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lundi 17 novembre 2014

Secrets d'anthologistes : Thomas Bauduret

C'est par une radieuse matinée de printemps, pendant le festival Zone Franche 2014 à Bagneux, que Thomas Bauduret a accordé cette interview à Mariedelabas au sujet de son travail d'anthologiste chez Malpertuis. Depuis cinq ans, l'anthologie annuelle des éditions Malpertuis rassemble en un volume dense le meilleur du fantastique, où se côtoient auteur·e·s aguerri·e·s, étoiles montantes et plumes prometteuses.
Thomas Bauduret est également traducteur et auteur sous le nom de Patrick Eris.

©Bertrand Robion



MDLB : Bonjour Thomas. Pouvez-vous vous présenter, ainsi que la maison d'édition Malpertuis ?

TB : Bonjour CoCyclics, j'en connais déjà quelques-uns, mais c'est toujours un plaisir !
Eh bien, j'ai sévi majoritairement dans Malpertuis. J'avais déjà fait une première anthologie qui s'appelait Rock Stars chez Nestiveqnen (ndlr : sous le nom de Patrick Eris), ça s'était plutôt pas mal passé, les auteurs étaient contents, et l'antho s'était bien vendue. Donc, quand on a lancé les éditions Malpertuis (dont l'origine serait une autre, très longue histoire pour un autre jour [1]), ma première idée a été de faire une anthologie qui ne soit pas thématique, sans autre sujet que le fantastique. Parce que le problème avec une anthologie thématique, quand on a une idée et que l'anthologie est déjà passée, on l'a dans l'os, et quand on a une idée trop tard, on l'a aussi dans l'os parce qu'il y a peu de chances que quelqu'un refasse une anthologie sur le même thème. Donc j'ai décrété « Ce sera une anthologie de fantastique point barre ».

MDLB : Comment êtes vous arrivé à devenir anthologiste ?

TB : Ce fut une très longue déchéance, vous comprenez… (rires) Non, sérieusement, j'ai partiellement répondu dans la première question. C'est parce que j'avais déjà fait une anthologie avec un éditeur avec lequel je m'entendais excessivement bien, j'ai tenté l'aventure et l'essai a été concluant. J'ai eu des gens très bien comme Jean-Marc Ligny, Michel Pagel, Philippe Ward, qui m'ont fait confiance et donc voilà, à partir de là, je dirais que ce fut un cheminement naturel. J'ai eu envie de retenter l'expérience. L'occasion fait le hareng, comme on dit (rires).

MDLB : Quelle sont les motivations pour diriger une anthologie ?

TB : Majoritairement, la découverte. Franchement quand je tombe sur une nouvelle qui me retourne, surtout quand il s'agit d'un texte de débutant puisque c'est un petit peu dans notre vocation, c'est un plaisir, déjà de lecture pour moi, qui ai la chance de ne pas être complètement blasé malgré des années dans ce métier, et aussi c'est le plaisir parfois d'avoir en plus des auteurs qui deviennent quelque chose. Ophélie Bruneau par exemple, qui a commencé chez nous, a deux et bientôt trois romans derrière la cravate, Sylvain Lasjuilliaras a sorti un roman, Olivier Gay qu'on ne présente plus n'a pas eu une de ses premières publications chez nous, mais ses premières nouvelles professionnelles chez Malpertuis… On n'est pas du tout possessifs sur nos auteurs. Au contraire, si un jour on a l'« Espoir de demain » et qu'il finit quelque chose d'énorme, alors là, qu'est ce qu'on sera content ! Ça voudra dire qu'on aura bien fait notre boulot de défricheurs. C'est quelque chose qu'on peut se permettre, car on est une toute petite structure, donc sans les objectifs de rentabilité, tous ces mots pas foncièrement barbares.
L'édition, il faut en passer par là, c'est aussi un business. Nous, on est à peu de chose près du fanzine amélioré, grâce à l'impression à la demande, grâce à l'associatif, on peut se permettre ce genre de choses. On peut se permettre des choses plus osées, des nouvelles très expérimentales comme on a eu quelques fois, et le plaisir c'est de se dire : « Celle-là, je la prends, parce que sinon personne ne l'acceptera jamais, et pourtant elle mérite d'être publiée ».

MDLB : Quel est le rôle d'un anthologiste selon vous ?

TB : Difficile à dire, en effet. Tout simplement d'essayer d'avoir un choix correct, faire un sorte que ses goûts correspondent à ceux d'une partie du public, parce qu'il faut être net, si on veut plaire à tout le monde, on fait du consensuel. Il est assez marrant de voir que quand on demande quelles sont les trois nouvelles préférées dans une anthologie on n'a jamais les mêmes réponses, et c'est très bien comme ça. Donc c'est d'essayer d'avoir une vraie diversité, peut-être parfois faire un peu abstraction de ses choix en dehors des coups de cœur que personnellement j'assume totalement. C'est de se dire : « Est-ce que cette nouvelle mérite d'être publiée, est-ce que cet auteur, si c'est un débutant, mérite d'exister ? ». Des fois c'est un petit peu cornélien, le jugement de Salomon, un petit peu cruel… Il y a des cas où c'est impubliable, il n'y a pas photo. Il m'arrive aussi de donner des réponses négatives mais en même temps positives : « C'est pas encore ça, mais continuez, il y a quelque chose… ».

MDLB : Comment s'effectue le choix des textes ?

TB : Il y a des coups de cœur : ces textes-là, je les veux, et même, le premier qui y touche, je le mords (rires). Il y a les textes sur lesquels je suis plus mitigé, où j'ai commencé à faire des listes, oui, non, oui, non. Je pars aussi du principe que « premier arrivé premier servi », c'est-à-dire que je lis les textes dans l'ordre d'arrivée. Si la même idée est traitée deux fois, eh bien celui qui a envoyé sa copie le plus tôt passera en premier, c'est normal. Il y a un petit pool de nouvelles qui passent le premier stade, et qui sont au deuxième stade : il n'y en a pas beaucoup sur lesquelles j'hésite, au final dans 80 % des cas je les prends, sauf s'il y en a une autre dans la pile qui traite la même idée et s'avère plus aboutie. Il faut que je relise à tête reposée. Et à partir de là, le sommaire est fait.

MDLB : Comment s'effectue le choix de l'ordre des textes ?

TB : Oh là là ! Tout commence par une grosse consommation de Migralgine… Non sérieusement, c'est comme, je dirais, un opéra : il faut qu'il y ait des moments de détente, accepter les crescendo, qu'il y ait ensuite des plages plus calmes, des nouvelles humoristiques. Parfois, comme dans le Malpertuis III, j'ai choisi de commencer sur une nouvelle-choc, celle de Sylvain Lasjuilliaras qui, je trouvais, donnait un double coup de poing à l'estomac, en tous cas c'est comme ça que moi je l'ai reçue. D'autres fois par des nouvelles qui permettent d'entrer tranquillement dans l'anthologie, de s'installer avant de, boing ! prendre la grosse surprise puis le coup de poing dans l'estomac. Des fois, moi-même, je me demande comment je fais (rires). C'est l'instinct qui essaie de composer cette partition.

