lundi 6 octobre 2014

Rencontre avec Yves Lavandier - Partie 1

Le vendredi 16 mai 2014, Yves Lavandier est venu à la rencontre de CoCyclics pour une conférence-débat au Tea Corner, un salon de thé bien connu des membres du collectif, situé dans le 1er arrondissement de Paris. Jean-Sébastien, alias Sycophante, vous a retranscrit en détail les discussions qui s'y sont déroulées. Ces retranscriptions prendront la forme de trois articles postés les 6, 9 et 12 octobre.


Quand on est passionné par l'écriture et le cinéma, peut-on rêver plus belle rencontre ? Ancien élève du réalisateur Milos « Amadeus » Forman, Yves Lavandier est non seulement un scénariste/script doctor/réalisateur de talent, mais aussi l'auteur de l'ouvrage de référence La dramaturgie ainsi que de Construire un récit et Évaluer un scénario. La Dramaturgie est un livre vendu à 30.000 exemplaires et traduit en plusieurs langues. C'est donc non sans une certaine ferveur que j'ai couru rejoindre mes camarades d'écriture au sympathique Tea Corner (http://www.teacorner.fr).Yves Lavandier nous a tout de suite mis à l'aise avec son humour et sa gentillesse. Loin de vouloir nous donner des règles gravées dans le marbre en matière d'écriture, il nous a invités à être critiques dans nos questions.




Yves Lavandier : Bonjour à tous, je suis très honoré. J'ai lu attentivement vos questions, certaines m'ont poussé à réfléchir à des choses auxquelles je n'avais jamais pensé. Pour d'autres, je n'ai pas de réponses. Je trouve humain de vouloir chercher le bouquin parfait, unique, un peu comme l'anneau chez Tolkien, l'objet qui donne tous les pouvoirs. Mais le bouquin idéal n'existe pas. Il faut puiser à droite et gauche, prendre ce qui fait écho dans nos vies et dans notre pratique d'écriture.


Comment définir le conflit et le besoin de conflit dans un texte ?

Yves Lavandier : Le conflit existe dans la vie bien avant d'exister dans la fiction. Ce que j'appelle « conflit », c'est toute circonstance difficile de la vie qui engendre nécessairement frustration et, souvent, de l'anxiété. On va bien au-delà de la dispute ou de la bagarre, des images un peu primaires ou clichés du conflit. Le conflit, ça peut être un problème de choix. Exemple : un employé qui n'ose pas demander une augmentation à son patron. Le patron dit à son employé à quel point il est formidable, lui passe la pommade… Si vous ne savez pas que l'employé a envie de demander une augmentation, vous ne voyez pas de conflit dans la scène. Cela veut dire qu'il faut informer le lecteur ou le spectateur.

Quand ces circonstances sont vécues par des gens mûrs, sages, zen, elles n'engendrent pas anxiété et frustration. Vous pouvez, face à une difficulté de la vie, la prendre avec humour et/ou avec de la distance, avec philosophie : « C'est comme ça, c'est la vie. La vie commence avec du conflit et finit par du conflit, je vais m'enrichir de cette épreuve, de cette difficulté ». Auquel cas ce n'est pas vécu comme un conflit. Donc le conflit se définit aussi dans la façon dont il est reçu par celui qui le vit. Il ne suffit pas de mettre en scène le conflit, il faut montrer que ça affecte la victime. Si vous donnez une claque à quelqu'un, et que la personne répond « même pas mal », et qu'elle a l'air sincère, il n'y a pas de conflit. Dans ce cas de figure, le conflit est presque pour celui qui vient de donner la claque.


Mais si un personnage n'éprouve pas d'anxiété ?

Yves Lavandier : L'anxiété n'est pas systématique. Le personnage peut être juste frustré et pas anxieux. Mais en général quand on entreprend quelque chose, et que le résultat est incertain, il y a de l'anxiété qui se créé automatiquement. Mais oui, on peut vivre autre chose que de l'anxiété : la colère par exemple.


En fait, il faut un moteur pour pousser le personnage à faire quelque chose ?

