amélioration du texte mais aussi (et surtout de mon point de vue) l'amélioration de la plume et des techniques de l'auteur. Je vois le cycle comme une étape dans sa construction d'écrivain et non comme un passage clé vers la publication.

Blacky : La direction éditoriale, à mon sens, tient compte d'éléments que nous autres, en tant que bêta/alpha, ne connaissons pas, à savoir la connaissance du marché du livre actuel et la position de la maison d'édition dans celui-ci. La ligne directrice d'un éditeur, ses goûts personnels, son expérience aussi vont entrer en jeu quand il se penchera sur un manuscrit dans le cadre d'une collaboration avec un auteur. C'est à mon sens un travail qui se révèle complètement différent de celui qu'un bêta/alpha peut apporter et tant mieux d'ailleurs, car l'un et l'autre se complètent souvent.


Pour la fin, un petit mot sur votre vision des cycles et ce que toutes ces expériences de bêta-lecture vous ont apporté ?

Blacky : D'abord, des liens humains qui m'ont énormément apporté sur le plan personnel. Le cycle est aussi l'occasion de faire la connaissance de personnes formidables, de resserrer des liens, bref c'est un aspect qui m'a beaucoup touchée et qui continue à le faire.
Ensuite, sur le plan de l'écriture, c'est aussi une expérience déterminante. À force de travailler sur les manuscrits des autres et leurs faiblesses/forces, on parvient mieux à déterminer ce qui ne va pas/ce qui fonctionne dans ses propres histoires !
Finalement – et c'est quelque chose que j'ai eu la chance de vivre à plusieurs reprises – c'est le sentiment de fierté et de satisfaction quand un manuscrit qu'on a lu, relu, annoté, etc. parvient en tant que livre dans les rayons des librairies et qu'on aperçoit l'auteur derrière la table de dédicaces. Juste génial.

Booz : Avant, je pensais être dure lors des soumissions pour les passages en cycles, ne pas accorder assez ma confiance aux auteurs. Avec le temps, je m'aperçois que je n'ai pas vraiment changé parce que travailler sur tous ces romans m'a confirmé à quel point le travail (pour l'auteur d'abord mais aussi pour les bêta-lecteurs) est long et difficile, et pourtant exaltant. En travaillant avec les auteurs sur leurs textes, en les accompagnant tout au long des cycles, en me confrontant à leurs difficultés et interrogations, je m'interroge sur mon propre rapport à l'écriture. Tous les cycles auxquels j'ai participé m'ont aidée à améliorer mes propres textes, à éviter peut-être certains écueils dont je n'avais pas conscience avant de les voir sur les textes des autres. De plus, j'ai aussi appris à prendre du recul sur mes écrits et leur réception. J'ai souvent remarqué que les cycles les plus efficaces concernaient les auteurs qui arrivaient à regarder leur texte avec une plus grande part d'objectivité, prêt à accepter ses lourdeurs, maladresses, incohérences pour le rendre meilleur. Je sais qu'un roman c'est un peu comme un enfant pour certains, mais quand on veut passer en cycle, il faut s'attendre à entendre des critiques, parfois dures, sur cet enfant. Si on n'est pas prêt à les affronter, je pense que c'est faire une erreur que de soumettre son roman.


Un grand merci à Blackwatch et Booz de s'être volontiers prêtées au jeu des questions/réponses pour cette interview !

mercredi 22 octobre 2014

Le forum Mille-feuilles

Il était un petit navire...

Le fonctionnement de CoCyclics et l'intégralité des documents expliquant son fonctionnement sont sous licence Creative Commons, selon le contrat suivant : paternité, pas d'utilisation commerciale, partage à l'identique. Autrement dit, vous pouvez créer votre propre forum et site web fonctionnant à l'identique de CoCyclics et nous demander conseil, mais sans reprendre notre nom, par exemple pour offrir un espace de bêta-lecture à d'autres genres (le polar, la littérature dite "blanche", etc.).

C'est de là qu'est né un jour Co-Lecteurs, en 2011. En effet, CoCyclics se restreint aux genres de l'imaginaire. Or, il n'existait pas, à l'époque, de forum équivalent pour les autres genres. Le navire Co-Lecteurs s'est donc lancé sur une idée généreuse : ouvrir le principe à tous les genres, sans restriction.
Il a depuis fait peau neuve, laissant place à la gourmandise de son équipe de proue, en devenant le restaurant Les Mille-feuilles.

Vous y retrouverez les grands principes de la bêta-lecture, basée sur l'entraide, la réciprocité et l'échange. Le but est de permettre aux auteurs, quel que soit leur niveau et leur parcours, de progresser ensemble.

Ce qui fait l'originalité du resto ? Sa pluridisciplinarité, d'abord. Vous y trouverez aussi bien de la littérature générale que du polar, de la romance ou du fantastique. Cela permet aux cuistots de découvrir de nouveaux genres vers lesquels ils ne seraient peut-être pas venus spontanément. Des auteurs de tous horizons, au sens propre comme au sens figuré, ensuite. Enfin des challenges de tous poils, qui constituent la force majeure du resto.

J'ai déjà parlé à plusieurs reprises de resto : il faut savoir que, tout comme la mare aux grenouilles est le thème de CoCyclics, celui des Mille-feuilles est l'univers de la cuisine et de la pâtisserie. Cela se retrouve dans les statuts : cuistot, commis, pâtissier, saucier, gastronome, chef de cuisine... Mais aussi dans les noms des différentes sections de travail :
  • Avec "La main à la pâte", on travaille les romans. Extraits à bêta-lire, challenge premier jet (terminer le premier jet de son roman dans l'année), challenge correction (parce que boucler les corrections, c'est aussi difficile sinon plus que le premier jet!) et challenge édition (parce qu'une fois fini, il faut bien savoir ce qu'on en fait, du roman).
  • La "Préparation de la carte" permet de travailler les synopsis et les "Mignardises", des nouvelles.
  • Dans la "Bêta-dégustation", passage aux cycles complets des bêta-lectures de romans.
  • Une section parmi d'autres dont le nom me plaît bien : "Aux fourneaux" (challenge correction).