MDLB : Pour finir, avez-vous une anecdote particulière à partager ?

TB : En voici une : j'ai reçu un jour deux nouvelles qui étaient un peu longues, c'est toujours un peu rédhibitoire, mais il y avait un univers... Au fil de la lecture, ça donnait « oui… non… oui… non… oui… non… oui » au final non. J'ai envoyé un mot en disant « Désolé, ce n'est pas encore abouti, il y a encore besoin de peaufiner, mais il y a déjà quelque chose. Il faut travailler et surtout ne renoncez pas ». Et j'ai eu un grand moment de solitude quand j'ai reçu une réponse disant : « Oui, c'est gentil. J'ai tout le temps de m'améliorer, je n'ai que treize ans ».
Comme dirait Jimmy Guieu : « Petit un : authentique » [2].
Une recommandation : Malpertuis, ce n'est pas un concours ; si vous voulez avoir une réponse, étant donné que je suis très peu doué pour le marc de café, mettez votre nom et vos coordonnées sur la nouvelle, sinon vous n'avez pas beaucoup de chance d'avoir une réponse !

MDLB : Merci beaucoup !

TB : Merci à vous !


Notes :
[1] Et elle vous sera racontée !
[2] Habitude d'écriture de Jimmy Guieu (1926-2000), chroniqueur radio, auteur de SF et ufologue.

Liens :

vendredi 8 novembre 2013

Secrets d'anthologistes : Jean-Pierre Fontana.

Crédit photo : Fabienne Rose
Difficile de présenter en peu de mots Jean-Pierre Fontana : écrivain (La geste du Halaguen, Shéol, La femme truquée, La Jaune, Quand pleure le crépuscule etc. ainsi qu’une série de romans en collaboration avec Alain Paris au Fleuve Noir), nouvelliste (une anthologie intitulée Souvenirs de Demain est parue en 2012 chez Armada) anthologiste (Demain l'Italie... - Éd. Opta ; Le livre d’Or de la science-fiction italienne - Pocket, plus deux recueils de nouvelles de Robert F. Young chez NéO : Le pays d'esprit & Le Léviathan de l'espace), fondateur du « Grand Prix de la Science-fiction française » en 1974 devenu depuis le « Grand Prix de l’Imaginaire » qu’il préside, directeur de revue depuis le mythique Mercury (1965-1968), organisateur du premier « Congrès de la Science-Fiction Française » à Clermont-Ferrand en 1974 (évènement qui devint la Convention Française de SF et de fantasy qui existe toujours aujourd’hui) et de nombreux Festivals (1972, 1976, 1977, 1988), il codirige avec Jean-Pierre Andrevon la revue Lunatique, qui parait désormais deux fois par an sous l’égide de Galaxies. Ajoutons à cela ses activités de critique dans diverses revues, de préfacier (Les Formiciens de Raymond de Rienzi, Tschaï de Jack Vance, avec son ami Jacques Chambon, entre autres), de chroniqueur et rédacteur pour « l’Écran Fantastique » et on aura une petite idée de la carrure du monsieur (1). Infatigable promoteur et défenseur de l'Imaginaire, cinéphile érudit (il vient de participer à la rédaction du monumental et très attendu Cent ans et plus de cinéma fantastique et de science-fiction de Jean-Pierre Andrevon - aux éditions Rouge Profond), il a eu la gentillesse de bousculer son agenda pour répondre aux questions de notre envoyée spéciale, Mariedelabas (MDLB).


MDLB : Comment es-tu arrivé à diriger des anthologies plutôt que de te consacrer à 100 % à ton œuvre personnelle ?
JPF : D’abord, les deux choses sont passionnantes. Quand tu écris, c’est que tu as quelque chose à dire, à évacuer. Mais je suis aussi un lecteur depuis mon plus jeune âge. Alors, quand il t’arrive, tout à coup, comme une bénédiction, la possibilité d’éditer un certain nombre d’auteurs, et donc de lire des textes qui vont te plaire, c’est une chance. Je l’ai eue très jeune car, au retour du service militaire, très rapidement, j'ai commencé à écrire des nouvelles dans des fanzines, et j’ai créé mon propre fanzine qui s’appelait Mercury . À l'époque, j’ai eu la chance d’avoir quelques auteurs connus qui ont accepté de publier dans les pages de Mercury (NDLR Michel Demuth, Jacques Chambon, Pierre Versins, Maurice Limat, Nathalie Henneberg... entre autres), et j'ai eu également deux collaborateurs qui m’ont permis d’évoluer moi-même. Également, j’ai eu l’occasion d’avoir des contacts avec un certain nombre d’auteurs italiens. Au travers d’une revue, j’ai effectué un premier travail d’anthologiste en quelque sorte.
Puisqu'on parle d’anthologie, j’ai réalisé deux numéros de Mercury en hommage à Jean-Louis Bouquet, et c’était bien un travail d’anthologiste puisque j’effectuai un choix parmi ses œuvres.
Par la suite, compte tenu de ces expériences et du fait que j’avais des correspondants italiens, Michel Demuth, qui était un des rédacteurs en chef des éditions Opta m’a demandé de réaliser un numéro spécial de Fiction consacré à la science-fiction italienne. Cela avait déjà été fait auparavant par Roland Stragliati, et j’ai donc travaillé sur une deuxième anthologie d’auteurs italiens avec Lino Aldani qui m’a aidé dans la sélection des textes. J’ai traduit la plupart des textes avec la collaboration de quelques autres personnes.
Quelque temps après, Jacques Goimard qui dirigeait la collection des « Livres d’Or de la science-fiction » m’a demandé d’en réaliser un pour la SF italienne, qu’on a appelé d’ailleurs « l’Opéra de l’Apocalypse ». Et là aussi, j’ai de nouveau effectué un travail d’anthologiste, toujours avec l’aide de Lino Aldani avec qui lequel j'avais noué de véritables relations amicales et parce que je n’avais pas la possibilité de disposer de tous les textes parus en Italie. Donc il a réalisé une présélection et moi ensuite j’ai fait un choix.
J’ai eu encore d’autres sollicitations suite à mes propositions, en particulier aux Nouvelles Éditions Oswald où j’ai réalisé deux anthologies de nouvelles de Robert Young. Ces anthologies ont été établies avec des textes déjà publiés, mais sur 20 ou 30 ans, donc c’était intéressant de les organiser et à chaque fois j’ai rajouté une nouvelle inédite que Robert Young m’avait envoyée.
Finalement, je me suis retrouvé un beau jour à m’occuper d’une revue qui s’appelle Lunatique, qui est devenue maintenant Lunatique/Galaxies. Le travail de rédacteur de revue n’est pas tout à fait un travail d’anthologiste, mais il y a un choix de textes à effectuer et une certaine disposition à leur donner.
Dans ce cadre particulier, nous allons prochainement publier un numéro spécial qui est une anthologie de nouvelles italiennes. Et nous allons continuer dans ce sens-là, pour nous concentrer soit sur des auteurs soit sur des pays. Par contre, je n’ai pas eu l’occasion de consacrer un numéro à un thème particulier. Mais, dans le fond, quand on publie une revue, on essaie quand même d’avoir une certaine ligne directrice.

