dimanche 10 janvier 2016

Bilan 2015 du challenge 1 mois / 1 nouvelle

Né en 2014 sous les auspices de Tesha Garisaki, le challenge 1 mois/ une nouvelle propose aux participants de réussir à écrire une nouvelle par mois, soit douze nouvelles par an. On y retrouve l'idée de Ray Bradbury, en plus douce puisqu'il proposait d'écrire une nouvelle par semaine, mais surtout l'idée d'encouragements et d'émulation. Fort de son succès en 2014, avec 26 participants (dont 24 survivants) pour 138 nouvelles, le challenge a été reconduit en 2015 sous la houlette de Booz et des modérateurs de la section du forum consacrée aux nouvelles : Atar, Nariel et Solar Flare, qui nous ont concocté ce bilan.

Après une année de courage et de travail acharné nous pouvons donc saluer les vingt-quatre grenouilles nouvellistes qui n'ont pas hésité à relever le challenge « 1 mois, 1 nouvelle ». Bravo à tous les participants pour les 109 nouvelles écrites durant l'année, soit un peu plus de quatre nouvelles par personne si l'on fait la moyenne.

En réalité, seuls deux participants ont franchi la ligne d'arrivée des douze nouvelles : Dravic (avec 17 nouvelles !) et Thewakwaktree, mais tous les efforts valent la peine d'être salués.
Après une première édition en demi-teinte avec la moitié de l'objectif rempli, Dravic a pulvérisé le score cette année, dans l'objectif de réaliser un recueil de nouvelles. L'année prochaine, Dravic la dédiera aux corrections de son roman, « néanmoins, c'est un bon exercice que je conseille à tous, c'est plus facile de travailler de la nouvelle avec un objectif (ici remplir les mois) et s'exercer sur des textes courts permet de cibler ses défauts récurrents qui sont un peu noyés dans les romans. » Si bien qu'il est possible de revoir Dravic dans le challenge 2017 !
Pour Thewakwaktree, le challenge est « tout sauf un exercice facile et anodin. En m'inscrivant je pensais que c'était juste un truc pour compter le nombre de nouvelles que je pouvais écrire dans une année, et puis le jeu c'est installé et j'ai bouclé mes deux derniers textes avec l'énergie du désespoir. » 2016 nous dira combien auront été retenues, même si l'une d'elle est déjà publiée dans le Lanfeust Mag de l'été 2015, et que deux autres ont été sélectionnées ! 2016 sera aussi une année de repos, « mais qu'est-ce que c'était fun ! »
C.R., trop prise par sa vie personnelle, a délaissé CoCyclics, mais la plupart de ses nouvelles de 2015 seront publiées ! Et elle termine le challenge in extremis avec douze nouvelles !

Avec 9 nouvelles, dont plusieurs sélectionnées pour publication, Vestrit n'était pas bien loin de remporter le challenge, mais le manque de temps l'a vaincue. Cela ne l'empêchera pas de renouveler le défi l'an prochain, puisqu'elle le trouve sympathique.
TerhiSchram atteint le même score de 9, tandis qu'Atar et CeGu suivent avec 8, CHANY avec 7 et Takisys avec 6 nouvelles.

En dessous de la barre des 6, Anita, Arcane, Booz, Celia, Delacroix, Eleven, Flume, Firenze le Diadoque, Maspalio, Mémoiredutemps, Monsieur Loup, Nariel Limbaear, Nath, Nelerys, NynaMouskoury, que nous espérons vivement revoir l'an prochain, et qui exploseront le compteur !

Encore bravo à tous les courageux participants et à très bientôt pour le challenge 1 mois / 1 nouvelle 2016 !

vendredi 1 janvier 2016

Nouvel An et rencontre avec Pierre Bordage !

Pour ce Nouvel An 2016, l'équipe Tintama(r)re a le plaisir de vous offrir le compte-rendu d'un évènement organisé par Tremplins de l'Imaginaire !