Yves Lavandier : S'il entreprend quelque chose, il y a de l'anxiété, sauf s'il est sûr de réussir. Mais être sûr de sa réussite, c'est une pensée rare ! Le conflit le plus intéressant, c'est le conflit dynamique. On peut en effet vivre du conflit. La torture est une forme de conflit, mais pour moi ce n'est pas un conflit intéressant car c'est trop fort. C'est un conflit passif. Donc non seulement il faut du conflit dans un récit, mais il faut en plus qu'il soit bien dosé. Et qu'il génère de la dynamique. Le conflit est une condition nécessaire, mais ce n'est pas une condition suffisante. Il y a conflit et conflit. Alors comment définir le besoin de conflit dans un texte ? Il y a un symptôme assez classique dans certains récits, un fantasme d'harmonie de la part de l'auteur, par exemple une histoire d'amour banale dans laquelle tout se passe bien. La vie est faite de conflits, pourquoi ne pas en mettre dans nos fictions ? Je comprends les gens qui vivent un cauchemar dans leur vie quotidienne et qui voudraient de l'harmonie. Ils vont donc raconter une histoire où tout se passe bien, mais qui ne va pas passionner l'autre. Le conflit, c'est un outil de caractérisation, de crédibilité. Est-ce que quelqu'un pense ici que le conflit n'est pas omniprésent dans la vie ? Vous avez le droit de penser le contraire, vous serez respectés (rires). Vous, vous avez levé le doigt (rire général).


Je pense à l'exemple de Breaking Bad, avec le cancer de Walter White. Est-ce qu'un postulat de départ peut être considéré comme un conflit ?

Yves Lavandier : Le conflit principal de Breaking Bad, ce n'est pas le cancer. En l'occurrence, là c'est l'incident déclencheur. L'objectif de Walter White n'est pas anodin, il faut donc le motiver.


Et le conflit interne au personnage, lorsqu'il lutte contre lui-même, on est dans la même question ?

Yves Lavandier : Je parle de tout type de conflit, le conflit interne, c'est donc encore plus intéressant. Ce sont les conflits que je préfère. Il y a des exemples fascinants. Je me souviens, dans les années 80, d'un reportage sur les services de sécurité d'un supermarché. Avec leurs caméras, ils avaient repéré un petit vieux qui piquait des dictionnaires. Il avait fait quelque chose de mal, mais il vivait tellement de conflit à être arrêté, culpabilisé, menacé, que très vite je me suis identifié au petit vieux et mis à le plaindre. Cela aurait été un jeune, ça aurait été pareil. C'est celui qui vit le plus de conflit qui est, pour moi, le plus attachant.


Est-ce qu'on peut imaginer que, parce que le lecteur a davantage de connaissances que le personnage d'un récit, ce lecteur vive le conflit alors que le personnage ne le voit pas ?

Yves Lavandier : Bien sûr. C'est l'exemple de la bombe sous la table [1]. D'ailleurs, le conflit doit être prioritairement vécu par le spectateur, plus encore que par le protagoniste. Vous pouvez aussi combiner les deux. Dans Jean de Florette, Jean a du mal à faire vivre sa ferme. Il vit du conflit, de la frustration, de l'anxiété… Et en même temps, il est victime de la manipulation de Papet et Ugolin.


Comment expliquer un manque de conflit à un auteur sans le braquer, ni passer par l'impression de donner un cours magistral ?

Yves Lavandier : Pour ne pas braquer un auteur il faut dire "je". A priori le manque de conflit, souvent ça génère comme symptôme du « Je m'ennuie, je décroche… » L'auteur ne peut pas le discuter. Au pire, un auteur vraiment orgueilleux dira « tu décroches, d'accord, mais tu représentes une minorité de lecteurs, 95% des lecteurs trouveront ça passionnant". C'est là l'intérêt de ce que vous faites, des ateliers d'écriture : quand vous avez un lecteur qui ne comprend pas un texte ou s'est ennuyé, vous pouvez vous dire « bon, espérons que la majorité des lecteurs ne sera pas comme lui ». Mais quand dans un atelier d'écriture, et c'est imbattable, vous avez 4-5 personnes de sexe, d'âge, de culture différents qui disent « là je n'ai pas compris », vous ne pouvez plus vous échapper. Là ça vient forcément du texte, et non des récepteurs. Un autre moyen : rappeler à l'auteur que dans la vie il y a du conflit, probablement dans la sienne aussi, même pour le dalaï lama (rires). Face à un auteur qui ne comprend pas pourquoi il devrait ajouter du conflit dans son histoire, il pourrait être intéressant de lui demander de citer ses œuvres préférées. Il est quasi certain que ce seront des œuvres avec des conflits forts.


Et la fin d'une histoire ? Une fois qu'on a résolu le conflit dont on parle ?