MDLB : Ta motivation pour diriger des anthologies, c'est donc ton "plaisir de lecteur" ?
JPF : Bien sûr, et un plaisir de découverte. Dans des anthologies, tu as deux cas de figure : soit tu découvres des textes que tu ne connais pas, soit tu choisis parmi un certain nombre de textes ceux qui te plaisent le plus ou ceux qui correspondent le mieux à ce que tu veux dire.
Cela a été le cas quand j’ai préparé mes anthologies sur Robert Young par exemple.

MDLB : Comment s’effectue le choix du thème ? Pour l’Italie, tu es d’origine italienne, tu traduis cette langue, donc c’était naturel ?
JPF : Oui, depuis le début des années soixante je suis en contact avec des auteurs italiens. J’en ai invité en France. Je ne lis pas tout ce qui parait, mais j’essaie au moins de me tenir au courant. Avoir des correspondants là-bas facilite les choses. Et je dois dire que j’adore la science-fiction italienne, elle est complètement différente de la science-fiction française. Cela n’a rien à voir, elle est beaucoup plus régionaliste. Un écrivain qui habite à Bologne, un qui habite en Sicile ou un qui habite à Rome ou à Venise écrit des choses très différentes. Je prends un exemple avec Renato Pestriniero, qui habite Venise : presque toutes ses histoires se passent à Venise. J’avais publié un texte d’un auteur de Rome dont la nouvelle s’appelait « Le dernier pape ». Dans cette histoire, la chrétienté n’existait quasiment plus, mais par contre, exactement comme les journées du Patrimoine, les gens allaient visiter le Vatican, et on surveillait ce que faisait le pape à travers de petites lucarnes. Cela s’appelait le peep pope show. C’était assez extraordinaire… Mais il n’y a qu’un Italien qui pouvait penser à ça !
Je me souviens d’une nouvelle d'Aldani, qui lui vivait du côté de la Lombardie. Il faisait allusion dans ce texte, que j’avais traduit sous le titre Bigaré de Rouge, à une république qui pendant la guerre (alors qu'historiquement il y avait eu la république des fascistes) avait été fondée par les résistants. Les écrivains italiens, souvent, immergent leur histoire dans leur terroir. Dans le prochain numéro de Lunatique qui va être consacré à la SF italienne, il y aura deux nouvelles qui sont de ce genre : une de Renato Pestriniero qui se passe dans une Venise complètement polluée et une de Valerio Evangelisti où, dans un régime totalement contrôlé par les mafias, elles se livrent à des combats entre elles. Lui habite à Bologne où il s’est passé pas mal de choses. Donc on ne trouve quasiment pas en SF française ce caractère régionaliste et c’est ce qui me plait en SF italienne.

MDLB : Après, sur le choix du sujet, par exemple pour Robert Young…tu éprouvais un intérêt pour l’auteur...
Aah, pour Robert Young (Robert Franklin Young, NDLR), j’ai adoré ce qu’il écrivait, j’ai eu des larmes aux yeux avec « Petit chien perdu », et puis tu as des textes comme «L’ascension de l’arbre », « La déesse de granit » qui sont absolument extraordinaires, ou « Le pays d’esprit ». C’était quand même un auteur qui a eu 80 ou 90 nouvelles publiées dans Fiction ou Galaxie, un des auteurs phare de l’époque. En plus, ce qui est assez extraordinaire, c’est que même son exécuteur testamentaire ne connaissait pas sa profession. J’ai lu un jour dans une introduction ou une préface, qu’il croyait qu’il était concierge dans un lycée. Alors c’est possible qu’il l’ait été à la retraite puisqu’il habitait du côté des Grands Lacs. Mais moi, j’ai des correspondances avec Robert Young dans lesquelles il m’explique bien qu’il est ingénieur dans une fonderie ou une aciérie. Donc en Amérique finalement ils ne le connaissent pas, il était un peu à l’écart du milieu de la SF américaine. Cela dit, il a publié dans Astounding, dans Analog ou Galaxy mais aussi dans des journaux ou revues qui n’avaient rien à voir avec la SF.

MDLB : étonnant, car de nos jours on a l'impression qu’un auteur américain commence par avoir du succès dans son pays, puis on le traduit très vite et on le vend chez nous...
JPF : Pour lui ça n’a pas marché comme ça. Du reste il n'a pratiquement pas écrit de romans, ou très peu. Par exemple, La quête de la Sainte Grille, qui a été publiée chez Opta, n'a jamais été publiée aux États-Unis. C'est pour ça que je voudrais arriver à publier l’intégrale de son œuvre. Par exemple, la seule nouvelle inédite que j’ai publiée car j’ai pu me la procurer par Robert Soubie, et dont le titre original est «The Dandelion Girl» (NDLR : « La fille aux cheveux d'or », disponible dans Lunatique 78/79 chez EONS) est une des deux ou trois plus belles nouvelles que je connaisse sur les paradoxes temporels, une histoire d'amour magnifique.

MDLB : Comment fait-on le choix des textes, et celui de l'ordre du sommaire ?
JPF : Déjà, on prend celles qui plaisent… Les nouvelles peuvent avoir des défauts, qu’on peut toujours corriger, mais c'est une question de coup de cœur, particulièrement pour les nouveaux auteurs. Dans le fond, je reçois des textes, j'en lis plusieurs, ceux qui me plaisent (on est au moins deux à lire), sont mis de côté pour les publier dans un numéro à venir. Quelquefois on prévoit pour un numéro précis, mais on peut avoir un problème de place, et dans ce cas on le repousse au numéro suivant.
Il faut aussi donner un rythme, on ne va pas sélectionner deux nouvelles qui sont d'un thème ou d’un style un peu voisin ; on va tâcher de donner une certaine alternance. Le choix des textes tient compte de ces différents éléments.
Pour l'ordre : à la limite, aucune anthologie ne peut se faire de la même manière. Dans certaines anthologies on va mettre en premier un coup de poing, de façon à donner tout de suite envie au lecteur d'aller plus loin. Ensuite, c'est comme une espèce de courbe. À quel moment va-t-on placer le point d'orgue, au goût de l'anthologiste évidemment ? Au début, au milieu ou à la fin ? C’est totalement différent d’une anthologie à une autre.
Pour le spécial Italie qu'on va sortir, c'est plus Pierre-Jean Brouillaud qui m'a fait l'essentiel des traductions et c'est lui qui en a organisé l'ordre, sous ma direction. Nous avons prévu une espèce de montée en puissance, avec une ou deux grosses surprises quand on arrive à la fin. Nous avons essayé d'éviter d'avoir deux coups de poing à la suite, il faut aussi laisser des respirations. C'est un peu comme une partition musicale. Après, c'est ce que l'anthologiste ressent... Le lecteur, je ne sais pas ! Et puis il y a des lecteurs qui ne lisent pas dans l’ordre, que ce soit en fonction du titre ou d'une autre raison. Quelquefois certains commencent par la fin, cela m’arrive à moi aussi de ne pas lire dans l'ordre !
J'ai lu dernièrement un recueil de nouvelles, celui de Nina Allan (NDLR Complications chez Tristram). À part la première qui est presque hors sujet, ensuite on retrouve des personnages et un thème commun à propos des horloges avec une montée en crescendo et la conclusion.
C'est à l'anthologiste ou à l'auteur, s'il est son propre anthologiste, de l'organiser. Par exemple quand j'ai fait mon recueil, je l'ai organisé selon des thèmes.
Dans une revue, ce n'est pas tout à fait pareil. Dans Lunatique, on essaie de ne pas mettre les nouvelles dans n’importe quel ordre. Par exemple dans Fiction, ils passaient la science-fiction en premier et ils mettaient le fantastique à part.