Bonhommes de neige grenouilles
Bonne année 2016 !

Le samedi 24 janvier 2015, Pierre Bordage est venu à la rencontre de CoCyclics pour une conférence-débat au Tea Corner, un salon de thé bien connu des membres du collectif, situé dans le 1er arrondissement de Paris. Ermina vous a retranscrit en détail ses notes des discussions tenues, merci à elle ! Et merci à Pierre Bordage d'avoir gracieusement accepté leur publication !

Portrait de Pierre Bordage
©Laurence Honnorat

MÉTHODES D'ÉCRITURE

Question : Quelle est la journée type d'un écrivain professionnel ?
Pierre Bordage : Je travaille le jour à partir de huit heures environ jusqu'à dix-huit heures avec une pause déjeuner et éventuellement une balade. Au cours d'une journée type, je produis dix pages. J'en discute avec des collègues auteurs et ils n'ont pas le même rythme. Il y en a qui travaillent la nuit, d'autres seulement dans les endroits bruyants ou dans des lieux silencieux.

Et après l'écriture ?
Je relis le chapitre sur ordinateur, imprime, corrige au crayon. Viennent ensuite la relecture globale sous format électronique et sur papier. Après une dernière relecture sous format électronique, j'envoie ensuite directement à l'éditeur.
J'ai toujours un projet d'avance. À chaque projet, il y a nouveau défi : il faut trouver l'angle de la plongée. J'ai des projets très anciens, que je n'ai pas pu exploiter. Le feu de dieu a été écrit 12 ans après avoir eu l'idée.

Est-ce que vous connaissez la fin ?
Pour certains projets oui, mais souvent, je tombe à côté. Ou alors, je ne la connais pas et ne sais même pas ce qu'il y aura dans le chapitre suivant. Je suis un scripturant, un jardinier pur qui regarde pousser. J'ai besoin d'être surpris par mes personnages. J'en ai qui meurent alors que je ne l'avais pas prévu.
J'ai aussi des idées globales comme Wang, mais les chemins pour aller à la fin sont différents de ce que j'avais imaginé. Dans Roel, j'ai voulu imposer ma volonté, mais en cinquante pages, j'ai tué le roman. Ma nature est d'être jardinier.
[NDLR] Quand les auteurs « architectes » planifient en détail leur histoire avant de se lancer dans l'écriture, les « jardiniers » n'ont aucun plan ou seulement des idées globales.

LES PROJETS

Quand vous construisez un projet, qu'est-ce qui est au centre ?
Pour Abzalon, c'était un personnage. Pour Wang, c'était un univers. Pour les Guerriers du silence, je suis parti d'un personnage qui ne peut pas voyager et qui noie son ennui dans l'alcool. Pour Résonances, c'est une femme dans l'espace entièrement voilée. Si on la voit, elle risque d'être répudiée. Si quelqu'un la voit, il est condamné à mort. Je voulais faire un clash entre l'ultra-technologique et l'archaïsme.

Comment trouvez-vous vos titres ?
Quand je trouve un titre, je suis content. Il peut me venir en cours d'écriture ou après : par exemple, pour Ceux qui sauront, chez Flammarion, c'est l'éditeur qui l'a trouvé.

Donnez-vous tout le temps le pitch ?
J'ai l'impression de m'emprisonner en faisant un pitch, mais les éditeurs ont besoin de préparer la pub du roman avant.
Je n'aime pas plus le faire après l'écriture. Un résumé, c'est plat. On ne restitue pas l'atmosphère du livre. Les quatrièmes de couvertures sont compliquées à faire, je suis incapable d'en faire. L'éditeur me demande des éléments et trie dedans.

Si le personnage vous emmène vraiment très loin, que se passe-t-il ?
Alors, je dis qu'il y a deux volumes. Les éditeurs n'aiment pas les trilogies, car la déperdition de lecteurs est de plus en plus importante avec les tomes. Mais sur un dyptique, il n'y a pas de perte.