Yves Lavandier : Cela dépend beaucoup du sens qu'on veut donner à une histoire. Il y a pas mal d'histoires qui se terminent par un échec : Cyrano n'arrive pas à séduire Roxane. Pour le coup, Rostand conclut triplement : Cyrano échoue, ensuite Rostand résout son ironie dramatique, ce qui est la moindre des politesses, et en plus il fait mourir son personnage (rires).
Mais on peut imaginer que Roxane retrouve… ah non, Christian est mort aussi (rires) ! Et en plus elle rentre dans les ordres (rires). Mais après ça dépend des histoires. Si l'un des personnages s'est enrichi, a grandi, c'est déjà formidable. On n'est pas obligé de laisser entendre que tout finit bien comme dans un conte de fées. Parfois on peut grandir et échouer. Ou échouer et grandir. C'est le cas du Roi Lear, de Rain Man… Tout dépend du sens qu'on veut apporter à l'histoire. Beaucoup de comédies se terminent avec l'idée que la vie continue avec son lot de conflits.


Même si on dote son récit de nombreux conflits, ce n'est pas pour autant qu'on réussira pour autant à accrocher le lecteur. Y a-t-il une astuce pour gagner en suspens et en tension dans les scènes de conflits ?

Yves Lavandier : Je pense que si vous mettez du conflit dynamique il y a des chances pour que vous accrochiez le lecteur. Un truc vachement important : être clair, être vraisemblable, respecter l'unité d'action, renseigner le lecteur, lui expliquer les tenants et les aboutissants, le faire participer. Je n'aime pas beaucoup les mystères. Je trouve que c'est un manque de confiance dans un récit.




Y a-t-il une astuce pour gagner en suspens ?

Yves Lavandier : Mettre de l'enjeu. C'est un truc que beaucoup d'auteurs oublient.


Je n'arrive pas à voir concrètement ce qu'est l'enjeu ?

Yves Lavandier : C'est une bonne question. Qu'est-ce que l'enjeu ? Pour un pompier qui lutte contre un incendie, l'enjeu c'est la maison. C'est un objet, une émotion, la vie, la dignité, l'honneur… Pour définir l'enjeu, c'est très simple. Posez-vous la question : qu'est-ce que mon protagoniste a à gagner ou à perdre ? Son honneur ? 100.000 euros ? Ce qui est mis « en jeu ». Parfois l'enjeu n'a pas besoin d'être explicité : si le personnage est attaqué à coups de mitraillettes, on comprend que l'enjeu, c'est sa vie. Parfois, ça a besoin d'être clarifié. D'autant plus que souvent l'enjeu est lié aux motivations. On peut vouloir gagner beaucoup d'argent pour payer une opération à sa vieille mère, et puis on peut vouloir gagner beaucoup d'argent pour s'acheter une cinquième Porsche. Qu'est-ce que mon protagoniste a à gagner ou à perdre ? Si la réponse est « rien », vous avez un problème d'enjeu.


Dans un roman, n'y a-t-il pas un risque à tomber dans une accumulation de péripéties à force de vouloir entretenir du conflit ?

Yves Lavandier : Ben oui, mais on peut mettre du conflit sans accumuler les péripéties. D'ailleurs Breaking Bad est un très bon exemple : les scénaristes arrivent à remplir 5 saisons avec très peu de personnages, aucune sous-intrigue, à part celle du beau-frère qui travaille pour les stups, mais elle est complètement liée à l'intrigue principale. C'est différent d'Un village français, que j'aime beaucoup, de Desperate Housewives ou Downton Abbey, des séries avec beaucoup de personnages principaux, donc forcement beaucoup de sous-intrigues. Là vous êtes obligé d'enchaîner les nœuds dramatiques et d'accumuler les péripéties. Si vous vous contentez de peu de personnages et de peu d'intrigues, et que vous avez des heures et des heures à remplir, il suffit de milker. Pour ceux qui ne se souviennent pas de « milker », chapitre 7 (rires), « exploiter, faire mousser ».


Le conflit est-il primordial en littérature ?

Yves Lavandier : Peut-être moins qu'en dramaturgie. Je pense - et je sais que vous avez des contre-exemples, qu'il est quand même assez rare qu'un lecteur ouvre un bouquin et le lise d'une traite pendant quatre heures ou cinq heures. En général, on les lit les œuvres en plusieurs fois. Un film ou une pièce, a priori, ça prend d'un seul coup deux heures de notre vie. Cela implique plus de rigueur. Quand vous allez acheter le DVD de La Mort aux trousses, vous n'allez pas le voir en quinze fois.

Exemple : l'unité d'action. J'ai toujours pensé qu'elle était plus importante dans le récit dramatique voué à être vu (théâtre, cinéma) que dans le récit littéraire voué à être lu. Maintenant, est-ce que parce que vous écrivez un roman vous pouvez vous permettre des digressions soporifiques ? Je ne suis pas sûr.