Enfin, la brigade du restaurant est à ce jour relativement réduite ; ceci, couplé à la vigilance de la modération, en fait un espace convivial où l'on connaît très vite tout le monde.
D'ailleurs, interrogés, les cuistots (commis, sauciers, etc) sont unanimes. Ce qu'ils aiment avant tout sur le forum, c'est l'ambiance (qui a dit les tournées de rhum ?). Taille humaine, petit village, convivialité, sont les mots qui reviennent le plus souvent. Humilité, entraide, encouragement aussi, qu'il s'agisse d'auteurs publiés ou de débutants. Confrontation des idées, comparaison des méthodes tout en restant respectueux de l'identité d'auteur de chacun. Et petits délires de temps en temps (parce que le rhum, ça monte à la tête, parfois...).

Si vous souhaitez visiter, le restaurant dispose ses tables à l'adresse :
http://millefeuilles.leforum.eu/index.php
Et bon appétit !

Merci à Kira pour l'article !

dimanche 3 novembre 2013

Les Gardiens de la République, de Mathias Moucha

Mathias Moucha, alias Scipion sur le forum de CoCyclics, a terminé en septembre son cycle consacré à son roman « Les Gardiens de la République ». Mandragore, de l'équipe Tintamar(r)e a eu l'occasion de l'interviewer.

Tintamar(r)e : Pourrais-tu commencer par nous présenter ton roman, « Les Gardiens de la République » en quelques mots ?

Scipion : Il s’agit du premier tome d’une trilogie intitulée « La Guerre des deux Lunes ». En voici le pitch : « Deux frères. Syllion, mage très puissant, domine la République tyrénienne. Elryn, fine lame, en est l'une des étoiles montantes. Dans les hautes sphères du pouvoir, au Sénat, dans les vieilles cités soumises de Jugarta et d'Atharsès, jusqu'aux ruelles de Tyrène, une conspiration mortelle se trame dans l'ombre. Lequel parviendra à sauver la République ? ».

J’ai passé du temps dessus, autant vous le livrer tel quel plutôt que de tenter quelques paraphrases maladroites ! Pour le dire en d’autres mots, il s’agit de l’affrontement de deux frères qui tentent chacun à leur manière de sauver la République. L’un dans la légalité, l’autre en dehors. Mais la légalité, est-ce le « Bien » ? Et l’illégalité le « Mal » ? Le Bien et le Mal ne se confondent-ils pas ? Bien sûr, il y a des batailles, des poursuites, du suspense, des complots, de la politique tantôt feutrée, tantôt musclée, un peu d’humour et bien entendu… de l’amour.

T : Comment t'est venue l'idée de placer ton histoire dans un monde antique ?

S : Par simple goût. D’une part, il se trouve que je suis très intéressé par l’Histoire, un amoureux de l’Antiquité et de la politique de type parlementaire. J’ai lu de nombreux livres sur Rome, la Grèce, mais aussi sur la Révolution française. D’autre part, je n’étais pas très motivé pour situer cette histoire dans un monde médiéval classique, avec rois, seigneurs, etc. Un tyran m’attire moins qu’une assemblée qui se déchire !

Et puis, au-delà de l’aspect aventures, cette trilogie est à mes yeux une tragédie. Un cadre d’inspiration antique s’y prêtait donc bien. 

T : Ce cycle a été particulièrement rapide (de mars à septembre), surtout tes phases III & IV (de juillet à septembre), est-ce parce que tu as eu peu de corrections à effectuer ou parce que tu as pu travailler efficacement ?

S : Les deux en fait. J’ai énormément travaillé ce roman avant de le soumettre en cycle, il était déjà assez abouti. Bien sûr, mes alphas Fred et Sycophante, ainsi que mes bétas Earane et Iluinar ont pointé tout plein de choses, toujours avec délicatesse bien sûr, mais il n’y avait rien de vraiment problématique. Je tiens une nouvelle fois à les remercier pour leur temps, leur excellent travail et leur rapidité.

T : D'après ce que j'ai pu comprendre, cette histoire te suit depuis longtemps. Pourrais-tu nous en dire un peu plus ?

S : J’ai commencé cette histoire… au siècle dernier ! En 1995. « La Quête de Lumière », la toute première version des Gardiens était assez mauvaise, euh… très mauvaise même. Contrairement à beaucoup de mes petits camarades, je n’ai pas été un grand lecteur dans mon enfance et je n’ai jamais souhaité devenir écrivain. 

C’était le cinéma qui m’intéressait. J’ai d’ailleurs fait une école de caméraman/monteur et ai travaillé plusieurs années comme technicien. Mais en réalité, c’était le scénario et la réalisation qui me passionnaient. Une nouvelle version de « La Quête de Lumière » et quatre ans plus tard, j’ai été sélectionné pour le master-class « Equinoxe » organisé par Canal+ et Columbia Tri-Star, mais cela n’a rien donné de concret. Après quelques années d’écriture de scénarios, et pas assez de succès hélas, j’ai cessé d’écrire pour trouver un travail stable et gagner ma vie correctement. Mais bien entendu, l’écriture m’a rattrapé.

Un matin, je me suis levé en me disant : « tiens, tu as quelques scénarios pas complètement mauvais sur ton disque dur, pourquoi ne pas essayer d’en faire des romans ? Rien que pour toi, et un jour pour ton fils ? » J’ai donc commencé à écrire, non plus dans l’optique d’un film, mais dans celle d’un livre. Deux ou trois ans plus tard, j’ai découvert CoCyclics.

En même temps que j’ai réalisé que mon style était navrant, que mes intrigues et mes personnages n’étaient pas assez creusés, j ai découvert la puissance de la littérature par rapport au scénario. Cela a été une révélation. Dans un roman, pas de budget, pas de producteur, personne d’autre que l’écrivain pour s’occuper du jeu d’acteur, de la lumière, des décors, du rythme, du moindre détail… La combinaison des vingt-six lettres, des dix chiffres et des quelques signes de ponctuation est infinie, mais pour chaque histoire, une seule est la bonne, vraiment la bonne ; et tout le jeu consiste à essayer de la trouver, cette juste combinaison, au moins de s’en approcher. Un autre avantage, non négligeable, c’est que si le texte n’est pas publié, au moins il existe comme produit fini. Ce qui n’est pas le cas avec le scénario, qui ne constitue qu’une étape, un projet.

J’ai encore mis quatre ans à terminer les Gardiens, écrivant entre-temps plusieurs nouvelles et un roman fantastique intitulé « Seuls », qui sortira à ma grande fierté en 2014 chez les éditions Bragelonne.

T : C'est le deuxième cycle que tu termines. Se sont-ils passés de la même manière ? Ta précédente expérience t'a-t-elle aidé pour ce cycle ?