Avez-vous déjà été coincé en cours d'écriture ?
Oui, il m'arrive même de me coucher sans savoir ce qui va arriver ensuite, mais le problème se dénoue d'une façon étonnante par l'écriture. Je n'ai pas l'impression d'être l'auteur du livre, mais celui qui le recueille, comme un accoucheur qui recueille un bébé. Moins je mets de moi, mieux le livre se porte. Mon boulot c'est de l'accueillir par l'écriture.

En vous écoutant, on a l'impression que ça va tout seul, mais vous avez un univers construit et on sent que vous avez réfléchi avant.
L'inspiration vient de mes lectures, mais les modes de narration sont en moi. Il y a une sorte de spontanéité. Le livre se nourrit aussi de moi et de mes propres préoccupations. J'ai l'impression que c'est une ancre, un sang qui sort de l'auteur. Donc, quand je commence un roman, je n'ai pas de notes, juste un cahier pour écrire les noms des personnages et des planètes. Je fais une chronologie, car je suis parfois perdu.

Couverture du roman "Abzalon"


Quand vous avez besoin de faire des recherches, vous les faites au fil de l'écriture ?
Pour un roman, il m'a fallu quatre mois de recherches pures sans écrire. J'ai rempli des cahiers, je suis retourné à l'école. Mais je me noyais dans les recherches. Habituellement, je pars avec les personnages, je construis leur parcours. Je fais les recherches au fur et à mesure.

Vous écrivez tout dans l'ordre ?
Oui. Beaucoup de structurants purs ont des problèmes avec l'écriture qui devient douloureuse : il faut mettre de la chair à une charpente. Le jardinier a le plaisir d'être entraîné avec l'écriture. Mais chacun a sa manière de faire. Il faut suivre sa voie à soi. À vous de trouver votre propre fonctionnement, n'imitez personne. L'écriture est une musique personnelle, c'est ce qui fait sa richesse.

Vous prenez des vacances avec tous ces projets ?
Je m'impose quinze jours de vacances entre chaque livre. Je m'occupe de mon jardin, je regarde des conneries à la télé. Je pense que pour regagner la fraîcheur, il faudrait deux mois.

LA NOUVELLE

Pierre Bordage : Je ne suis pas très nouvelle. J'ai commencé par le roman alors que l'univers de la SFFF est amateur de nouvelles. Pour écrire une nouvelle, il faut que je sois poussé à le faire et je reporte jusqu'au bout. Une fois devant l'ordinateur, je ne sais pas ce que je vais faire. La nouvelle, c'est de la mécanique de précision. Il n'y a pas d'investissement émotionnel à la différence du roman. Dans mes romans, j'ai des fins positives, mais pas dans les nouvelles qui permettent de libérer mes instincts sadiques.

LES CORRECTIONS

Comment procédez-vous pour les corrections ?
Je fais une première correction au crayon. Après, je l'envoie à l'éditeur qui met un mois pour lire. La réponse passe par un coup de fil. Puis, je reçois le manuscrit avec les annotations. Un bon éditeur est celui qui souligne pour dire : est-ce que tu peux trouver mieux ? Ce n'est pas celui qui impose. Je corrige ou pas si je ne suis pas d'accord. Cela prend une journée, deux pour les gros romans : ce sont surtout des corrections stylistiques. Tout va très vite quand il n'y a pas de problème de fond. J'essaie de voir le livre comme une partition sur lequel il doit y avoir le moins de fausses notes possible.

Est-ce que vous aviez autant de correction au début ?
Mon premier roman, c'est Les guerriers du silence. Il a connu beaucoup de péripéties. Je l'ai envoyé l'Atalante. En général, quand vous êtes accepté, on vous appelle. L'éditeur m'a appelé et a dit : « c'est bourré de défauts ! ». Il fallait mieux définir les méchants : les bons méchants font les bons romans. Au bout de vingt minutes, je lui demande ce qu'il veut. « Le publier bien sûr ». J'ai dit : « D'accord, mais je le réécris ». Je voyais beaucoup de défauts et il y avait des naïvetés. Je l'ai réécrit huit ans après, puis j'ai fait les dernières corrections chez l'Atalante, ce qui a duré deux jours.
Pour Abzalon, l'éditeur venait chercher les chapitres chez moi. J'étais très en retard. À force de le relire, je ne vois que des défauts et j'ai eu besoin de plusieurs mois pour retrouver de la fraîcheur.