Sauf que pour une série télévisée cela s'applique moins…

Yves Lavandier : Parce que c'est beaucoup plus long. Mais, pour autant, vous ne regardez pas un épisode en 15 fois !


Cela dit on retrouve parfois le même schéma sur l'ensemble d'une saison en plusieurs épisodes.

Yves Lavandier : Oui.


Cela peut correspondre au schéma d'un film ou d'un roman.

Yves Lavandier : Exactement. C'est d'ailleurs pour ça que dans les séries télévisées, il y a plusieurs unités d'action. Souvent, chaque épisode contient sa propre unité d'action. Si c'est bien foutu, vous ne regardez pas l'épisode en quatre fois. Souvent vous en regardez même un deuxième… Pour finir sur le conflit, la question la plus intéressante, mais personne ne la pose (rires) c'est : « pourquoi n'ai-je pas envie de mettre du conflit dans mon récit ? » Posez-vous cette question. Je ne pense pas qu'on écrit pour échapper à sa vie. Cela ne peut pas être la seule motivation. C'est un gros débat.


J'aimerais revenir sur le lien entre enjeu et tension s'il vous plaît.

Yves Lavandier : Plus il y a d'enjeu, clair, exploité, logiquement plus il y a d'identification, de suspens, de tension etc.


L'enjeu lui-même, ce n'est pas lui qui créé la tension ?

Yves Lavandier : Après ça dépend ce que vous appelez la tension. C'est quoi la tension pour vous ?


C'est ce qui accroche le lecteur et lui permet de… de tenir jusqu'au bout.

Yves Lavandier : Eh bien si, c'est lié à tous ces éléments. Conflit dynamique, enjeu…


La Dramaturgie et Évaluer un scénario ont été, à la base, plutôt écrits pour les scénaristes appartenant au monde du cinéma. En quoi vos ouvrages peuvent-ils aider un romancier étant donné que celui-ci utilise un média par nature très différent ?

Yves Lavandier : C'est une bonne question, je vous la pose parce que moi j'en sais rien du tout (rires). Peut-être qu'ils ne servent à rien, je ne sais pas… Non mais il y a quand même une logique à ce que mes livres soient utiles aux romanciers. Je suis persuadé que la dramaturgie, le récit, la narration préexistent au théâtre, au cinéma, à la littérature. Cela existe dans la vie. Le jour où on apprend que DSK est arrêté à New York, vous avez un incident déclencheur. Le feuilleton démarre avec une caractérisation, de sacrés enjeux, des coups de théâtre, un climax, du suspens pour ceux qui s'intéressent au destin de DSK etc. Vous ouvrez le JT, vous avez de la dramaturgie. Donc si vous vous attachez à raconter une histoire, logiquement, dès que vous racontez des aventures humaines, forcément il y a plein de passerelles. Je cite très peu de références littéraires dans la dramaturgie parce que ma culture littéraire est faible. En fait, ma motivation de départ, c'est qu'on me raconte une histoire. J'ai lu des romans qui m'ont passionné, même si j'en ai pas lu beaucoup, j'adore les contes de fées. Je ne sais pas à quand ça remonte. Tout bébé déjà, j'adorais qu'on me dise mes quatre mots préférés dans la langue française : « Il », « était », « une » et « fois ». Je ne veux pas généraliser, mais je pense qu'on est tous un peu pareils. Quand je m'assois dans une salle de cinéma, de théâtre ou devant une série télé, il y a une espèce de frisson. J'espère que ça va être bien raconté, j'ai envie d'être embarqué. À partir du moment où vous racontez des aventures humaines, il est logique que les outils du récit vous soient utiles. Et il est logique qu'il y ait du conflit. Je vais vous bourrer le crâne avec le conflit (rires).


Quelles sont les différences entre l'écriture d'un synopsis pour un roman et l'élaboration d'un scénario pour le cinéma ?

Yves Lavandier : Je n'en sais rien (rires). Je n'en sais rien car je ne vois pas comment on peut comparer un synopsis pour un roman, et un scénario pour le cinéma. Ah oui, « l'élaboration d'un scénario pour le cinéma »… La méthode que je propose dans Construire un récit, avec le principe des fondations, ça peut très bien fonctionner pour un roman. Moi j'aime pas les synopsis en général. Les synopsis, je les écris parce que les jurys et les comités de sélection les demandent.


Les auteurs n'aiment pas les synopsis non plus… (Rires nerveux dans la salle).