S : La nuit et le jour ! Mon premier cycle sur « Seuls » a duré très longtemps, un an à deux jours près. L’alpha-lecture a été assez violente. Pas dans le sens où mes alphas ont été violents avec moi, non, mais ils m’ont pointé de gros problèmes de fond. Et ils étaient nombreux… J’ai beaucoup travaillé sur la phase II, en fait j’ai réécrit environ deux tiers du roman, qui a gonflé de 50% d’ailleurs. La bêta-lecture a été ensuite plus calme. Ce cycle m’a appris énormément, au-delà de « Seuls », et j’ai pu mettre à profit tout ce travail sur les Gardiens. D’où un cycle beaucoup plus léger.

T : Ce roman est le premier volume d'une série, pourrais-tu nous dire quelques mots sur la suite ?

S : Hum, difficile d’en parler sans trop en dévoiler. Ce que je peux dire, c’est que si les Gardiens est relativement sombre, les deux tomes suivants le seront encore davantage. Le tome II verra l’apparition de nouveaux personnages et sera très différent du premier. Il est en cours de rédaction. Quant au tome III… ah non, désolé, je ne lâcherai rien. Je peux juste dire que j’ai hâte de l’écrire !

Merci beaucoup et très longue vie aux Gardiens de la République !

Merci à vous et très longue vie à CoCyclics ! Un miracle dans ma vie, cette rencontre.

Note : merci à Mandragore pour la rédaction de cet article ! 

jeudi 6 juin 2013

Printemps 2013 : le point sur les cycles !

Crédit photo : Silvie Philippart de Foy
Petit interlude avant le dernier compte-rendu des Imaginales 2013 : nous vous proposons le résumé trimestriel des cycles en cours sur notre forum, avec en bonus un petit rappel sur la naissance du collectif !

 Au tout départ, il y a sept ans, un constat : les jeunes auteurs qui se lancent dans l’écriture sont parfois très seuls. Rares sont ceux qui trouvent près d’eux des personnes habituées à lire un manuscrit pour émettre avis objectifs et remarques argumentées.

De ce constat nait une idée, toute simple : utiliser Internet non seulement pour permettre à ces débutants en écriture de se rencontrer, de discuter, mais aussi pour qu’ils s’entrainent à se relire mutuellement, qu’ils s’entraident pour avancer et porter leurs manuscrits au-delà d’un premier jet.

Les idées toutes simples sont souvent, oh combien, délicates à mettre en œuvre : il faut organiser – et ce sera un forum avec des sections, pour les romans, pour les nouvelles-, il faut se limiter – et ce sera pour la seule SFFF en français -, et enfin il faut se lancer avec des amis, des efforts, de la persévérance, de la volonté, du courage, de la persévérance encore…

Aujourd’hui, plus de 800 inscrits fréquentent le forum. Le cycle* CoCyclics de travail des romans peut déjà se réjouir de nombreux succès, et de pas moins de 10 cycles en cours au printemps 2013.

Depuis février, trois nouveaux auteurs sont entrés en cycle. Les aperçus de leurs romans sont prometteurs :

-> Arya, avec un roman de Dark-fantasy destiné à un public adulte : "Le roi des fauves"
« Dans un monde de fantasy nordique, trois jeunes sont pris au piège d’une justice expéditive et cruelle. Ils sont condamnés à ingérer un parasite qui les changera en berserkirs, des hommes-bêtes enragés. Alors que le mal grandit en eux, ils ont sept jours pour trouver une solution. Commence alors une fuite en avant, où les amis d’hier devront rester forts et soudés, pour lutter contre les autres… et contre eux-mêmes. »

-> Guillaume, avec un roman de fantastique/Dark-fantasy orienté jeunes adultes & adultes : "La ville qui ne voulait plus rêver"
« Depuis que le Marchand Einrich Argail organise des fouilles dans une antique cité indigène, les habitants de Phardarianne subissent des rêves étranges. Dans le même temps, Pierre Dazille expose à André et Sophie Argail ses recherches sur les mécanismes de la peur. Mais les cauchemars s’intensifient et ils vont tous se retrouver malgré eux mêlés à la tourmente qui s’apprête à s’abattre. Qui sont ces indigènes difformes, peut-on en tirer profit ? A trop hésiter, la ville risque fort de sombrer dans la folie

-> Scipion avec un roman de Fantasy pour jeunes adultes & adultes : "La guerre des deux lunes, tome I"
« Deux frères. L'un, mage très puissant, domine la République tyrénienne. L'autre, fine lame, en est l'une des étoiles montantes. Mais dans les hautes sphères du pouvoir, au Sénat, dans les vieilles cités soumises de Jugarta et d'Atharsès, jusqu'aux ruelles de Tyrène, une conspiration mortelle se trame dans l'ombre. Qui parviendra à sauver la république ? »

Ces trois arrivants, aidés par des lecteurs volontaires et entrainés (les bêtas-lecteurs !) ont déjà franchi la première étape du cycle. En phase I, comme Fred et son roman "Cratère", ils ont étudié les remarques de structure et de fond soulevées par les études de leurs manuscrits. Ils ont pu réagir, questionner, s’interroger aussi sur les points forts et les points à améliorer que leur signalaient les bêtas-lecteurs.

Tous trois ont ensuite établi un plan de travail et sont entrés en phase II, rejoignant Celia, avec son roman "Creep Show", et Isa S avec "Thirion et le lait de dragon ", pour rédiger une version de leurs manuscrits améliorant selon les cas univers, intrigues ou personnages.

Guillaume et Arya sont parvenus au bout de ce travail, et entrés en phase III, pour soumettre la nouvelle version de leur manuscrit à de nouveaux bêtas-lecteurs, en vue d’une relecture axée cette fois fond et forme. Avec Pandora sur "Ticket gagnant" et Isaiah sur "Or et Nuit", la phase III du cycle compte donc quatre auteurs en travail, et peut-être bientôt cinq, car Desienne annonce son arrivée prochaine, avec "Les Dividendes de l'Apocalypse ".

En phase I comme en phase III, plusieurs bêtas lecteurs se groupent pour relire chaque roman, afin d’émettre des remarques concertées, argumentées, et les plus complètes possibles. Cinq auteurs en phase III, cela ne signifie pas moins de quinze bêta-lecteurs qui se proposent et qui travaillent avec soin et conscience sur les manuscrits qui leur sont confiés.