L'ÉDITION

Vous avez eu du mal à être édité ?
Oui. J'ai l'impression que dans la vie, il y a une sorte de destin. Les portes s'ouvrent et se ferment. J'ai écrit Les guerriers du silence à 30 ans, j'ai été publié à 38 ans. C'est resté fermé pendant longtemps et j'avais l'impression que ça ne pouvait pas s'ouvrir. Au début, j'envoyais certes aux mauvais éditeurs, et c'était une erreur. Je ne connaissais pas le milieu, j'ignorais qui étaient les éditeurs de science-fiction et de fantasy. J'étais journaliste sportif. Un jour, j'ai aperçu les romans de l'Atalante en descendant au Virgin et j'ai vu que je connaissais le traducteur des Chroniques d'Alvin le faiseur [NDLR : d'Orson Scott Card]. Je l'ai appelé et je lui ai parlé de mon manuscrit en lui demandant si je pouvais l'envoyer. Il en a parlé à Pierre Michaud [NDLR : le fondateur de l'Atalante].

Couverture du tome 1 "Les guerriers du silence"

Il y a cinq étapes :
  1. Est-ce que vous aimez raconter les histoires ?
  2. Est-ce que vous pouvez aller au bout ?
  3. Est-ce que vous allez plaire à un éditeur ?
  4. Est-ce que vous allez plaire aux lecteurs ?
  5. Est-ce que vous allez vendre assez de livres pour faire gagner de l'argent à l'éditeur et en publier un autre ?
Dans le milieu de l'imaginaire, il y a plein de petits éditeurs pour commencer. On se fait remarquer et on trouve un plus gros éditeur. Quand j'ai commencé, l'Atalante était un petit éditeur. Je suis resté fidèle, sans m'interdire d'aller ailleurs. L'important pour un auteur, c'est d'être publié, pas de s'autopublier.

Est-ce que vous pensez qu'on peut faire carrière, de nos jours ?
Il faut toujours le croire, car ça ne vous appartient pas. Oui, on peut. Moi, je vis purement de l'écriture depuis vingt-deux ans. Il faut tout faire avec son cœur et son énergie et on verra ensuite. Il n'y a aucune porte fermée sur rien.

LE NUMÉRIQUE

Que pensez-vous du numérique ?
Je lis surtout sur papier, mais je ne peux pas l'ignorer, car il est incontournable. Il n'y a pas d'opposition entre ces deux supports, ils sont complémentaires. Le numérique fait aussi vendre du papier.

En tant qu'auteur, est-ce que le numérique a changé vos habitudes ?
Je ne pense pas. L'écriture est une musique qui jaillit, quel que soit le support. Je n'écris plus à la main maintenant. Quand j'ai été assez à l'aise au clavier, j'y suis passé entièrement. Il faut seulement que rien n'interrompt l'écriture.

Que pensez-vous de l'autopublication numérique ?
Il y a une masse importante d'autopublications numériques. Avec l'autoédition, on n'a pas assez de recul.
Sans bornes, comment on va faire pour se repérer ? Si le manuscrit a été refusé par l'éditeur, ce n'est pas pour rien. Comment sortir de la masse si on a un manuscrit un peu meilleur ? Il faut un label qui garantisse la qualité. Sur Amazon, on s'auto-achète pour se retrouver dans le top.
Des éditeurs comme l'Atalante ont réfléchi sur l'édition numérique, mais on ne fait pas des milliers de ventes. Le feuilleton fonctionne avec six ou dix épisodes qui ne doivent pas être trop chers. Des gens disent qu'on peut enrichir le numérique d'images et de vidéo, mais il ne concurrencera pas le jeu vidéo. C'est un moyen de découvrir le texte pur, le seul qui développe l'imaginaire.