Anecdote particulière :
En 1978, en partant en Italie où je devais rencontrer à Rome, pour L'Écran Fantastique, Luigi Cozzi qui allait sortir son film Starcrash, j'ai fait une halte à San Cipriano, proche de Pavie, pour un petit bonjour à mon ami Lino. Il habitait à quelques pas du Pô où, autrefois, il possédait une de ses barques de pêcheurs comportant une sorte de cabane pour, éventuellement, y passer la nuit. Suite au naufrage de cette embarcation vieillissante, il avait pu récupérer l'abri de planche et l'avait installé dans son jardin. Depuis, c'était dans ce cabanon qu'il se retirait pour trouver l'inspiration et écrire. On n'imagine pas toujours comment et où les écrivains travaillent. J'avais été très touché qu'il me conduise dans son « sanctuaire ».


(1) : Il a même enseigné les littératures fantastique et de science-fiction dans le cadre des Métiers du Livre à l'IUT de Clermont-Ferrand durant une dizaine d'année.
Pour aller plus loin :>
La page de wikipédia sur Jean-Pierre Fontana.
Le site officiel de Jean-Pierre Fontana.



Merci à Mariedelabas pour la rédaction de cet article !

Note : nous ne savons pas qui a pris ce beau portrait de Jean-Pierre Fontana mais si le photographe se reconnait, qu'il n'hésite pas à nous envoyer un message (cocyclics@gmail.com) pour que nous puissions le créditer !

lundi 8 avril 2013

Direction d'une anthologie, l'expérience de Marianne Stern avec "Vampire malgré lui".

Marianne Stern, (Cendrefeu sur CoCyclics) a dirigé l'anthologie "Vampire malgré lui" qui est sortie en décembre 2012 aux éditions du Petit Caveau. Aujourd'hui, elle nous parle de cette expérience.

Bonjour Marianne et merci d’avoir accepté de répondre à cette interview. Pour commencer, pourrais-tu nous présenter l’anthologie que tu as dirigée ?
L'anthologie compte douze textes sur le thème du vampire, et comme le titre l'indique, les nouvelles mettent en scène des vampires malgré eux. Je souhaitais avoir au sommaire une variation de thèmes, de personnages, de contextes, et présenter des écrits originaux, de ceux que l'on n'attend pas forcément dans les récits vampiriques. Ainsi, on trouve dans ce livre des textes humoristiques, d'autres beaucoup plus sombres, de la SF, des vampires qui ne sont pas humains. En tant qu'anthologiste, j'ai été très contente de parvenir à ce résultat.

Comment t’es-tu retrouvée à diriger une anthologie ?
Ayant moi-même publié des nouvelles et travaillé avec des anthologistes, je commençais à posséder un peu d'expérience dans ce domaine. J'avais également effectué les corrections éditoriales d'un roman du Caveau et j'avais beaucoup apprécié le travail en commun avec l'auteur. Par ailleurs, je suis toujours en quête d'expériences nouvelles et par conséquent, endosser le rôle d'anthologiste me tentait énormément. Je m'en sentais capable, je me suis donc proposée.

D'où est venu le thème de l’AT ?
Le projet de cette anthologie a vu le jour lorsque je travaillais comme bénévole dans le comité de lecture des éditions du Petit Caveau. À cette époque, nous avions énormément de difficultés à trouver des manuscrits pour étoffer le catalogue, et nous en refusions à la pelle. Les auteurs de ces récits vampiriques avaient beaucoup de mal à s'éloigner des clichés du genre, nous ne recevions en outre presque que de la Bit-Lit alors que nous recherchions désespérément des manuscrits qui donneraient un souffle nouveau au vampirisme.
C'est dans ces conditions que j'ai évoqué l'idée de réaliser une anthologie, avec pour objectif de retenir des textes originaux, mettant en scène des vampires que l'on n'a pas l'habitude de rencontrer. Cette idée a tout de suite plu, et quand j'ai proposé le thème, il a été accepté à l'unanimité.

Concrètement, comment s’est passée la sélection des nouvelles ? Étais-tu seule ou as-tu reçu l’aide d’un comité de lecture ? Comment procédiez-vous s’il y avait des désaccords ?

Je n'étais pas seule dans cette aventure, et heureusement puisque nous avons reçu 111 textes !
Durant la phase de sélection, huit lecteurs et moi-même avons lu les textes, mais tout le monde n'a pas tout lu – sauf moi, qui ai lu les 111.
Chaque nouvelle a été rendue anonyme, les titres ont été supprimés avant d'être transmis aux lecteurs. J'ai fait en sorte que chaque texte passe entre les mains de trois personnes différentes au cours d'un premier tour. Je demandais un bref compte-rendu et un avis : positif, négatif ou indécis. Ainsi, les textes avec au moins deux retours négatifs ont été écartés, à l'exception de deux ou trois qui m'avaient vraiment plu, sur lesquels je voulais d'autres avis avant de trancher.
Puis nous sommes partis sur un deuxième tour, avec des lectures supplémentaires par textes. Si je n'étais pas convaincue et que l'ensemble des avis était mitigé, le texte était éliminé.

Dans la phase finale de sélection, il nous restait environ 25 nouvelles pour seulement une dizaine de places au sommaire. C'est là que nous avons commencé à nous disputer, puisque chacun avait ses préférées ! Cinq ou six avaient fait l'unanimité, mais pour les autres, rien n'était gagné.
En tant qu'anthologiste, j'avais le pouvoir de décision. Il y a d'ailleurs un texte que je tenais absolument à garder et qui pourtant n'avait pas convaincu grand-monde, voire l'inverse ; je l'ai tout de même imposé et je ne regrette absolument pas ce choix.
Même si j'avais force pour décider, j'ai écouté les arguments de chacun, jusqu'à refuser deux textes que j'aurais certainement gardés si j'avais travaillé seule sur cette sélection. Dans la même veine, les lecteurs m'ont persuadée de sélectionner une nouvelle que j'aurais sans doute refusée d'après mon seul ressenti...
Cela va sans dire, certains refus ont été très durs à écrire. J'ai rédigé chaque refus, en essayant d'expliquer pourquoi nous n'avions pas sélectionné le texte concerné.

Est-ce qu'il y avait des critères précis de sélection ou alors est-ce que c'était basé uniquement sur le ressenti de chaque lecteur ?

