Dans le cadre de la fin de son cycle, Stéphane Desienne a accepté de
répondre à quelques questions de l’équipe, questions créées grâce au
soutien des alphas et bêtas de ce cycle.
Bonjour Desienne,
Merci d’accepter de répondre à nos questions. Pour commencer, pourrais-tu te présenter et nous parler de ta série Toxic ?
Je
suis auteur de SF, établi sur les bords de la Loire, papa de 2 loulous
et aussi des aliens et zombies de
Toxic. La série est publiée par
Walrus Books et nous venons juste de boucler la saison 1 qui comporte 6
épisodes. Dans la saison 2, de nouvelles épreuves attendent les héros
humains. Il y aura toujours autant de zombies pour pimenter les
situations, un élargissement du focus sur les aliens et le nébuleux
collectif commercial.
Toxic a incubé sur CoCyclics, lors de mon
challenge 2012, avant de contaminer les tablettes, les liseuses des
lecteurs et lectrices. On doit être vers les 6 000 téléchargements à
l'heure actuelle, ce qui est un sympathique succès vu le thème (il faut
aimer les zombies, le pulp, les aliens, la SF...) et que je suis un
auteur inconnu.
J'en profite d'ailleurs pour remercier ceux et celles
qui m'encouragent sur les réseaux sociaux, sur la mare. J'apprécie ce
contact direct avec les lecteurs et lectrices.
Pourrais-tu nous présenter ton nouveau roman Les Dividendes de l’Apocalypse en quelques mots ?
Les
Dividendes de l'Apocalypse, c'est un coup d'État fomenté pour redonner à
l'Église sa place dans l'Histoire. L'ambitieux chef de l'Inquisition
décide de faire table rase du passé, et table rase n'est pas qu'une
métaphore.
Pour contrer le plan du Grand Inquisiteur, le Secrétaire
d'État de la Curie, Joseph Joachim Janssen, n'hésite pas à jeter son ami
d'enfance dans la mêlée. Durant vingt-quatre heures, Giuseppe, qui se
méfie de celui qu'il appelle J-3, devra sauver le Pape, affronter
l'Apocalypse, les Gardes Suisses lancés à ses trousses... et faire
équipe avec une mercenaire venue d'un monde extérieur, une infidèle
nommée Eryn.
L'action demeure au cœur de l'histoire et alterne entre
le point de vue J3 dans les hautes sphères du pouvoir et celui de
Giuseppe en fuite avec le Pape.
J'avais imaginé ce récit pour un
appel à texte sur l'apocalypse. J'ai rapidement débordé en terme de
volume pour me retrouver avec une novella puis, après le cycle, avec un
roman.
Ce n'est pas le premier texte où tu abordes des idées de religion en SF. Est-ce un sujet important pour toi ? Pourquoi ?
Ce
troisième texte constitue une nouvelle incursion sur ce terrain. J'ai
déjà abordé la religion dans Hérésie Minérale, dans la twitter fiction
3000 pieds également.
Le "fait religieux", la croyance, les rites,
l'existence d'un ou des dieux et ses volets métaphysiques,
philosophiques abondent en Science-Fiction. Curieusement, la religion au
sens applicatif (comme peuvent l'être le catholicisme, l'islam, la
religion juive, etc.) reste un peu à l'écart. Le futur de l'Église
catholique a été relativement peu traité (à part dans Hyperion et
Endymion où Dan Simmons transforme l'Église en régime totalitaire et
militariste). Je pense que c'est un thème original avec du potentiel
narratif.
L'église est une institution qui évolue depuis sa
fondation. Elle subit les effets du modernisme, de la mondialisation, de
l'évolution des mœurs, de l'exercice du droit, l'érosion de la Foi,
etc. Comme toute institution, elle continuera à évoluer en même temps
que la société, elle traversera d'autres crises.
La projection de l'Église dans le futur recèle, à mon avis, pas mal d'histoires intéressantes.
J'ai
d'ailleurs posé les éléments principaux d'un projet SF qui lui sera
entièrement consacrée. Je ne révèle rien du synopsis pour le moment, je
peux juste vous dire que l'on va beaucoup s'amuser (et réfléchir un peu
aussi).
Pour imaginer le Nouveau Vatican du futur, as-tu écrit
une chronologie des événements entre 2014 et le temps du récit ? Si oui,
avec quelle précision ?
Le temps du récit se situant à plusieurs
siècles de 2014, je n'ai pas défini de chronologie particulière. À la
base, je souhaitais réduire le background de manière a laisser la pleine
place à l'action. J'ai posé quelques évènements comme l'atomisation de
l'ancien Vatican, l'exil sur une planète à l'écart du mercantilisme
spatial qui caractérise l'Espace Humain. Je n'avais pas besoin de plus
de matériaux pour lancer la course poursuite.