Vous lisez ?
J'essaie. Je lis de tout. En ce moment, je lis un gros traité de mythologie du monde. Je rencontre des auteurs dans des salons et on s'échange nos romans.

EN CONCLUSION

Pierre Bordage : En résumé, ne vous laissez jamais décourager et faites-vous confiance, le reste ne vous appartient pas.

lundi 28 décembre 2015

Les Baleines célestes d'Elodie Serrano

Après la fin de son cycle et avoir obtenu l'estampille CoCyclics, Élodie Serrano a accepté de répondre aux questions concoctées par illiane pour Tintama(r)re.
[Pour un petit rappel du fonctionnement des cycles, c'est par ici !]

Logo de l'estampille CoCyclics

Bonjour Élodie : félicitations pour ta fin de cycle !
Merci, il était temps que je termine.

Tout d'abord, est-ce que tu peux nous pitcher un peu ton roman, les Baleines célestes ?
Oui, bien sûr :
À trop vouloir bien faire, on commet des bévues, par exemple laisser filer une baleine céleste, créature destructrice s'il en est. Alexandra Levisky et son équipage se jettent dans le sillage de la fuyarde. Pour l'empêcher d'atteindre le cœur historique de la galaxie, une seule solution : titiller sa corde sensible.

Quelles ont été tes inspirations sur ce projet, autant littéraires que visuelles ?
Hum, la réponse risque d'être décevante.
Je n'ai pas vraiment eu d'inspiration directe. Les deux points de départ ont été l'envie de parler d'un groupe de personnages un peu boulets, un équipage maladroit qui voguerait de bêtise en bêtise. Puis le titre m'a sauté dessus, les Baleines célestes. Je trouvais cette idée d'une créature si massive qui volerait dans l'espace fascinante et merveilleuse. Ensuite, j'ai travaillé à réunir les deux idées qui ne semblaient pas forcément aller en ensemble en premier lieu.
Ce n'est qu'après avoir écrit mon roman que je n'ai découvert que les baleines de l'espace, c'est assez populaire comme idée en fait. Comme par exemple dans un épisode de Docteur Who, ou pas mal d'illustrations (l'une de mes alpha-lectrice ne manque jamais de me les faire découvrir quand elle en trouve une).

Ton roman a obtenu l'estampille CoCyclics en octobre dernier. Comment s'est déroulé ton cycle ? Y a-t-il une phase que tu as préférée ? Quelle a été ta méthode de travail au cours de ton cycle ?
Ce fut long (deux ans, soit deux fois plus long que ce que j'anticipais en termes de durée) et difficile.
Quand j'écris un texte, je suis assez fière du résultat, toujours. Puis quand on me dit ce qu'il ne va pas, je tombe dans l'excès inverse, soit de penser que c'est vraiment nul. Du coup, mon cycle a consisté à osciller entre fierté du travail accompli quand j'ai soumis et terminé les P2 et P4, et déprime intense face aux retours de P1 et P3, où je considérait au final que c'était vraiment bon à jeter. Je suis assez extrême dans l'émotion je pense.
Ma phase préférée a été la P2. J'ai pas mal refondu le texte, supprimé des scènes, ajouté de nouvelles. Un travail de gros œuvre qui a su laisser libre cours à ma créativité pour trouver des solutions aux problèmes soulevés. Cet aspect était moins présent en P4, où j'ai du travailler plus dans le détail, un travail d'orfèvre qui n'est pas vraiment ma tasse de thé, même s'il faut bien en passer par là.
Pour la méthode de travail, j'ai commencé par relire mon roman en début de P2, pour me construire un scène-à-scène sous Excel. Ainsi, en P2 comme en P4, j'ai pu créer une nouvelle fiche et noter sur chaque scène le sort qui lui serait réservé en fonction des remarques de mes bêtas/alphas. Une fois établi mon plan d'attaque, je n'avais plus qu'à m'y atteler, scène à scène. Je pense que cette méthode est plutôt efficace pour moi et je la conserverais pour mes prochains romans.