Il n'y a pas vraiment de critères précis de sélection, sauf peut-être deux sur lesquels j'avais briefé mes lecteurs : les nouvelles possédant de grosses lacunes sur la forme seraient à écarter d'office, sauf si elles présentaient une intrigue exceptionnelle. Et le second, l'originalité – notion au sens large. Pour être honnête, nous ne savions absolument pas à quoi nous attendre, quelles idées farfelues ou non passeraient par la tête des auteurs, et nous espérions être surpris.

Il y a une part de ressenti dans la sélection, c'est sûr et cela reste subjectif, ça dépend des goûts de chacun.
Mais l'on est amené à avoir des coups de cœur sur des choses auxquelles l'on ne s'attend pas (le texte que j'ai imposé, que je citais plus haut, en est l'exemple parfait en ce qui me concerne). Ce n'est cependant pas uniquement une question de ressenti dans cette anthologie. Je voulais garder un panel de textes aussi large que possible : une ou deux nouvelles SF, une ou deux nouvelles humoristiques, une ou deux nouvelles sombres, etc.
Ainsi, nous avons eu le cas de figure où deux nouvelles avaient plu, mais partageaient une thématique trop proche pour que nous puissions les garder toutes les deux. Les dernières semaines ont donc été le théâtre de compromis, d'argumentations enfiévrées, de menaces et de bains de sang, jusqu'à obtenir le sommaire. La directrice de la maison d'édition m'avait dit de retenir dix textes, nous sommes tout de même allés jusqu'à douze.

En conclusion :

L'expérience d'anthologiste a été très enrichissante, mais c'est un investissement personnel considérable en terme de temps et de travail. Déjà, lire 111 textes ! En lançant le sujet, je me disais qu'une cinquantaine de nouvelles constituerait un résultat honorable, mais jusqu'à vingt-quatre heures avant la deadline, je ne me serais jamais douté d'avoir à faire face à autant de participations. J'ai donc dû revoir mes plans initiaux en conséquence : trouver quelques personnes supplémentaires pour le comité de lecture, du délai dans les réponses. Et bien sûr, tout le travail qui suit avec les auteurs prend énormément de temps.
Mais je ne regrette rien ! À refaire si l'occasion se présente à nouveau...

Merci Marianne !

Vous pouvez trouver des informations concernant l'anthologie en cliquant sur ce lien.

Note : merci à Céline (Ermina) pour la rédaction de l'article. 

samedi 22 octobre 2011

Destination Univers : Le sommaire annoncé !

L'anthologie Destination Univers sortira en février chez Griffe d'Encre, à l'occasion du festival Zone Franche de Bagneux. Ce projet a fait l'objet d'un partenariat avec CoCyclics dont nous avions déjà parlé il y a quelques semaines.
Depuis quelques jours le sommaire a été annoncé officiellement. CoCyclics applaudit de toutes ses palmes le résultat et félicite chaleureusement les quatre auteurs amphibiens qui ont vu leur texte accepté : Anthony Boulanger, Célia Deiana, Olivier Gechter et Aurélie Ligier.
Alors que tout un chacun bosse sur ses corrections éditoriales, voici la couverture et la présentation officielle de l’objet.


Qui n'a pas rêvé des étoiles ?
Franchir le seuil de la lumière, foncer dans l'hyperespace par des chemins secrets, filer au cœur des astres mourants, plonger dans la chevelure des nébuleuses et s'aveugler à la lumière des supernovæ ; rêver parce que le ciel au-dessus de nous est à la fois fascinant et irrésistible.
Mais la navette Atlantis a atterrit et ne repartira plus, le ciel nous est désormais fermé.
Huit auteurs ne se sont pas résignés, ils ont pris leur envol dans cette anthologie. Ils nous ont chanté les planètes lointaines et les océans spatiaux, les stations orbitales et les vaisseaux rutilants sous des étoiles inconnues. Ils ont peuplé l'univers immense de dangers incommensurables, d'aventuriers exceptionnels, d'intelligences artificielles, de civilisations oubliées et de trésors fabuleux.
Parce que, même si le ciel nous est fermé, il nous reste le rêve.
Et qu’on ne rêve jamais assez.


Sommaire :
Évaporation et sublimation – Anthony Boulanger, lauréat du prix Zone Franche
Le Bal des méduses – Célia Deiana
Les Tiges – Xavier Dollo
Sleeping Beauty – Anne Fakhouri
Le Gambit de Hunger – Olivier Gechter, lauréat du prix Zone Franche
Les Dieux bruyants – Laurent Genefort
Le Marathon des trois lunes – Aurélie Ligier
Space Khan – Olivier Paquet
Postface – Jeanne-A Debats et Jean-Claude Dunyach

Le travail entre les anthologistes et nos auteurs fera l'objet d'une partie de la table ronde « Apprentis écrivains, mode d'emploi : Comment soumettre un texte ? Quels sont les processus de sélection ? Quelques conseils pour les écrivains en herbe... », aux Utopiales de Nantes.*
Anthologistes et auteurs seront également présents, comme de bien entendu, à Zone Franche, notamment pour la table ronde consacrée à l'ouvrage.**
Bravo encore à tous les auteurs et aux grenouilles pour leur participation et/ou leur soutien et vivement la sortie de Destination Univers !


* Utopiales de Nantes. Jeudi 10 novembre, 18h30, bar de Mme Spock. « Apprentis écrivains, mode d'emploi Comment soumettre un texte ? Quels sont les processus de sélection ? Quelques conseils pour les écrivains en herbe... » avec : Anne Fakhouri, Jeanne-A. Debats ; Modération : Jean-Claude Dunyach
** Zone Franche de Bagneux. Samedi 11 février 2012, 17h. Avec Jeanne-A Debats, Jean-Claude Dunyach, auteurs et directeur de l’anthologie. Modération : Stéphanie Nicot.

dimanche 11 septembre 2011

Il y a très longtemps, dans une galaxie très lointaine, écrivaient des grenouilles...