Yves Lavandier : Un synopsis, c'est aberrant ! C'est comme si on demandait à un réalisateur de faire sa bande-annonce avant de tourner le film, c'est débile. Moi je le fais en général après que le scénario a été écrit, et en plus je ne vais pas jusqu'à la fin. Je pense que c'est beaucoup de paresse de la part des gens qui réclament un synopsis. Soit ils n'ont pas envie de lire le scénar, ils ont juste envie de savoir de quoi ça parle. Soit ils en lisent 40 avant de se réunir pour attribuer les aides et, c'est légitime, ils sont un peu perturbés, donc ils reviennent au synopsis. Sinon, dans la méthode que je propose, Construire un récit, vous noterez qu'il n'y a pas de synopsis.
Maintenant, si vraiment on vous en réclame un pour financer l'écriture, avant que le roman soit terminé, faites au moins ce que j'appelle « les fondations » pour savoir ce que ça raconte, jusqu'où vous allez, comment ça se termine, etc. À partir de là, ça vous aidera à écrire un synopsis. Dans les deux cas je ne vois pas de différences, que ce soit pour le cinéma ou pour le roman.


Pour les éditeurs, on parle de synopsis qui sont exigés après le roman…

Yves Lavandier : Ah bon ! Et ça sert à quoi ?


Quand les auteurs envoient leurs manuscrits, les éditeurs veulent savoir où va l'histoire, les enjeux, les personnages…

Yves Lavandier : Ouais… Eh ben alors c'est pas compliqué d'écrire un synopsis (rires nerveux dans la salle). Quand je fais du script doctoring, je demande systématiquement la note d'intention et le synopsis, mais je les lis après. Je lis d'abord le scénario. Les différences entre ce que disent le synopsis et la note d'intention, d'un côté, et ce que dit le scénario, de l'autre, sont très éclairantes. Il y a souvent un décalage entre ce que l'auteur croit avoir mis, entre la pensée et sa traduction. On peut se dire « c'est normal, il y a toujours un décalage, c'est logique ». Mais parfois, même entre le synopsis et le scénario il y a des différences. Il y a des choses qui sont dans le synopsis et qui ne sont pas dans le scénario. L'auteur n'en a pas toujours conscience.


Fin de la première partie... rendez-vous dans trois jours pour la suite !

Notes
[1] Exemple célèbre d'Alfred Hitchcock. Tandis que des personnages discutent tranquillement, la caméra montre une bombe sous une table. Alors que les protagonistes sont inconscients du drame qui se joue, les spectateurs ressentent une grande tension.

mercredi 1 octobre 2014

Nouveau partenariat avec Rivière Blanche !

Le collectif est très fier de vous annoncer un nouveau partenariat :




La parole est à Philippe Ward :

Rivière Blanche est une collection de la maison d'édition Black Coat Press dirigée par Jean-Marc Lofficier. Rivière Blanche a un site internet : http://www.riviereblanche.com.

Rivière Blanche est une micro-édition gérée bénévolement par Jean-Marc Lofficier et Philippe Ward, grands amateurs de SF et d'imaginaire, à partir d'une idée directrice : relancer une certaine forme de littérature populaire en publiant d'anciens manuscrits retenus par le Fleuve Noir avant que le changement de direction littéraire n'impulse une autre direction à ses collections et ne rende les manuscrits aux auteurs. Le nom "Rivière Blanche" a, bien entendu, été choisi en hommage au Fleuve Noir. À côté de ces livres des "grands anciens" de la SF, Rivière Blanche s'est également donné pour mission de publier des ouvrages plus variés et de découvrir notamment de jeunes auteurs.