Dans ton roman, Nathan est un naturaliste passionné par les baleines célestes. Est-ce que ce personnage t'as été inspiré par ta propre passion des animaux ?
Pas le moins du monde.
Nathan est arrivé dans l'histoire comme personnage outil. Un spécialiste de l'espèce qui ne devait, au début, que servir à apporter quelques informations sur les baleines, histoire de ne pas lancer l'équipage trop à l'aveugle dans leur course-poursuite de la créature.
Puis il a pris de l'ampleur bien malgré moi, et gagné son propre point de vue en phase de P2. Pour tout dire, il a fini par surpasser dans mon cœur un autre des personnages du trio principal, Conrad.
Par contre, il est clair que je me suis projeté dans le personnage, pour le côté curieux, scientifique passionné par le vivant, parfois un peu en décalage. Mais pas plus que je n'ai donné à Alexandra certains de mes traits. Même Conrad a bien du prendre de moi, quelque part. J'imagine.

Ton roman appartient à un style un peu inhabituel vu qu'il s'agit d'un space-opera humoristique. N'a-t-il pas été trop difficile de mêler les deux genres ?
Ce n'est pas tant l'aspect space-opera que l'action qui pose souci.
L'introduction d'humour reste délicat, car si l'on veut faire rire, on ne peut pas faire rire n'importe quand. Une blague mal placée, et toute la tension de l'action tombe à plat. C'est ce mariage-là qui a été délicat à manier. En résulte un roman au ton léger, mais on est loin de l'action endiablée aux blagues alignées comme si la vie de l'auteur en dépendait que l'on peut retrouver chez Pratchett.
Sur cet équilibre, l'aide des bêtas a été précieuse. Elles m'ont vraiment permis de cerner les moments où l'humour allait à l'encontre de la progression de l'histoire, afin de mélanger au mieux les deux sans que l'un vole la vedette à l'autre.

Maintenant que tu as terminé ton cycle, tu t'es engagée sur le chemin de l'édition. Comment as-tu ciblé les maisons d'éditions auxquelles tu as envoyé ton roman ?
La question piège. J'avoue être un peu en difficulté sur ce point.
D'une part, parce que la SF n'est pas forcément autant demandée que la fantasy par les maisons. D'autre part parce que j'y ajoute un ton léger qui n'est pas forcément la tasse de thé de tous les éditeurs. En gros, je pars avec un énorme handicap.
Du coup, j'ai pris le Grimoire Galactique des Grenouilles, j'ai coché toutes les maisons qui font de la SF, puis j'ai trié pour voir ceux qu'un peu d'humour pourrait intéresser. Ça ne me fait pas une liste monstrueuse d'envois, mais la légende raconte qu'il suffit d'un seul "oui".

Une dernière petite question pour la route ! En parallèle de tes envois, quels sont tes autres projets en cours ?
Je continue à écrire des nouvelles, inlassablement. J'ai déjà 5 textes à paraître en 2016, ce qui commence à faire une jolie présence dans le monde de la nouvelles je trouve.
Sinon, j'ai participé au NaNoWriMo en Novembre dernier et je devrais bientôt m'atteler aux corrections. Il s'agit d'un pulp, un space-opera, encore un, avec des dinosaures qui parlent et se rebellent contre leurs créateurs. Le personnage principal, jeune femme qui ne faisait que passer par là, se retrouve propulsée au milieu de tout ce bazar et se retrouve porte parole officiel de la cause, rien que ça. Je me suis bien amusée avec, même si j'ai pas mal de gros œuvre qui m'attend pour le faire maigrir dans un format novella plus dynamique.

Merci encore Élodie pour tes réponses et bon courage pour la suite !

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