Munis de ces avis circonstanciés, Ermina, et son roman "Timraza ", sont, eux, en phase IV, pour la correction finale du manuscrit. Le programme comprend par exemple un peu plus de tension, une accentuation du ton et des dialogues, l’éradication de certains darlings** involontaires. Sans compter, hélas, l’inévitable chasse aux répétitions, si fastidieuse aux écrivains.

Tous ceux qui se sont engagés dans ce travail vous diront que combien il est long et prenant, même si c’est pour la bonne cause. Comme leurs prédécesseurs, nos dix auteurs en cycle méritent bien les encouragements et le soutien que leurs apportent ceux qui suivent leurs travaux par l’intermédiaire du forum.

Souhaitons leur de rejoindre bientôt Sycophante, qui a terminé récemment le cycle avec "Les Pirates de l'Escroc-Griffe", tout comme Elfine noire, avec "La nuit des Coeurs froids"(article prochainement sur le blog !).


**darling (chérie en français) : tournure ou portion de phrase souvent imagée qu’un auteur a tendance à mettre et remettre dans ses écrits.

Merci à Conteuse pour la rédaction de cet article. Elle vous donne rendez-vous dans trois mois pour un nouveau bilan ! 

dimanche 7 octobre 2012

L'Après-dieux dans les librairies


Après avoir obtenu l’estampille en 2010, la novella L’Après-dieux de Maëlig Duval est parue chez griffe d’encre le 25 septembre 2012 pour le plus grand plaisir des lecteurs.


Albert Vaclau est fonctionnaire au bureau de la Reconstruction.
Il évalue de 1 à 5 les dégâts de la guerre civile dans les villages à reconstruire.
Il classe les organisations non gouvernementales de 1 à 9, selon leur niveau de sédition.

Mais quand il rencontre Eva et son fils, il doit se rendre à l’évidence : aucune échelle de valeurs ne peut s’appliquer à eux.

Mais laissons plutôt la parole aux ceux qui ont travaillé sur ce texte dans le cadre du cycle. Certains d’entre eux se sont retrouvés sur le nénuphar de Tintamar(r)e pour livrer leurs impressions de bêta-lecture. Sandrinoula qui l’a lu dans le cadre d’une phase un, consacré au fond, raconte :
« Lorsque j’ai découvert cette novella, elle s’intitulait encore La Dernière Plume. L’extrait que Maëlig avait mis en ligne m’avait séduite car on sentait que l’auteur jouait avec les codes de plusieurs genres, la poésie, le conte, le fantastique…
Je venais tout juste d’être acceptée comme bêta-lectrice sur le forum de CoCyclics, et j’ai eu l’honneur d’être en binôme avec une bêta-lectrice chevronnée, Blackwatch. Nous avons passé beaucoup de temps (et ce avec un grand plaisir !) à analyser les personnages, l’intrigue, le style, les lieux de la novella. J’ai énormément appris de cette alpha-lecture : Blackwatch m’a aidée à organiser ma réflexion et à formuler le plus précisément possible les forces et les points à améliorer de la novella.
Voir évoluer ce texte entre ses différentes versions m’a donné l’impression de voir grandir un enfant… En effet, dans sa version finale, le style m’a semblé bien plus mature : Maëlig a su développer les personnages et placer son récit dans une ambiance « d’après-guerre » que je trouve très forte. L’histoire que l’on découvre est la même qu’au départ, mais quel chemin parcouru dans la forme !
Je suis impatiente de tenir le livre entre mes mains pour relire l’histoire d’Albert, cette fois-ci en tant que lectrice ! »
De son côté, Blackwatch déclare : « Quand Maëlig a soumis sa novella pour le cycle, j’ai été très intriguée. Je connaissais Maëlig depuis un bout de temps, mais je n’avais pas encore découvert sa plume. L’extrait mettant en scène Albert, fonctionnaire à la fois déterminé et maladroit, un peu pataud même, m’a plu et j’ai donc sauté sur l’opportunité d’être alpha sur L’Après-dieux.
Je me suis retrouvée en binôme avec Sandrinoula, brillante bêta-lectrice pleine de vivacité, et nous avons suivi le parcours d’Albert, à mi-chemin entre le fantastique et le conte d’initiation, avec un grand plaisir. Je suis très fière d’avoir collaboré à ce texte et j’attends avec impatience l’occasion de le (re)découvrir ! »

Puis, c’est au tour de Tristeplume qui a travaillé en phase trois de prendre la parole : « La bêta-lecture de L’Après-Dieux a été un exercice très instructif et j’en retiendrai un aspect (je pourrai dire bien plus mais faisons bref). La difficulté principale a été de s’imprégner du style et des partis pris, même contestables, de l’auteur afin de pouvoir bêta-lire le texte sans dénaturer la « patte » de son auteur et de lui faciliter son appropriation des remarques faites. Il s’agissait donc de trouver le juste équilibre (que je ne prétends pas avoir trouvé d’ailleurs, peut-être ai-je été trop bienveillant ?) entre une certaine empathie et le regard critique du bêta-lecteur : respecter le texte pour mieux le bêta-lire. Après, intervenant un fin de cycle, où les questions de fond sont théoriquement déjà traitées, il a été plus aisé de se livrer à cet exercice. Une dernière remarque, j’avoue avoir beaucoup apprécié ce travail de peaufinage (soyons honnêtes, le plus gros du travail avait été fait) dans l’objectif de finaliser le texte avant que l’auteur franchisse le grand pas de le soumettre. C’est très excitant. »
Ensuite, Illuinar, qui a aussi travaillé sur la novella en phase trois, explique : « C’est d’abord le titre qui m’a interpellé. On a l’habitude d’imaginer des dieux créateurs de monde, mais un monde qui survivrait à ses dieux, l’idée était originale.
La lecture du texte a été un vrai plaisir, avec un style tout en douceur, agrémenté de descriptions poétiques, des personnages bien campés, crédibles et cohérents dans leurs comportements et leur évolution.
J’ai aussi bien aimé l’idée générale du texte et la société décrite. Faire de la vraie fantasy, c’est-à-dire se déroulant dans un monde totalement imaginaire mais avec un niveau technologique moderne, c’est rafraîchissant et ça change du sempiternel Moyen-Âge.
Pourtant, le texte tel qu’il m’est arrivé en bêta n’avait pas que du positif (sinon, je n’aurais rien eu à faire ^^). Sur la forme, je n’ai eu que des remarques mineures à formuler. Sur le fond, le principal problème restait un manque d’explications sur certains éléments de l’histoire qui en rendait la compréhension parfois un peu ardue. Le travail en cycle a été très bénéfique au texte sur ce point-là et j’attends avec impatience de découvrir la version publiée. »
Enfin, NB conclut : « Pour ma part, j’étais passée à côté de la première phase du cycle par manque de temps. Quand L’Après-Dieux est arrivé en phase III, là encore, ça ne collait pas avec mon planning et j’ai laissé l’une des places de bêta-lecteur à contre-cœur car j’avais eu l’occasion de bêta-lire plusieurs nouvelles de Maëlig dans le Port Incertain, et j’avais très envie de l’aider et partager son univers sur un texte plus long. Mais après sa phase III, Maëlig a estimé qu’elle avait encore beaucoup remanié le fond du texte, et souhaitait bénéficier de nouvelles bêta-lectures (une phase IIIbis) avant d’aller plus loin. Cette fois-ci, temps disponible ou pas, je me suis portée volontaire.
Je n’ai pas du tout regretté car cette histoire m’a entraîné dans un monde original à l’ambiance d’après-guerre qui me marque encore aujourd’hui. J’ai suivi le parcours des héros avec attention et j’espère que mes remarques ont pu rassurer Maëlig sur la cohérence globale de l’histoire et les choix effectués au cours de son cycle. Je me souviens n’avoir presque rien dit sur son style, très mature et abouti, dont je suis complètement fan !
J’ai hâte de lire la version finale pour re-découvrir ce texte, non plus en manuscrit, mais en vrai livre ! »