Nous avons quatre collections :
  • Blanche : SF ; Anticipation, des inédits des grands anciens du Fleuve noir Richard Bessière, Louis Thirion, M.A. Rayjean, Daniel Piret, Piet Legay, Claude Legrand, Jimmy Guieu, G. Morris, mais aussi des grands noms de la SF française, Jean-Marc Ligny, Jean-Pierre Andrevon, P.J. Herault, Hughes Douriaux, Michel Pagel, François Darnaudet, Patrick Eris, Daniel Walther, J.-M. Calvez, Francis Valéry, Rachel Tanner, etc., et de jeunes auteurs comme Eric Boisseau, Bruno B. Bordier, Laurent Whale, Simon Sanahujas, John Lang, Thomas Geha, Sellig, Alain Blondelon, Philippe Heurtel, etc.
    La Rivière Blanche met un point d'honneur à publier tous les ans de jeunes auteurs dont c'est le premier roman ou un premier recueil de nouvelles.
  • Noire : Fantastique. Réédition des 18 volumes de Mme Atomos, la série les compagnons de l'ombre (9 volumes à ce jour), parution d'inédits de Gilles Bergal, Philippe Ward, Kurt Steiner, David S Khara, Jacques Sadoul, Micky Papoz, E. Maia, C. Siebert, Dominique Rocher, et aussi des recueils de nouvelles fantastiques de Richard Nolane, Charlotte Bousquet, Patrick Eris, François Darnaudet.
  • Bleue : domaine étranger avec la collection DIMENSION. Nous avons parlé de la SF hispanique, latino-américaine, soviétique, russe, suisse, nous avons publié des auteurs cubains (Yoss), américains (Schekley et Tubb), russes (Boulytchev) britanniques (Stableford), espagnols (Quesada), rendu hommage à des auteurs français (Dorémieux, Guieu, Hubert), publié des anthologies thématiques (Capes et esprits, Les enfants de Masterton, Super Héros).
  • Baskerville : dirigée par Jean-Daniel Brèque, qui a pour but de redonner vie à des romans français ou anglo-saxons libres de droits. Avec des auteurs comme Mrs Oliphant, G. Allen, R. Barr, R. March.

Rivière Blanche publie en édition à la demande (tirage à la demande en petites quantités) et vend principalement via internet à tous les amateurs "orphelins" d'Anticipation, mais aussi à de nouveaux lecteurs qui découvrent le plaisir de lire cette SF populaire que nous aimons tant. Nous n'avons de distributeur mais nous sommes cependant présent chez plusieurs librairies "partenaires". Par ailleurs, nous sommes largement présents dans les festivals français de SF, ce qui permet un contact convivial avec les amateurs qui suivent nos collections.

Nous ne gérons pas comme les maisons d'édition classiques, les tirages de départ, les stocks et la réimpression. Les ouvrages sont imprimés par Lightning Source (Royaume-Uni), pour un premier tirage de cinquante d'exemplaires. Ensuite, nous pouvons réaliser des retirages en fonction des ventes, mais toujours par petites quantités. Un ouvrage est ainsi toujours disponible au catalogue de Rivière Blanche ; la vente d'un titre se fait donc dans la durée, plutôt que dans l'instant, sur quelques mois, comme c'est désormais le cas pour les sorties de plus grandes maisons d'édition.

Nous avons un contrat qui laisse tous les droits aux auteurs : les auteurs reçoivent 50 % du prix de chaque ouvrage vendu. Nous payons nos auteurs tous les trimestres. Bien entendu, les auteurs peuvent acheter des exemplaires de leurs titres avec une réduction de 50 %.

Comme vous pouvez le constater, Rivière Blanche est avant tout une démarche de passionnés, d'amateurs (au sens le plus noble du terme), et ne fonctionne pas suivant le même modèle qu'une maison d'édition traditionnelle. Certes, nous avons de petits moyens mais la structure est rentable et chaque centime est réinvesti dans la production des ouvrages suivants.


Merci beaucoup Philippe Ward et l'équipage naviguant de la Rivière Blanche pour cette confiance !

jeudi 11 septembre 2014

Entretien croisé avec Cindy Van Wilder et Paola Grieco

Tintama(r)re poursuit les interviews croisées entre un éditeur/une éditrice et un·e "jeune" auteur·e, avec cette fois-ci la rencontre entre Cindy Van Wilder, auteure des Outrepasseurs, et Paola Grieco, éditrice aux éditions Gulf Stream.
Cette interview a été réalisée au mois de juin 2014.

Traductrice de profession, Cindy Van Wilder est née et vit en Belgique. Le premier tome de sa trilogie les Outrepasseurs est paru le 6 février dernier et a remporté le Prix Jeunesse de l'édition 2014 des Imaginales. Le deuxième tome est sorti le 4 septembre dernier.



Voici le résumé :
— Jure-moi fidélité et je te protégerai. Nous le ferons tous.
— Nous ?
— Les Outrepasseurs. Tous ceux qui portent la Marque. Regarde ces jeunes gens. Voilà ta seule famille, à présent. (Il baissa le son de sa voix.) Nos adversaires ne s'arrêteront jamais. Les fés nous pourchassent depuis huit siècles. Une éternité pour nous. Un instant pour eux.
Peter, un adolescent sans histoires, échappe de justesse à un attentat et découvre que l'attaque le visait personnellement. Emmené à Lion House, la résidence d'un mystérieux Noble, il fait connaissance avec les membres d'une société secrète, les Outrepasseurs. Les révélations de ces derniers vont changer le cours de sa vie...