A la fin du mois d’avril 2011, les bêta-lecteurs de CoCyclics ont vu avec une pointe d’étonnement un nouveau sous-forum apparaître. Puis un message des permanents leur expliqua ce que signifiait l’étrange titre « Antho SF Zone Franche 2012 ».
Les anthologistes du futur Destination Univers, soit Jean-Claude Dunyach et Jeanne A. Debats, proposaient d’ouvrir leur futur ouvrage à de jeunes auteurs, membres de CoCyclics. L’organisation en avait été discutée et décidée : accès libre pour les bêta-lecteurs et après une mini candidature pour les nouvellistes.
Nous nous retrouvâmes donc une quarantaine de grenouilles, attablées dans la cantina galactique, à nous demander ce que nous pouvions bien faire dans ce Faucon Millenium. Les tenanciers, Iluinar, Swald et Koïnsky, nous ont accueillis aux petits oignons et nous nous sommes finalement trouvés à notre aise.
Spécialistes du space opera, le thème de l’anthologie, ou non, les discussions ont débuté, entre l’étonnement de se voir proposer une telle opportunité et la peur du hors-sujet.
Et là, quelque chose se passa…
Comme sur les autres fils de lecture, pour un texte écrit, il fallait obligatoirement bêta-lire d’autres textes. Nous avons appliqué le même principe d’entraide que sur le reste du forum, mais avec un nombre restreint de participants et, surtout, travaillant tous sur le même thème.
Aujourd’hui que ceux qui ont envoyé leur(s) texte(s) attendent le verdict, Tintama(r)re a souhaité revenir sur cette expérience enrichissante à plus d’un niveau, en donnant la parole à ses participants, auteurs ou bêtas (car oui, certains ont simplement et généreusement donné de leur personne sans soumettre de texte !)
Swald, bêta-lectrice, commence : « J'ai beaucoup aimé le fait que l'anthologie concerne un genre, le space opera, et non pas un thème. Les textes que j'ai lus abordaient des thématiques très différentes, et sur des tons variés ! J'ai aussi apprécié de rencontrer de nombreuses grenouilles qui, d'habitude, écrivent peu ou pas de nouvelles, et avec lesquelles je n'avais eu que très rarement l'occasion d'échanger […]
Et, surtout, l'esprit Cocyclics a frappé !
Dans la cantina, les idées ont fusé (c'est le cas de le dire) dès les premiers jours, et chaque participant a eu à cœur de ne pas empiéter sur le travail des autres. Certaines idées ont été réajustées pour ne pas écrire un texte trop proche de celui du collègue. Une grande marque de respect pour le travail d'autrui. Une véritable entraide.»
LHomme au Chapeau, nouvelle grenouille, qui a dû faire acte de candidature pour participer, explique ainsi sa démarche : « Je suis venu parce le thème de l'AT me plaisait, parce que j'avais dans mes cartons le tout début d'un texte écrit il y a 15 ans et qui ne demandait qu'à aboutir (sans CoCyclics il serait encore en train de roupiller). Parce que le défi me semblait à ma mesure et que c'est par le défi qu'on progresse, parce que je pressentais que, dans le contexte de la mare, ça serait un épisode intéressant de ma vie.
Le résultat a dépassé mes espérances (quoi qu'il arrive dans quelques jours).
Je crois n'avoir jamais travaillé sur un texte à ce point. »
Pandora, quant à elle, n’a pas écrit de texte, mais a bêta-lu certains participants : « J'ai pris beaucoup de plaisir à lire et bêta-lire, même hors du cadre d'un rendu de bêtas, comme l'a fait une majorité de participants qui ont bien joué le jeu. C'est dans le même esprit que je suis venue bêta-lire les nouvelles postées dans les derniers jours afin que leurs auteurs retardataires aient de la matière pour retravailler leur texte.
Avec ma casquette de permanente, j'ai aussi beaucoup aimé travailler et échanger avec Swald, Iluinar et Koïnsky, les tenanciers de la cantina galactique dans laquelle il a régné une super ambiance et un très bon esprit. Les derniers jours ont été chauds, puisqu'il a fallu valider la participation à l'AT et donner l'adresse des anthologistes à près de 37 participants (certains nous avaient contactés plus tôt) mais grâce à l'aide active des maîtres nageurs, nous avons répondu très vite, il me semble. »
Sytra, grande amatrice du genre, voit déjà plus loin que l’appel à texte : « Je repars de cet AT avec plusieurs idées pour des histoires de space opera, mais qui ont pris trop d'ampleur pour que je puisse les faire tenir dans une nouvelle. J'ai donc quelques nouveaux scénarios pour des romans ou des novellas qui ont été mis en attente jusqu'à ce que j’aie le temps de les coucher sur le papier. Je repars aussi avec le sentiment d'avoir beaucoup appris, grâce à d’excellentes bêtas reçues sur ma nouvelle, et aussi grâce à la grande diversité des textes que j'ai pus lire et qui m'ont fait découvrir bien des visages du space opera auxquels je ne m'attendais pas. »
Le travail collectif a dégagé un sentiment assez unique chez les participants, ce dont je peux moi-même témoigner. Cependant, je préfère laisser la parole à Topaze qui, selon moi, exprime avec ce qu’il faut de lyrisme ce qui s’est passé pendant quatre mois :
« Je me souviens encore de mes années d'enfance passées à fouiller dans les cartons de mon papa, lui aussi mordu de science-fiction. Plusieurs mètres cubes d'histoires de planet-opera, d'uchronie, d'anticipation, de hard SF, de space opera... qui n'attendaient qu'un petit curieux pour les ouvrir et les faire revivre. L'élan que j'ai ressenti dans chacun de ces livres, c'est celui qui m'a donné envie d'écrire de la science-fiction, c'est celui que je veux insuffler dans mes histoires. Selon moi, c'est ce souffle si particulier et cette ambiance à nulle autre pareille qui font de la science-fiction un genre unique, à part, le terrain de jeu absolu, où tout devient possible.
J'ai été ravi de produire mon texte et de lire celui des autres. J'ai pris plaisir à lire leurs histoires, à me plonger, à nouveau, dans une palette d'imaginaires multiples. Au fond, dans chacun des textes produits par les grenouilles, j'ai retrouvé, j'ai ressenti, cet ingrédient si particulier, cette touche invisible, que l'on ne saurait nommer et qui est à l'origine de la beauté de ce genre. »
Et si l’on préfère un avis plus synthétique, je me réfère aux paroles de Desienne, toujours direct : « Cela fait un petit moment que je traîne mes palmes dans la mare, j'ai le sentiment qu'on a rarement atteint un tel niveau d'engagement ou de créativité. »
Oui certes, mais si nos textes ne sont finalement pas acceptés ?
Et LHomme au Chapeau d’ajouter : « Plusieurs l'ont dit : sélectionnés ou pas, c'était un vrai bonheur. »


Célia et l'équipe de Tintama(r)re

Image : Hubble Space Telescope-Image of Supernova 1994D (SN1994D) in galaxy NGC 4526 (SN 1994D is the bright spot on the lower left)

mardi 12 octobre 2010

En coulisse avec les grenouilles : l'anthologie Légendes! (3/3)


Troisième partie : Nicolas Chapperon, novelliste.

Nicolas Chapperon apparaît au sommaire de l’anthologie Légendes! Sa nouvelle, intitulée « Le soldat à la cuillère », a été bêta-lue sur la Mare, comme tant d’autres textes courts. Nous profitons donc de l’occasion pour interroger la grenouille auteur sur son écriture, l’anthologie et la bêta-lecture.

Q - As-tu fait corriger ta nouvelle dans le Port incertain (Note : le Port est l'espace dédié au travail des nouvelles sur le forum) de CoCyclics ?

R - Oui. C’est un passage obligé pour moi. J’ai besoin de ce regard extérieur sur mes textes pour savoir si l’effet que je recherchais est atteint. Et je n’ai pas trouvé meilleur endroit que CoCyclics pour ça. On y reçoit des avis pertinents et argumentés, rien de mieux pour progresser.

Q - Qu'as pu t'apporter la bêta-lecture de la Mare sur ce texte ?

R - Là, j’ai un peu de mal à m’en souvenir parce que ça date d’il y a deux ans. Je me rappelle avoir hésité sur le point de vue. J’avais essayé d’introduire un personnage à qui l’histoire était racontée mais, en fin de compte, il alourdissait l’histoire pour rien. C’est typiquement le genre de détail difficile à évaluer par soi-même mais qui saute aux yeux des bêta-lecteurs aguerris.