Lors de la phase 1,
tes alphas t'ont proposé des bêtas de certains passages ciblés. Est-ce
que ça t'a permis de clarifier certaines remarques difficiles à
comprendre ? Est-ce que tu le recommanderais pour les futurs cycles ?
Ça
m'a beaucoup aidé à mettre le doigt sur des soucis comme le problème
des orateurs en train de parler, la surutilisation de "il", la
construction de phrases très répétitives, la gestion des informations,
le souci de l'empathie pour les personnages...
J'ai demandé à mes
alphas s'ils pouvaient m'indiquer les passages incriminés où la
concentration de défauts était flagrante. C'est à partir de là que
l'idée d'une bêta-lecture d'un passage ou deux s'est imposée. L'idée
c'est de sélectionner un ou deux extraits représentatifs, et guidé par
les alphas, de définir les problèmes récurrents, ceux qu'on retrouve
ailleurs.
L'avantage, c'est de déceler ses défauts plus rapidement et
de s'appuyer sur les exemples représentatifs de ses propres "bêtises".
L'inconvénient
c'est qu'on aborde déjà un travail de phase 3 et que les détails
peuvent détourner l'attention des soucis de fond sur l'articulation de
l'histoire.
Au départ de ta bêta-lecture, tu étais très réticent à
modifier la taille de ta novella pour la transformer en roman.
Regrettes-tu d’avoir fait ce changement de format ? Comment cela
s’est-il passé pour toi ?
J'ai mis du temps à réaliser que c'était nécessaire.
J'avais
une obsession : l'unité de temps et de lieu. Pour moi, l'histoire se
déroulait sur 24 heures, sur Nouveau-Vatican, comme dans la fameuse
série 24 ou Jack Bauer avait 24 h pour sauver le président. Ici,
Giuseppe a 24 h pour sauver le Pape, le jour de l'Apocalypse (pour faire
court). Le parti pris justifiait une mise à l'eau rapide du lecteur,
tout de suite trempé dans une action rapide où les évènements et les
courses poursuites s'enchainent.
Les bêtas m'ont fait remarquer que
la complexité du background (l'Église installée sur un autre monde, le
fonctionnement de la théocratie locale, la position acquise par
l'Inquisition, le rôle du Pape) conduisait immanquablement à une
inflation de la taille du récit afin de rendre l'ensemble plus solide et
cohérent.
Ils ont également soulevé la frustration — entre autres —
engendrée par la bataille spatiale impliquant l'escadre "Papale" : "trop
brève !"
Au départ, j'ai opposé un non catégorique. Les bêtas ont
insisté, avec diplomatie, en indiquant des pistes où creuser, en
montrant comment le développement de tel aspect amènerait plus de
compréhension et d'intérêt. Ils ont fait preuve d'une exceptionnelle
patience, le temps que j'absorbe tout cela.
J'ai grincé des dents au
départ, parce que je m'imaginais qu'il fallait tout refaire. S’ils
insistaient, c'est qu'ils voyaient des choses que je ne voyais pas.
Alors, j'ai mis le texte de côté pendant un moment. Avant de revenir
dessus, à froid. Et de comprendre ce qu'ils voulaient me dire.
Je ne
regrette pas le changement de format, et je pense que le récit a acquis
davantage de profondeur ainsi, même si j'ai dû dire au revoir à mes
idées fixes.
Tu as laissé passer un long moment entre les retours
de tes bêtas-lecteurs et le début de tes corrections, par contre, une
fois lancé, tu as terminé très vite. Est-ce une méthode de travail
habituel pour toi ?
Ça a déjà été le cas lors de mon premier cycle.
J'imagine
qu'il me faut du temps pour absorber l'ensemble des informations
apportées par les alphas et bêtas. Le temps d'attente est un moment où
je rumine beaucoup. Il faut comprendre les remarques, les digérer, les
intégrer sachant qu'elles impliquent le style, l'histoire, les
personnages, le background, de nombreux détails... et que le tout se
mélange dans ma tête. Cela me demande du temps quand il y a des points
de blocage et des doutes.
Tout cela tourne dans mon esprit jusqu'au
moment où les pièces s'alignent et qu'un cheminement apparaît : c'est à
cet instant que je déroule la correction, très vite d'ailleurs parce que
la clarté que je ressens à cet instant ne dure qu'un temps. Ça
ressemble à une fenêtre de tir, tout m'apparaît clair comme de l'eau de
roche, alors je fonce.
Merci pour ces réponses et longue vie pour
« Les Dividendes de l’Apocalypse ». Et encore merci à Lieko, Scipion et
Cendrefeu pour leurs suggestions de questions.
Merci également à Mandragore pour la gestion de cet article !
Pour plus d'infos :