Bonjour Cindy et merci d'avoir accepté de nous répondre. Tu as commencé ce roman lors du NaNoWriMo de 2008, quelle a été la première idée, la première inspiration qui t'a lancée dans cette aventure ?

Bonne question ! Les contes de fée ont bien sûr été une source dominante d'inspiration, même si je ne m'en suis pas rendue compte tout de suite. J'avais aussi envie de donner ma version des fées – ou comme je préfère les appeler, des fés ! – encore trop assimilées à de gentilles petites créatures. Plusieurs auteurs l'avaient déjà fait et j'avais aussi envie de leur rendre un hommage, en quelque sorte, de leur faire un clin d'œil via ce texte.


Il est fait plusieurs fois référence au Roman de Renart, est-ce une de tes sources d'inspiration ?

Bien entendu ! En fait, le Roman de Renart a été une de mes premières lectures, en tant qu'enfant, car je possédais un magnifique album illustré – malheureusement perdu depuis... – où les tours que jouait Renart aux pauvres Ysengrin, Noble et Chanteclerc, pour n'en citer que quelques-uns, bénéficiaient de magnifiques dessins. Renart est sans doute le premier anti-héros que j'ai croisé dans mes lectures et le personnage, aussi fascinant que repoussant, est demeuré vivant dans un coin de mon esprit. Quand j'ai cherché à élaborer les Outrepasseurs, Renart et sa suite sont naturellement revenus à la charge. Et je dois dire que je me suis bien amusée à leur faire vivre de nouvelles aventures dans un monde bien plus moderne que leurs univers originels.


Le héros, Peter, rêve de devenir une star du football, mais traqué par les ennemis des Outrepasseurs pourra-t-il encore poursuivre son rêve ?

Je pourrais vous le dire, mais je devrais vous tuer par la suite...
Ah, on me souffle que la réplique est déjà prise.
Plus sérieusement, il est évident que ce qui se passe dans ce premier tome va avoir un grand impact sur la vie de Peter en général, ce qui implique bien entendu ses rêves d'adolescent. Les conséquences vont surtout se faire sentir dans le tome 2... et là, je n'en dirai vraiment pas plus!


Comment s'est passée la soumission aux Éditions Gulf Stream ?

Un peu par hasard, en fait ! Je connaissais déjà les publications de Gulf Stream, grâce notamment à la collection "Courants noirs", qui publie des polars historiques, et j'appréciais beaucoup le travail autour de leurs ouvrages. Néanmoins, je ne pensais pas que les Outrepasseurs pouvaient les intéresser, vu d'une part le format – plus de 500 000 signes quand même – et le contenu de certaines scènes.
C'est grâce à la marraine bonne fée de cette saga, j'ai nommé ma chère Silène Edgar, que la rencontre s'est faite. À l'époque, elle concoctait le GGG [Grimoire Galactique des Grenouilles] et contactait les éditeurs pour recueillir leurs demandes quant aux manuscrits qu'ils recherchaient. De cette manière, elle a su que Gulf Stream recherchait des ouvrages pour des adolescents plus âgés et m'a conseillée d'envoyer le roman.
Ce que j'ai fait... et vous connaissez la suite ;)


Peux-tu nous parler de tes premiers salons ?

Absolument, puisque mon premier vient de s'achever il y a quelques semaines ! Il s'agit bien sûr des Imaginales, et il a été sur tous les plans exceptionnel. Non seulement parce qu'il s'agit d'un de mes festivals favoris, par son cadre, la convivialité qui y règne et que j'ai eu l'occasion de vivre de l'autre côté du miroir - ou plutôt de la table de dédicaces ! - mais qu'en plus, cerise non négligeable sur le gâteau, les Outrepasseurs y ont remporté leur premier prix !
Participer aux conférences, rencontrer les lecteurs qui ont été au rendez-vous, faire partie de ce festival... tout a été une expérience vraiment magique !
Par la suite et dès cet automne, vous pourrez me croiser à divers salons tels celui des Halliennales, en compagnie notamment de Lise Syven, au mois d'octobre.


Nous avons également interrogé Paola Grieco, l'éditrice des Outrepasseurs chez Gulf Stream Éditeur.


Publier une trilogie d'un·e jeune auteur·e peut représenter un risque éditorial. Qu'est-ce qui vous a attiré chez les Outrepasseurs ?