Nous souhaitons donc bonne lecture à tous ceux qui auront L’Après-dieux entre les mains et longue vie à cette novella.


Ermina et l'équipe Tintamar(r)e

vendredi 22 octobre 2010

Novellistes et bêta-lecture : Koïnsky nous parle de la section dédiées aux nouvelles sur le forum de CoCyclics

Comme nous l’avions déjà déclaré lors de nos entretiens sur l’anthologie Légendes !, la nouvelle occupe une place majeure au sein de CoCyclics. Le travail de bêta-lecture effectué sur le forum témoigne de l’implication et du sérieux de ses membres, et les nombreuses publications de textes courts, en fanzines et anthologies, constituent des récompenses mérités pour les auteurs, tout autant que pour eux et celles qui les auront bêta-lu.
Nous accueillons donc aujourd’hui Koïnsky, grenouille novelliste à la tête d’une jolie liste de nouvelles publiées. Il a eu la gentillesse de répondre à nos questions, parlant de son rapport au texte court, à la bêta-lecture… et au forum.

Q - Bonjour Koïnsky, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Tu fais partie des habitués du Port incertain, le forum réservé au travail des nouvelles, accessible après demande auprès d’un permanent. Dis-nous ce qui t’attire dans le format court…

R - Bonjour, et merci d’avoir pensé à moi pour cette séance de questions-réponses. Il est vrai que je fréquente régulièrement le Port et pourtant, en tant que lecteur, la nouvelle n’est pas mon format préféré ! Mais l’auteur débutant que je suis y trouve de nombreux avantages. D’ailleurs, je me souviens… lorsque j’ai débarqué sur le forum, tenant sous la patte un avorton de roman souffreteux, on m’a proposé avec tact de m'exercer sur des textes courts. J’ai suivi le conseil et je ne le regrette pas : c’est le meilleur que j’aie reçu sur CoCyclics.

La nouvelle constitue un excellent entraînement. La quantité réduite de temps nécessaire afin de clôturer les projets permet de les enchaîner rapidement, et donc d’expérimenter à l’envi différentes techniques et sujets tout en produisant des récits aboutis, ce qui est valorisant et motivant.

Le travail est varié : scénario, draft, corrections, bêtas, relectures… se succèdent à un bon rythme. C’est très divertissant et moins « pesant » que l’écriture d’un roman (qui présente bien des qualités, je ne discute pas là-dessus), où il faut tenir la distance.

Enfin, j'y vois un autre avantage pour les plumes peu expérimentées, la nouvelle est probablement le format-phare des premières publications. De nombreux webzines et fanzines (voire des jeunes maisons d’édition, dans le cadre de leurs anthologies) recherchent sans cesse des textes courts, avec un niveau d’exigence abordable pour un auteur novice (qui doit néanmoins apprendre à s’armer de patience et d’opiniâtreté).

Après tout cela, on risque de penser que je considère ce format comme réservé aux débutants. Il me semble au contraire qu’il est très difficile d’écrire une nouvelle de grande qualité. Mais c’est un débat à part entière…

Q - Comment te mets-tu au courant des appels à texte ?

R - Il existe une série de sites Internet et de fils de discussions de forums où sont listés les appels à textes de SFFF. Je les consulte de temps à autre afin de me tenir au courant des nouveautés. Récemment, j’ai surtout utilisé le fil dédié sur CoCyclics et le site Internet, assez connu je pense, de l’Antisèche des auteurs. J’en profite pour remercier les charmantes personnes qui s’occupent de les garder à jour (Melindra dans le cas du fil sur CoCy).

Q - À quoi commences-tu à réfléchir quand tu te lances dans une nouvelle ?

R - Ah, mais c’est une question difficile, ça ! On s’était pourtant mis d’accord… ;) Bon. En fait, j’aimerais disposer d’une « recette » pour trouver des idées de textes, mais je crois bien que ça n’existe pas.

Dans mon cas, le démarrage est différent à chaque fois. Je disais un peu plus haut que la nouvelle constitue selon moi un bon outil d’acquisition et d’expérimentation des techniques d’écriture. Du coup, la recherche d’une histoire n’est pas toujours ma priorité au début. Parfois, il arrive que je souhaite améliorer une faiblesse, ou simplement m’amuser à tester une approche particulière. Par exemple : j’ai envie de m'essayer à l’urban-fantasy humoristique (ou qui se veut drôle), ou alors avec deux points de vue, une mise en abîme, un personnage principal qui est un animal, ou encore un nain qui sait bien peindre, etc. Finalement, ça m’aide à trouver des idées, car mon projet s’étoffe grâce aux contraintes que je me donne. Mais souvent, quand même, c’est la recherche d’une histoire-que-j’aimerais-raconter qui guide mes "réflexions" (un grand mot peut-être) initiales.