Q - Après avoir reçu ta réponse, comment s'est déroulé le processus éditorial ? Montre un peu aux jeunes grenouilles ce qu'il se passe une fois passée l'étape de l'acceptation.

R - Au moment de la réponse positive, le travail n’est pas terminé, loin de là. L’éditeur apporte son regard sur le texte et suggère des améliorations. C’est un peu comme une bêta-lecture supplémentaire.

Par contre, il vaut mieux éviter de se réjouir trop vite à ce moment là. Outre le travail restant, il faut savoir que, parfois, des projets pour lesquels on a été sélectionné capotent parce que la maison d’édition met la clef sous la porte ou pour d’autres raisons. Je parle en connaissance de cause !

Q - Tu as déjà de nombreuses publications de nouvelles à ton actif, est-ce qu'il y a de grosses différences de travail d'une anthologie à l'autre ?

R - Non, pas vraiment. Le travail éditorial fonctionne toujours sur le même principe. Du moins, c’est ce que j’ai ressenti par mon expérience pas si grosse que ça.

Q - Ecris-tu spécialement pour répondre à des appels à textes (AT) ou ceux-ci sont-ils prétextes à envoyer des nouvelles déjà rédigées ?

R - Les deux mon capitaine ! J’écris parfois spécifiquement pour un AT et, à d’autres moments, non. Le fait de me « forcer » un peu sur certains AT m’a permis d’écrire des textes que je n’aurais jamais écrits sans cette contrainte. Pour celui-ci, il s’agissait d’un texte très ancien (et très mauvais) et l’AT a été l’occasion de le reprendre. Je n’ai gardé que l’idée de base et j’ai tout réécrit.

Q - Comment gères-tu l'attente des réponses ? (et parfois des délais de publication qui s'étirent ?)

R - Une fois mon texte envoyé, je l’oublie et je travaille sur autre chose. Les délais de réponse sont parfois tellement longs que c’est la seule méthode pour tenir. C’est un constat, je ne jette la pierre à personne. Les fanzines, les webzines et les petites maisons d’édition sont souvent tenus par des bénévoles qui ont une vie en dehors et qui font ce qu’ils peuvent pour faire vivre leurs publications.

Q - La joie d'un premier texte accepté est quelque chose d'unique, est-ce qu'on s'habitue, à force ? Comment gères-tu les refus (si tu en as encore !)

R - En fait, mon premier texte accepté correspond aussi à ma première réponse à un AT. Du coup, je n’ai pas vraiment réalisé la chance que j’avais. Par contre, le deuxième succès est venu après une longue série de refus alors là, oui, ça a été quelque chose de spécial. Quant aux autres acceptations, non, on ne s’habitue pas ; c’est toujours un moment magique.

Les refus ? Bien sûr que ça m’arrive encore. Trop souvent, même. Mais je n’en fais pas une maladie. Je ne suis qu’un auteur débutant qui doit encore apprendre alors chaque refus est l’occasion d’une remise en question nécessaire pour progresser.

Q - Tu aimes visiblement le format de la nouvelle, as-tu pensé écrire un roman ?

R - J’ai réussi à en terminer un, il y a quelques années, un truc que je n’ose plus montrer. Depuis, j’essaye régulièrement mais j’ai du mal à dépasser le chapitre deux ou trois. Je finis toujours par trouver que c’est bancal, que mon idée n’est pas bonne. Mais un jour, j’y arriverai !

Merci à Nicolas Chapperon pour avoir bien voulu répondre à nos questions et nous lui souhaitons de nombreuses autres publications !

dimanche 10 octobre 2010

En coulisse avec des grenouilles : l'anthologie Légendes! (2/3)


Deuxième partie : Jacques Fuentealba, anthologiste (suite et fin)


Suite de notre entretien avec Jacques Fuentealba sur Légendes!



Q - Est-ce une nouvelle étape dans ta démarche de promotion des autres imaginaires européens, et notamment hispaniques ?

R - Parlons très franchement… Ma démarche de promotion concerne principalement les textes hispaniques, qu’ils soient latinoaméricains ou espagnols, les micronouvelles francophones ou hispanophones (je souhaiterai m’attaquer au domaine anglophone de la flash fiction bientôt) et… mes propres textes ! (rires)

Deux raisons simples à cela, je me suis spécialisé (c’est un bien grand mot !) dans les littératures de l’imaginaire hispanique parce que je connais la langue, ai eu l’occasion de traduire des nouvelles d’un certain nombre d’auteurs et d’établir un petit réseau. Cela ne m’est pas possible dans les autres pays européen, du fait de la barrière linguistique et/ou tout simplement du temps. L’autre raison, c’est que je considère qu’il y a une profonde « injustice » (j’y mets les guillemets, tout de même) dans cette non-reconnaissance des auteurs hispaniques de l’imaginaire en France, au vu de la qualité de certaines œuvres et du public qu’ils sont censés pouvoir toucher. On ne parle pas là de quelques millions d’Italiens, de Danois ou de Grecs, mais de centaines de millions de lecteurs potentiels. Un continent presque entier ! Je parle bien de « lecteurs potentiels », tant il est vrai que l’imaginaire se vend moins en général dans les pays de langue hispanique que par chez nous, avec là aussi une prédominance sur le marché de traductions anglosaxonnes.


Q - Comment s'est déroulée la sélection ?

R- Ce n’est pas commun, mais en deux temps.

On a fait un appel à textes, monté un comité de lecture et j’ai transmis l’appel à mes contacts hispaniques : les auteurs que j’avais pu traduire dans Lunatique et ceux que j’avais repris dans Trafiquants de cauchemars. Au final, peu de retours de nouvelles en espagnol, et relativement peu de textes francophones correspondant à ce que je cherchais, sur la cinquantaine de récits reçus.

Après avoir lu tous les textes, nous avons effectué une première sélection, Céline Brenne, Jody Hartmann et moi. Benoît Giuseppin et Maxime Le Dain en ont lu également quelques-uns, ainsi que l’éditeur de Kymera/Outworld (Éric Bufkens). Les textes hispaniques n’étaient lus que par Céline et moi, faute d’autres lecteurs dans cette langue. Pour faire notre choix, nous sommes partis sur un tableau Excel avec trois gros critères de sélection, chacun noté sur 5 : Style et ambiance - capacité du récit à transmettre des émotions ; Cohérence et profondeur des personnages/Cohérence de l'univers ; Originalité (de l'univers, des personnages, du traitement du thème) et/ou Intérêt du récit pour le lecteur. Chacun de ces critères avait un commentaire rapide argumenté et on faisait également un commentaire général de conclusion. Le tout permettait de détacher les textes qui faisaient l’unanimité.