Gulf Stream Éditeur s'est positionné sur le créneau des littératures dites de l'imaginaire très récemment. Très peu lectrice de ce genre, à part quelques piliers des années 50-70, tels Barjavel, Orwell, Huxley, K. Dick, voire encore plus classiques (comme Cazotte, Hoffman, Balzac, Mérimée, Nerval, Maupassant, Barbey d'Aurevilly, Wilde, Stevenson, Poe, Wells), c'est donc avec une certaine fraîcheur et une véritable envie que j'ai commencé à m'intéresser de près à ce genre, tous lectorats confondus, en 2012. Et un heureux hasard a voulu que Cindy m'envoie son manuscrit au mois de mars de cette même année – soit dit en passant, il aura donc fallu deux ans entre la soumission de son projet et la publication.
D'emblée, j'ai été accrochée par le mystère qui planait autour de ce titre, Les Outrepasseurs, et par la présentation succincte mais alléchante de Cindy... mais je n'ai pu lui répondre de manière favorable qu'au mois d'octobre ! J'ai été particulièrement séduite par l'originalité de la construction de son texte, sa maîtrise de la langue, l'audace de certains passages (pour un lectorat ado/YA), la dimension psychanalytique de l'intrigue allant de pair avec les nombreuses références à un patrimoine littéraire et merveilleux. L'aspect historique m'a également conquise.
Il s'agissait en effet d'un double risque éditorial : explorer un domaine qui était encore inconnu au catalogue de GSE et publier une primo-romancière. Bien nous en a pris !


Comment s'est passée la première rencontre avec Cindy ?

Entre le moment où je lui ai proposé une publication pour 2014 et notre rencontre "en vrai", nous avons échangé par mail au sujet des critiques des membres de mon comité de lecture ado auxquels j'avais soumis ce premier tome. Ils étaient évidemment tous emballés par ce texte, d'aucuns affirmant qu'il s'agissait du meilleur roman publié chez GSE ! C'était très intéressant de récolter et de partager les avis pertinents de ces jeunes lecteurs. Et leurs retours m'ont confortée dans l'idée qu'il ne fallait rien édulcorer du texte de Cindy.
Enfin, nous nous sommes rencontrées en chair et en os aux Utopiales, à Nantes (où est installé GSE), cette même année.


Quels sont les moyens promotionnels mis en place lorsqu'on lance un·e jeune auteur·e francophone ? Le prix des Imaginales a-t-il une réelle incidence sur les ventes ?

Nous avons fait le pari d'un tirage initial plus important que ceux que nous faisions habituellement, c'est-à-dire 9000 exemplaires. Par ailleurs, j'ai fait en sorte de présenter le livre imprimé aux équipes commerciales de notre diffuseur (Volumen) 4 mois avant la sortie du livre, qui était prévue au mois de février 2014. Ainsi, les libraires ont pu faire leurs demandes de services de presse très en amont de la publication du tome 1, ce qui a permis aux Outrepasseurs de bénéficier d'une belle mise en place. À la mi-janvier 2012, nous avons souscrit à une campagne de pub web, notamment sur le site Actu SF. Et une semaine avant la sortie de l'ouvrage, nous avons organisé une soirée de lancement à Paris, avec un "happening" qui semble avoir plu !
Nous avons été très très heureux d'apprendre que Cindy avait obtenu le Prix Imaginales Jeunesse 2014. L'année précédente, Carole Trébor avait été lauréate du Prix Imaginales des Collégiens pour Nina Volkovitch. Le prix des Imaginales a eu un véritable impact sur la visibilité de GSE en matière de fictions de l'imaginaire (et aussi sur ma boîte mail en terme de réception de manuscrits, de plus en plus nombreux et intéressants...). Les ventes de cet ouvrage sont satisfaisantes, et la publication du tome 2 au mois de septembre 2014, La Reine des neiges, avec une nouvelle campagne publicitaire, va amplifier le phénomène, nous en sommes sûrs !


La couverture des Outrepasseurs attire vraiment le regard, pourriez-vous nous dire deux mots quant au choix de celle-ci ?

Nous avons souhaité appuyer le développement du créneau "littératures de l'imaginaire" avec un beau travail de conception visuelle et de fabrication. Pour Les Outrepasseurs, nous avons collaboré avec B.System, une agence de création graphique et éditoriale nantaise (avec laquelle GSE avait déjà travaillé en 2006). Nous avons exploré 3 pistes très, très différentes, avant de nous arrêter sur celle-ci, qui a remporté l'adhésion du plus grand nombre. L'élément fédérateur, outre les dorures, a été la découpe ovale faisant écho au titre mystérieux de la série, comme si le lecteur allait entrer dans un autre monde en regardant par le trou d'une serrure merveilleuse...


Merci beaucoup à Cindy Van Wilder et à Paola Grieco d'avoir accepté de répondre à nos questions !