Autre chose, j’écris surtout mes nouvelles dans le cadre d’appels à textes thématiques. C’est une facilité (en plus du format court) qui flatte ma nature paresseuse. Cela me permet en effet de débuter le travail avec le sujet général sous le bras. Petite gourmandise de super-paresseux : en panne d'inspiration, il m’est arrivé une fois ou deux de me résoudre à combiner les thèmes de deux AT afin de produire un seul récit qui sera envoyé de part et d'autre (toujours en prévenant l'éditeur, bien sûr). Le mixage de sujets imposés facilite la vie pour trouver une histoire originale et donne, à l’occasion, des résultats surprenants.

Q - À quel moment de ton écriture décides-tu de demander un bêta sur le Port ? Est-ce systématique ?

R - Quand j’ai l’impression de ne plus pouvoir améliorer le texte sans aide, soit parce que, après de multiples corrections, je manque de recul pour y voir clair, soit parce que j'estime avoir atteint mes limites sur la nouvelle en question.

Poster une prose aboutie sur le Port est une marque de respect envers les autres membres et le travail sérieux qui est réalisé sur le forum. Par ailleurs, un récit peaufiné soumis à la bêta recevra, je pense, des commentaires plus attentionnés, plus complets, et plus profonds qu’un texte bâclé. C’est donc également dans l’intérêt de l’auteur.

Pour ce qui est de l’aspect systématique de mon recours à la bêta sur le Port, je dirais oui à 95%. Simplement parce que le gain de qualité des textes passés à la moulinette sur Cocy est souvent énorme. Par ailleurs, le travail réalisé dans la mare est unique à ma connaissance, du moins sur l’Internet francophone. Je me souviens avoir halluciné quand j’ai découvert le forum…

Q - Et à quel moment décides-tu que tu n’as plus besoin de bêta, que ta dernière version du texte sera la définitive ?

R - C’est très variable. Je n’ai pas de plan pour ça. Je m’arrête quand mes bêtas et moi sommes contents du texte. Je sens le moment arriver grâce au « feeling » qui se dégage au fur et à mesure des discussions sur le fil de ma nouvelle, dans le Port.

Q - Parle-nous de la Salle des tortures, cette section si particulière du forum…

R - Ah, je vois… on essaie de me faire peur ! La Salle des tortures, dont le nom officiel est Salle d’attente, est un horrible endroit, sombre et sec (s’il était humide, ce serait trop agréable pour des grenouilles), où croupissent et s’encouragent les batraciens qui ont soumis un ou plusieurs récits, principalement dans le cadre d’appels à textes, et qui attendent une réponse de l’éditeur. Dans cette antichambre glacée mais chaleureuse, on garde la tête haute, en règle générale. Certains vomissent quand même discrètement dans les coins. C’est l’endroit où aller partager son impatience et des informations sur les délais de sentence (repoussés), sur le devenir de nos textes chez les éditeurs (qui pourraient bien les avoir égarés), et autres joyeusetés qui font le sel (imaginez l’effet sur la peau du batracien… horrible je vous dis) de la soumission de nos écrits. J’aime bien ce topic. En général, il est assez festif.

Q - Je suppose que tu bêta-lis aussi des textes. Cela fait partie du « contrat » des auteurs sur CoCyclics. Y’a-t-il une différence entre la bêta-lecture des nouvelles et celle des extraits de roman ?

R - N’en écrivant pas moi-même, je ne bêta-lis que très rarement dans la section spécifique aux extraits de roman… Je serais donc bien incapable de répondre à ta question avec précision. J’imagine que oui, des différences existent. La plus flagrante qui me vient à l’esprit est que, sur la nouvelle (qui est toujours postée intégralement sur le fil dédié), on peut juger un ensemble complet qui doit présenter une certaine cohérence. C’est impossible à faire sur un extrait de roman. Je ne m’aventurerai pas plus loin sur le sujet.

Q - Le succès des nouvelles passées sur le Port est relativement impressionnant. On a vu certaines anthologies envahies par ces petites créatures palmées. Quel est ton sentiment là-dessus ? En tant qu’auteur et en tant que bêta.

R - Ce succès est bel et bien impressionnant. Mais finalement, est-ce si étonnant ? Le nombre de grenouilles croît sans cesse, et l’atmosphère du forum reste studieuse et décontractée. Tout semble réuni pour que le processus que tu décris ne s’arrête pas, au contraire. D’ailleurs, j’en bats des palmes. En tant que bêta, voir publiée une nouvelle que l’on a participé à améliorer, même un tout petit peu, est très satisfaisant. En tant qu’auteur, il est fort agréable de se retrouver dans un sommaire aux côtés d’autres grenouilles. Et même lorsque l’on n’en fait pas partie, les « invasions » batraciennes dégagent une certaine aura qui encourage l'ensemble du forum, je pense.

Merci beaucoup Koïnsky pour tes réponses, et rendez-vous sur la plage pour continuer à travailler !

La liste des nouvelles publiées et passées par la bêta-lecture au sein de CoCyclics est disponible ici : viewtopic.php?f=1&t=3172

samedi 16 octobre 2010

Une bêta s'assume et parle à visage découvert : Moi, Pandora D, 38 ans, adepte du fouet, bêta-lectrice

CoCyclics, ce sont des auteurs, mais aussi des bêta-lecteurs. Nous vous invitons donc aujourd'hui à partager l'expérience de Pandora, pendant une séance de divan assez... particulière.


Docteur Ski Zofrène : Bonjour, Pandora. Allongez-vous je vous en prie. Je préfèrerais cependant que vous laissiez votre fouet à l’entrée…

Pandora Delamare : Pardon docteur ! Je peux garder mes jambières ?

Dr S: Oui, si vous ne salissez pas le divan. Cela fait longtemps que vous vous promenez avec ce fouet ?

Pandora : Non... Comme pour beaucoup de grenouilles, cela remonte à mon arrivée dans la mare. Dans mon cas, c'était en avril 2009. Mais ce n’est pas moi qui ai commencé !

Dr S : Mhhh ?

Pandora : J’ai posté mon premier texte sur le forum. Vous savez, celui que mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs (oh oh…) et tous mes amis considéraient comme un chef-d’œuvre. Sauf que les bêta-lecteurs de la mare n’ont pas été de cet avis…

Dr S : Alors, vous avez décidé de vous venger en les punissant tous ?

Pandora : Non, pas du tout ! C’était justifié. Une fois passée la déception et la digestion des commentaires, et ravalé ce qu’il me restait d’amour-propre, j’ai repris mon texte. Ils avaient raison !