Un mot en passant sur l’autre grenouille embarquée dans cette aventure, Nicolas Chapperon. Sa nouvelle était de celles qui emportèrent l’adhésion de tous les lecteurs. Je dois avouer que je fus tout de suite emballé par « Le soldat à la cuillère » parce que j’y retrouvais des échos de Lord Dunsany et de ses dieux absurdes ou grotesques… et c’était aussi un des ingrédients que je recherchais dans mon anthologie. Son nom ne m’était de plus pas inconnu, puisqu’il nous avait déjà soumis pour le Borderline 10 (j’étais alors le rédac’chef de ce numéro spécial « hispanique ») deux nouvelles et que nous avions retenu « Aubes », une formidable réécriture hilarante des mythes aztèques.

Hormis ces trois textes, je n’ai pas eu l’occasion de lire d’autres de ses nouvelles, mais je pense que Nicolas Chapperon a une réelle capacité à travailler la matière mythologique et épique pour obtenir de petits joyaux…

On en arriva alors à former un début de sommaire et, en tant qu’anthologiste, il me revint de trancher sur le choix final. Ce n’est qu’alors, une fois les mails de refus et d’acceptation des textes envoyés que je me rendis compte que l’on était à court de nouvelles pour former une anthologie conséquente. La solution s’imposa alors d’elle-même. Faire preuve de plus d’ambition encore et contacter des écrivains de langue anglaise, si possible chevronnés. Le mot « légendes » prendrait plus de sens encore, si j’arrivais à en démarcher certains.

Après une nuit blanche passée à contacter des auteurs directement ou à travers Ellen Datlow, qui eut la gentillesse de me proposer tout de suite de transmettre à son carnet d’adresses conséquent mon appel à texte en anglais, le projet prenait une nouvelle ampleur.

Deuxième temps, donc, pour la sélection : Céline Brenne, Jody et, dans une moindre mesure Éric et Maxime, furent à nouveau mis à contribution pour les lectures de ces nouvelles – une soixantaine !

Les choix s’avérèrent particulièrement durs ! Il y avait beaucoup de nouvelles excellentes… Et on se retrouvait, la mort dans l’âme, à devoir les écarter. J’avais toujours cette idée d’une anthologie alliant les différents genres de l’imaginaire, et la portion de textes fantastiques était trop importante. Je me retrouvais ainsi à écarter « Nine Sundays in a row » de Kris Dikeman… que je proposais ensuite à Black Mamba (traduction de Céline Brenne), « Stray » de Benjamin Rosenbaum et David Ackert ou encore l’excellent « Until Sunrise » de Bill Congreve. Je fis d’ailleurs suivre un certain nombre de textes à Thomas Bauduret de Malpertuis, pour sa sélection annuelle de nouvelles et mon petit doigt me dit qu’il en a retenu au moins une. Certaines nouvelles traitaient aussi de thèmes trop proches et je dus me résoudre à ne prendre qu’une nouvelle vampirique. La lutte fut sanglante, sans jeu de mots ! Finalement, je biaisai et revins sur ma décision, n’arrivant pas à me résoudre à écarter la nouvelle de Melanie et Steve Rasnic Tem et celle de Brian Hodge, qui comptait chacune des enfants de la nuit parmi ses personnages. Après tout « Matin de peu » était centré sur le personnage de Van Helsing, tandis que « Le dernier testament » parlait de… eh bien vous le saurez en le lisant ! Il serait vraiment dommage de spoiler.


Q - Quel accueil reçois-tu, du public ou du "milieu", sur ta communication sur les auteurs hispaniques ? Est-il satisfaisant, enthousiasmant ou frustrant ?

R - C’est variable : un peu des trois en fait, selon l’interlocuteur. Une certaine partie du milieu semble apprécier que des traducteurs ou des acteurs de l’imaginaire français se penche sur autre chose que le domaine francophone ou anglosaxon. Je me souviens de l’enthousiasme très communicatif d’Hélène Ramdani, par exemple, au moment de me parler de Dimension Russie, sorti chez Rivière Blanche. À l’inverse, j’ai longtemps et souvent eu droit à des fins de non-recevoir de la part d’un certain nombre d’éditeurs, déguisé en des « envoie-nous des fiches de lecture, qu’on voit de quoi ça parle ». J’ai ainsi pu envoyer une dizaine de fiches de lecture différentes sur des romans d’auteurs espagnols ou d’Amérique latine, sans jamais avoir de réponses par la suite, malgré des relances. Les éditions du Riez, en revanche, s’étaient montrées très intéressées par certaines de ces fiches. Mais publier des auteurs étrangers n’est pas de tout repos pour une petite structure. Dès qu’il s’agit de traduire un roman, les frais du livre augmentent de façon importante, pour peu que vous deviez payer un traducteur. J’ai donc pris mon mal en patience et, en plus d’essayer de démarcher des éditeurs avec des livres hispaniques, j’ai commencé à traduire de la nouvelle de l’espagnol vers le français. Les directeurs de revue sont quelquefois enclins à placer des textes d’auteurs hispaniques, c’est le cas de Galaxies, de Black Mamba (même si nous n’avons au final publié que peu de traductions dans la revue), de Fiction, de Lunatique et de Borderline… Cette dernière m’a servi de « laboratoire » pour publier des auteurs à l’époque pour ainsi dire inconnus en France (Eximeno, Álamo et dans une moindre mesure Sergio Gaut vel Hartman), et planifier ce qui aurait dû être une sorte de hors-série de nouvelles hispaniques, Trafiquants de cauchemars, dont je parlais plus haut.

J’ai été très touché au moment de sortir cette anthologie, de voir que la plupart des auteurs et proches du fanzine Borderline me l’avaient commandée, comme un acte allant de soi, et avec un réel intérêt pour ces littératures.

Les gens croisés sur les salons ont l’air enthousiasmés par l’idée de pouvoir lire des textes hispaniques, et j’ai l’impression que l’auteur que je suis le plus ces dernières années, Santiago Eximeno, commence à éveiller quelques échos dans le fandom français. Mon affection pour cette sphère linguistique a aussi été à l’origine d’une belle rencontre dans le milieu. C’est en effet un goût que je partage avec l’inénarrable M’ame Sylvie Miller, et chaque fois que nous nous croisons, c’est l’occasion de sympathiques discussions sur le sujet, émaillées de beaucoup d’éclats de rire.

Évidemment, les auteurs hispaniques eux-mêmes sont le plus souvent ravis qu’on essaie de faire connaître leur travail en langue française. La production en Espagne et en Amérique latine, ainsi que le marché sont moins importants qu’ici. Pourtant, les auteurs et éditeurs du genre sont très actifs. Je vais radoter en rapportant un souvenir vivace que je raconte à droite à gauche, dès que j’en ai l’occasion, mais j’ai été particulièrement impressionné par le dynamisme des auteurs de l’association Nocte, qui regroupe les écrivains de terreur espagnols. Ils faisaient une réunion de présentation lors de la convention de SF de Huesca, l’Hispacon 2009, et la plupart ne devaient pas avoir plus de 35 ans, mais ils semblaient très décidés à avancer ensemble et à promouvoir le genre.


Merci Jacques pour ces réponses détaillées et enthousiastes, et à très bientôt, sans doute, pour des nouvelles de ton actualité littéraire personnelle !

Et nous vous donnons rendez-vous dans deux jours, avec Nicolas Chapperon dans le rôle de l’interviewé !