Dr S : Et vous êtes devenue une adepte du fouet ?

Pandora : Pire, la bêta-lecture est devenue la petite faiblesse qui me perdra. Actuellement, je bêta-lis d’ailleurs plus que je n’écris. Mais ça n’a pas été facile…

Dr S : Vous aviez peur de fouetter ?

Pandora : Non, ça j’adore ! Mais j’avais peur de mal faire. Comprenez-moi, il y a tellement de choses auxquelles il faut penser quand on bêta-lit : la forme, tant sur le plan de l’orthographe et de la grammaire que des répétitions et des tournures de phrase. Le fond, en cherchant les incohérences ou les points à développer. Une bonne bêta doit montrer ce qui ne va pas, mais aussi mettre en évidence les points forts. Enfin, elle doit être critique tout en restant délicate. Une mission presque impossible !

Dr S : Comment s’est passée votre première fois ?

Pandora : J’ai oublié beaucoup de choses, forcément. Mes premières bêtas ne resteront pas dans les annales, mais j’espère qu’elles auront été un peu utiles aux auteurs.

Dr S : Et ensuite ?

Pandora : J’ai persévéré en confrontant mes retours à ceux de bêta-lecteurs plus aguerris pour apprendre à bêta-lire mieux. Je savais que d’autres remarqueraient ce que j’aurais pu ne pas voir ou ne pas savoir ; que d’autres moduleraient mes ressentis parce que les parcours et les sensibilités de chacun différent. L’un des atouts de CoCyclics est de proposer pour un même texte plusieurs regards subjectifs et complémentaires. La bêta-lecture est d’ailleurs très formatrice pour sa propre écriture…

Dr S : Continuez…

Pandora : Puis j’ai posé ma candidature et j’ai été acceptée dans le collectif des grenouilles bêta-lectrices de la mare. On m’a fourni le fouet officiel, vous savez, celui avec les lanières assorties au cuir marron des jambières. J’étais tellement fière, je n’arrêtais pas de me pavaner sur mon nénuphar…

Dr S : Et c’est à ce moment que vous êtes devenue une psychopathe du fouet ?

Pandora : Pas du tout ! J’essaie de commenter avec pertinence et à bon escient. Bêta-lire n’est pas un acte anodin, tout auteur est sensible à la critique et passe par des phases de découragement dans lesquelles des mots trop durs peuvent devenir toxiques. J’en sais quelque chose…

Dr S (dans sa barbe pour lui-même) : Des sadiques du fouet et des auteurs masochistes... Ce n’est pas une mare, c’est un asile de fous !

Pandora : J’ai alors pu bêta-lire dans le cadre des cycles CoCyclics où ce n’est plus une nouvelle mais un roman entier (ou une novella ) qui est travaillé. Un auteur soumet son manuscrit et, s’il est accepté par le collectif, deux binômes de grenouilles l'accompagnent tour à tour, en phases "alpha" puis "bêta", pour l'aider.

Dr S : Je ne vois pas ce qui change…

Pandora : C’est beaucoup plus long, la bêta-lecture se fait chapitre après chapitre durant plusieurs semaines : il faut ménager son poignet. Il ne s’agit pas de se faire une tendinite ! Ensuite c’est une collaboration qui permet beaucoup d’échanges avec l’auteur et la ou les grenouille(s) co-bêta-lectrice(s), pour préciser ou développer certains points. C’est l’un des aspects que je préfère. Enfin, ça permet de découvrir des histoires très sympathiques qu’on espère voir éditées ensuite.

Dr S (dans sa barbe): Et gagner le Goncourt, tant qu'on y est !! (plus fort) Comment vous définiriez-vous comme bêta-lectrice ?

Pandora : Je suis une bêta-chieuse, très pointilleuse. J’ai un côté rouleau-compresseur qui me fait souvent m’interroger pour ne pas être bloquante. Je suis moins diplomate que d’autres mais j’essaie de ne jamais dire plus que je ne saurais entendre. Je crois que j’apprécierais mes bêtas si je les recevais en tant auteur

Dr S (marmonne en griffonnant sur son carnet): Un dédoublement de la personnalité maintenant ! Une bêta-lecture, c’est donc aussi tenir compte de l’auteur ?

Pandora : Oui, ce n’est pas facile pour un auteur de s’engager dans un cycle CoCyclics en proposant son manuscrit : c’est une sorte de bébé dans lequel il s’est beaucoup investi.

Dr S (pour lui-même) : Il ferait mieux d’investir en bourse !

Pandora (fait mine de n’avoir rien entendu) : En se lançant dans un cycle, les auteurs savent qu’ils prennent le risque de se voir suggérer de retravailler considérablement leur roman. C’est donc une énorme marque de confiance de recevoir un manuscrit à bêta-lire. Une responsabilité aussi, avec l’engagement d’accompagner l’auteur pour l'aider à l'améliorer. En contrepartie, j’essaye de peser mes retours plus encore que pour les nouvelles, d’être à l’écoute et d’expliquer mes ressentis. Mon fouet claque moins fort, je vieillis peut-être…

Dr S : A moins qu’il n’y ait un cœur qui batte derrière votre armure de bêta-lectrice…

Pandora : Mon Dieu, vous croyez ? Je vous préviens, si ça sort de ce cabinet, je vous attaque pour violation du secret professionnel !

mercredi 25 mars 2009

La bêta-lecture, c'est quoi exactement ?

Le dernier salon du livre a permis à plusieurs membres du collectif de promouvoir CoCyclics.

A cette occasion, il est apparu comme évident que le terme "bêta-lecture" est peu connu, peu utilisé et très loin d'être rentré dans le langage courant.

La bêta-lecture étant l'activité de base du collectif, il est important de bien définir de quoi il s'agit pour que nos interlocuteurs (autres auteurs mais aussi éditeurs) sachent ce que cela englobe.

Sur le forum du collectif, j'avais proposé cette définition : correction de fond et de forme apportée à titre bénévole sur un texte, en général sous forme d'échange entre auteurs("à charge de revanche").

Cette définition n'est pas correcte car elle a un défaut énorme : on pourrait croire que c'est le bêta-lecteur qui corrige le texte, alors que ce n'est pas du tout le cas, l'auteur reste seul maître à bord.
La bêta-lecture n'est donc pas une correction, ou du moins elle ne se réduit pas à cela.

Voici comment se déroule une bêta-lecture :
- un auteur se rapproche d'un bêta-lecteur,
- si le bêta-lecteur accepte de l'aider, l'auteur lui confie son texte,
- le bêta-lecteur lit attentivement le texte et soulève tout ce qu'il peut, défauts comme qualités, de fond comme de forme,
- l'auteur prend connaissance des différents points,
- il revient vers le bêta-lecteur s'il a besoin de discuter certains points ou s'il a besoin d'aide pour aborder certaines corrections,
- l'auteur corrige son texte tout seul, il est entièrement responsable des corrections qu'il apporte (ou non, car ce n'est pas un beni-oui-oui, il doit rester critique).

Le résultat ? Le texte est toujours meilleur après une bêta-lecture, à condition :
- que le bêta-lecteur n'oublie jamais quelle est sa place (il n'a pas à s'approprier le texte, à chercher à faire reformuler les phrases comme lui les aurait écrites) ;
- que l'auteur soit de bonne foi et prêt à travailler d'arrache-pied (parfois, les retours sont très douloureux).

Pour un auteur, bêta-lire d'autres auteurs est très utile, cela permet de progresser, de s'améliorer et c'est un échange de bon procédé : tout le monde y gagne.

En résumé :
Tu bêta-lis mon texte aujourd'hui ? Je bêta-lirai le tien demain. Dans tous les cas, nos deux textes étant plus aboutis, ils ont plus de chance d'être retenus pour publication.

Cécile G. Cortes


Notes :

1) on peut tout à fait soumettre un texte à plusieurs bêta-lecteurs, les uns après les autres ou simultanément,
2) souvent, les bêta-lectures se font spontanément entre auteurs qui se connaissent et s'apprécient,
3) le collectif CoCyclics offre un cadre pour des bêta-lectures de nouvelles, synopsis et romans, exclusivement pour les genres science fiction, fantasy, fantastique (SFFF).

jeudi 26 février 2009

La bêta-lecture et autres histoires émouvantes (suite)

Je bêta-lis...

… parce que ça me donne un sentiment de toute-puissance sur un roman ?


Euh, pas vraiment. Il faut que vous sachiez que je m’en balance comme de ma première couche-culotte que l’auteur applique les changements que je lui ai proposés. Comme de ma première couche-culotte. C’est un point de vue tout à fait personnel. Ce qui est important pour moi, c’est d’avoir amené des questions, des réflexions, d’avoir permis à l’auteur de se demander s’il avait vraiment tout fait pour pousser son texte jusqu’au meilleur de lui-même. Après, si l’auteur estime que mes remarques n’étaient pas judicieuses et qu’il laisse son récit tel quel, so be it. J’aurai déjà consacré assez d’énergie à ça, il sera temps pour moi de passer à autre chose. En ce qui me concerne, je déteste le sentiment d’obligation. L’auteur que je bêta-lis n’a pas à me rendre des comptes. Je suis là parce que c’est mon boulot, et il décidera comme un grand de ce qui est bon pour lui. C’est comme pour les enfants : on fait du mieux qu’on peut mais il y a un moment où il faut pouvoir les lâcher et les voir faire leurs propres choix.
Je bêta-lis parce que je me sens libre.

…parce que je veux me la péter ?

Oui, bêta-lire est un bon moyen de se la péter. Ce n’est pas comme écrire. Lisez les conseils de tonton Beorn, il vous dira pourquoi on passe pour un gros naze quand on dit qu’on écrit un roman. Par contre, quand on me demande ce que je fais dans la vie et que je réponds : « Dans mon temps libre, je corrige des romans », je savoure les quelques secondes de silence respectueux suivies de questions intéressées. Après, quand je dis que j’écris moi aussi, je passe pour quelqu’un de très sérieux.
Je bêta-lis parce que je suis super cool.

… parce que je cherche un sens à ma vie ?

Vous allez me dire que j’ai déjà accompli des choses grandioses : une famille, rien que ça et croyez-moi, elle me rappelle tous les jours la place importante et essentielle que j’occupe dans ce bas-monde. Et puis, j’écris moi-même. Ecrire donne du sens à ma vie. Ecrire me passionne, me structure, me donne une direction, me rend heureuse, me fait vivre des émotions, me fait rêver et me valorise à mes propres yeux.

Et la bêta-lecture alors ?

Eh bien, figurez-vous que la bêta-lecture, c’est pareil. On ne reste pas seul dans son coin à suer sang et eau sur son propre texte. On le fait pour quelqu’un d’autre. C’est comme accéder à une autre dimension : tout à coup, des portes s’ouvrent et on voit des choses qu’on n’aurait jamais pu voir avant. Et puis, dans ce monde où la plupart des gens se regardent le nombril, voilà que tout à coup, on se met à regarder le nombril des autres. C’est pas formidable, ça ?

Et la bêta-lecture au sein de Cocyclics alors ?

Je bêta-lis au sein de Cocyclics parce que je suis rassurée de faire partie d’une équipe. Moi, la rebelle dans l’âme, j’ai besoin d’une structure et de règles sur lesquelles m’appuyer. La bêta-lecture n’est pas une chose facile. Elle cause de la souffrance, elle peut être difficile à gérer. L’équipe de Cocyclics est très présente, très solidaire et très attentive. J’y suis bien parce que je ressens de l’honnêteté, du sérieux et de la motivation. Je sais que je serai accompagnée si je vis des moments de doute et d’angoisse.

Cocy, pour moi, c’est comme un port où on vient s’amarrer de temps en temps pour décharger une cargaison et en récupérer une autre. On y vient comme si on rentrait chez soi après un voyage et surtout avant de repartir à l’aventure. Les escales sont nombreuses, très souvent joyeuses. Elles nous emplissent d’énergie quand on en a besoin, parce que notre propre cargaison est un peu trop lourde, ou celle d’un autre difficile à délivrer. On y vient parce qu’on a besoin d’être rassurés, entourés, portés. On se retrouve avec des personnes de tous horizons, avec des compétences diverses, des personnalités parfois opposées. Et ce lieu incroyable, on le construit ensemble. Il change à cause des personnes qui le peuplent. Il nous change nous, à chaque voyage.

Alors, je peux vous le dire, même si je deviens définitivement neuneu à vos yeux : je bêta-lis parce que ça apporte du sens à ma vie, et je bêta-lis au sein de Cocyclics parce que j’y trouve une expérience humaine terriblement enrichissante et qu’elle me change profondément.

Et vous, vous vous y mettez quand ?

Garulfo